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Dans LES DEMONS DU KARATE, Liu Chia-Hui interprète un
jeune homme profondément immature, incapable de comprendre
les besoins d'indépendance de sa nouvelle épouse, une
charmante Japonaise (Yuko Mizuno) qui ne veut pas se
laisser dominer sous prétexte qu'elle habite maintenant
en Chine, une situation propice aux plus ahurissantes
scènes de ménage vues sur un écran.
On aura reconnu le thème récurrent de l'opposition
Japon/Chine, maintes fois traité sur un ton sérieux
voire tragique dans d'innombrables films, que Liu
désamorce ici par un humour bon enfant pour ce qui
reste l'une de des plus belles réussites.
Mais même dans cette comédie familiale apparement inoffensive, Liu se réserve quelques moments pour critiquer la cellule familiale chinoise : la mère est absente, le père n'apparaît que deux fois, au début, pour faire des reproches à son fils sur sa conduite envers sa femme (au lendemain de sa nuit de noces !). Le héros, élevé par son oncle et sa tante, personnages subalternes qui n'ont aucune incidence sur l'intrigue, n'est qu'un gosse de riches trop gâté, qui, bien qu'expert en kung-fu, n'a en revanche pas reçu l'éducation morale et philosophique qui, chez Liu Chia-Liang, va toujours de paire avec l'apprentissage des arts martiaux. D'où l'émulation qu'il va donner au jeune prétentieux en lui opposant, dans la deuxième partie du film, des combattants japonais aussi doués que lui pour le combat mais autrement plus responsables, comme le montre ce dialogue révélateur, quand le héros se voit entouré d'une dizaine d'adversaires : "Approchez donc, je vous attends." "il n'en est pas question. Nous devons lutter loyalement et jamais à plusieurs contre un." |
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Une idée incroyable quand on connaît la mésentente
profonde (euphémisme) entre Chinois et Japonais.
Dans d'autres films cependant, l'apprentissage des
arts martiaux et une éducation correcte se font tout
naturellement, le maître d'armes étant souvent chez
Liu le substitut du père absent. Dans LES ARTS MARTIAUX
DE SHAOLIN, le maître de baton du temple de Shaolin
remplit évidemment cette fonction auprès de Jet et
de ses camarades : parfois sévère (quand ils arrivent
en retard à l'entraînement), parfois complice (la "triche"
avec le serpent qu'il autorise), il se lance ensuite à
la poursuite de son fils spirituel quand celui-ci "fugue",
avant finalement de rallier sa cause pour l'aider à vaincre
le mal. Cependant, l'héritage de Kwan Tak-Hing,
interprète du légendaire Wong Feï-Hung dans nombre
de classiques, et image idéalisée du bon père régnant
sur une famille unie, est souvent plus que malmené
par Liu, que ce manichéisme primaire n'intéresse évidemment pas.
Il est ainsi très significatif que dans son premier film consacré à Wong, LE COMBAT DES MAITRES, il nous montre le futur héros national se voir refuser l'apprentissage des arts martiaux par son propre géniteur, qui de plus dirige une école de kung-fu ! |
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Dans son troisième film sur Wong, DRUNKEN MASTER 2, Jackie Chan
est chassé de la maison par son père parce qu'il utilise son
kung-fu à mauvais escient, osant même, sous l'emprise de la
boisson, s'attaquer à celui-ci en public. Dans DIRTY HO, Liu Chia-Hui,
onzième fils de l'empereur malade, voyage incognito pour échapper
à un de ses frères (mais lequel ?) qui veut l'empêcher d'être choisi
comme successeur. Dans LA MANTE RELIGIEUSE, David Chiang, pour
empêcher que ses parents ne soient décapités par les Mandchous,
infiltre une famille de patriotes résistants à l'envahisseur,
allant même jusqu'à épouser la fille du patriarche pour se faire
accepter.
Dans LA 36EME CHAMBRE, Liu va encore plus loin dans la critique de la cellule familiale, puisqu'au détour d'une scène, il ose s'en prendre aux très sages moines qui dirigent le temple de Shaolin, berceau originel du kung-fu classique que le sifu, dans son souci constant de ne pas trahir leur enseignement, a toujours essayé de transposer le plus fidèlement possible à l'écran. |
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En effet, passe encore que le héros, pour être pleinement
accepté au temple, doive auparavant effectuer des années de
travaux de balayage avant de commencer sa formation, il
s'agit d'une préparation physique et mentale indispensable
pour juger de l'endurance et de l'humilité nécessaires
au candidat qui veut apprendre le fung-fu. Une idée déjà
esquissée dans LA MAIN DE FER de Cheng Chang-Ho (chorégraphié
par un des frères de Liu), reprise bien plus tard par John G
Avildsen, qui connaît ses classiques, dans KARATE KID. Mais
cette nouvelle famile, si elle peut un temps remplacer la
premier, n'est pas la panacée non plus. En effet, Liu Chia-Hui,
devenu au fil des années et de son dur apprentissage, le plus
doué des élèves du temple, envisage, afin d'aider ses compatriotes
contre les Mandchous, d'ouvrir une nouvelle chambre de kung-fu
(la trente-sixième donc) qui permettrait aux laïcs de bénéficier
du savoir de Shaolin sans pour autant se convertir. Exposant son
projet au vieux maître, il se voit aussitôt condamné "pour toutes
ses offenses" à aller récolter des dons à l'extérieur du temple
pour se faire pardonner. On notera ici, outre sa critique acerbe
de l'immobilisme des dirigeants grabataires du temple, la superbe
astuce de scénario qui permet au héros, qui n'en demandait pas
tant, non seulement de quitter le temple avec la bénédiction de
ses supérieurs et, chemin faisant, d'accomplir sa vengeance
("même Bouddha doit vaincre le mal"), mais de plus de recruter
des disciples qu'il ramènera au temple et formera lui-même.
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Une fin heureuse donc (le temple est effectivement devenu
un des derniers bastions de la résistance anti-Mandchous,
provoquant sa destruction à deux reprises (comme on le voit
par exemple au début du TEMPLE DU LOTUS ROUGE de Ringo Lam),
mais qui ne trompe personne sur les sentiments qu'inspirent à
Liu ces vieux sages rétrogrades, jaloux de leurs privilèges,
une attitude intolérable pour un intellectuel (si) libéral comme
lui. Car de même qu'une famille ne saurait se limiter aux seuls
liens du sang, l'enseignement et la pratique du kung-fu ne peuvent
être circonscrits à une religion ou à une philosophie, y compris le bouddhisme.
Dans SHAOLIN CONTRE WU TANG, nous assistions à la réunion des deux écoles rivales qui à l'origine n'en formaient qu'une, Wu Tang étant une branche "indépendantiste" de l'école Shaolin (voir le fabuleux générique qui, à nouveau, offre un condensé parfait de la thématique du film). Quelques années plus tard, Liu reprend tous ces thèmes dans LES ARTS MARTIAUX DE SHAOLIN, prouvant que ce film est beaucoup plus personnel que ce que certains ont bien voulu écrire (les frères Armanet dans CINE KUNG FU pour ne pas les citer). En effet, cette fois Liu enfonce le clou et n'hésite plus à railler ouvertement sa famille d'arts martiaux, quand Jet, suite à son évasion du temple, se retrouve emprisonné dans une grotte, et détourne les dessins qui illustrent les préceptes les plus sacrés de cette philosophie qu'un vieux moine (Liu aurait dû l'interprêter, ç'aurait été encore plus savoureux) a peint sur les murs de leur cellule. |
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Mais le plus passionant et le plus fort des films familiaux de Liu
demeure sans conteste LA MANTE RELIGIEUSE. Réalisé en 1978, c'est
le film qui évoque le mieux la conscience de la fin de l'âge d'or
des films de kung-fu classique (Jackie Chan et Samo Hung arrivent),
une oeuvre impressionante qui est pour Liu ce que THE BLADE fut
pour Tsui Hark, une remise en cause presque totale des films de
genre qui ont fait leur fortune et leur gloire. C'est dans ce film
qu'on trouve par exemple la plus récurrente "figure du père" de
l'oeuvre de Liu. Comme dans LES DEMONS DU KARATE, il n'apparaît
que deux fois, au début et à la fin du film, mais on ne l'oubliera
pas de sitôt. Désespéré par la conduite ignoble de son fils, et il
y a de quoi (voir plus loin), il l'empoisonne et se suicide avec lui !
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