Page 1   Page 2   Page 3   Page 4   Page 5


# 4/ BIOGRAPHIE :
 
LA MANTE RELIGIEUSE peut donc se lire aussi comme l'aboutissement d'une thématique martiale unique dans l'histoire du cinéma de Hong Kong, car fondée sur une observation lucide et sans complaisance d'un monde bien particulier que Liu connaît bien. En effet, son attrait pour la famille Shaolin s'explique en grande partie par le fait que lui-même est un descendant direct de Boddhidarma, qui, au sixième siècle, fonda le temple de Shaolin (on peut voir la "photo" du moine dans le prologue japonais du TEMPLE DE SHAOLIN), et donc d'une lignée d'artistes martiaux qui ont su, pour les trois dernières générations, profiter du cinéma afin de faire connaître leur art dans le monde entier.

Ainsi, le père de Liu Chia-Liang, Liu Zhan, a été l'élève de Lin Shirong, "le boucher" (interprété par Kent Cheng dans la série des OUATIC), lui-même disciple favori de Wong Feï-Hung. Liu Zhan étant un des premiers artistes martiaux à être apparu au cinéma (dans la vieille série des Wong Feï-Hung, la première à montrer des combats réalistes sur un écran), c'est tout naturellement que ses trois fils ont suivi son exemple. Liu étant le plus âgé et le plus brillant, il dominera sans conteste ses frères, n'hésitant cependant pas à rester parfois dans l'ombre (preuve d'une véritable humilité ?) pour les aider : on peut citer ainsi HE HAS NOTHING BUT KUNG-FU, FIST AND GUSTS, ODD COUPLE ou SHAOLIN CONTRE WU-TANG qui semblent tous avoir bénéficié de ses précieux conseils, sans qu'on puisse cependant préciser jusqu'à quel point.

Pour ce dernier film, première réalisation de Liu Chia-Hui, le moine le plus célèbre de l'histoire du cinéma de Hong Kong, on peut noter qu'il est particulièrement "sous influence" ! Que ce soit le générique, hallucinant, les scènes d'action superbes, l'intrigue fondée sur la brouille et la réconciliation de deux écoles rivales, sans oublier une parenthèse initiatique dans temple de Shaolin, on est en terrain de connaissance, c'est le moins que l'on puisse dire... On remarque même que le moine qui défie Liu Chia-Hui avant son départ du temple est interprété par le même acteur qu'il affrontait déjà dans une scène totalement identique de LA 36EME CHAMBRE !
 
De film en film on retrouve ainsi souvent les mêmes comédiens, souvent des artistes martiaux émérites formés par Liu Chia-Liang lui-même : Fu Sheng, Hsia Hou, Wong Yu, Hui Ying-Hung... Une autre façon de rester en famille en quelque sorte (on peut d'ailleurs noter qu'en dehors des films de son frère, Liu Chia-Hui n'a jamais vraiment brillé, voir les mauvais WARRIOR FR0M SHAOLIN et SHAOLIN DRUNKEN MONK). On peut aussi remarquer le nom révélateur de la troupe de combattants et de cascadeurs qui officient régulièrement sur ses films : "Liu's Family" (ou, si l'on se réfère à son nom cantonnais : "Lau's brothers"). Cela dit, il est fréquent de retrouver cette appellation chez d'autres metteurs en scène, comme par exemple son concurrent de toujours, Yuen Woo-Ping : "Yuen's Clan."
 
Mais on remarque que celle de Jackie Chan se nomme plus prosaïquement "Jackie Chan Stunt Group". De là à en tirer des conclusions sur l'attachement très relatif de ce dernier aux valeurs défendues par Liu, il n'y a qu'un pas à faire, et on ne va pas se gêner. Ainsi comment ne pas évoquer le tournage de DRUNKEN MASTER 2, dont Liu a été viré par le sieur Chan qui n'a même par reconnu le fait officiellement.

Illustration parfaite du conflit "modernisme contre tradition" comme se soulignait HK Magazine ("It looks like an old movie", avoue Chan), ou plus simplement méga-égo d'une star qui voulait être la seule vedette de son film ? Probablement un peu des deux. N'empêche qu'on ne va pas chercher Liu Chia-Liang pour faire un boulot de "yes, man" dont un Stanley Tong pouvait s'acquitter (qu'il reste à Hollywood celui-là, il doit certainement s'y plaire).

Le gros perdant dans l'histoire, c'est le spectateur qui hérite d'un film bâtard qui n'est ni tout à fait du Liu Chia-Liang, ni tout à fait du Jackie Chan. Ne croyez cependant pas ce dernier quand il affirme qu'il a refait 80% du film. Car d'une part, il ne l'aurait pas renié si c'était le cas, d'autre part ceux qui ont vu les films de Liu mentionnés ici savent qu'il leur ressemble bien plus que n'importe quel film de Chan. N'hésitez d'ailleurs pas à voir DRUNKEN MASTER 3, certes un film mineur mais qui ne mérite absolument pas la réputation lamentable qu'on lui a fait.

Dommage pour Liu, car entre LES ARTS MARTIAUX DE SHAOLIN (1986) et DRUNKEN MASTER 2 (1995), il a connu la période la plus difficile de sa carrière, étant progressivement éclipsé du devant de la scène, d'abord par le succès de Chan et Hung, puis par l'apparition de la nouvelle vague initiée par Tsui hark, Ann Hui, Yim Ho, et enfin par l'avènement des néo-polars de John Woo.
Grillé de plus à Taïwan (refuge des cinéastes en difficulté qui peuvent néanmoins, certes avec des budgets moindres, continuer à tourner) où on n'apprécie pas beaucoup ceux qui fricotent avec la Chine, il compose alors comme il peut avec les projets qu'on lui propose : TIGER ON THE BEAT 1 et 2, LUCKY STARS GO PLACES, ACES GO PLACES 5 (MAD MISSION 5 en France), NEW KIDS (KILLERS ?) IN TOWN...
Voir à ce propos, dans le documentaire CINEMA OF VENGEANCE, l'interview de Sophia Crawford, une des héroïnes du film, qui déclare avoir accepté le rôle sans rien connaître aux arts martiaux, et s'est trouvée bien embêtée quand le chorégraphe lui a demandé d'effectuer au pied levé toute une série d'enchaînements complexes. On imagine sans peine la tête du pauvre Liu devant la donzelle... L'horreur totale !

Parallèlement à cette déconfiture, son éternel rival, Yuen Woo-Ping, peut-être moins attaché aux "traditions" et certainement plus opportuniste, commence à faire durant cette période (milieu des années 80) de réels progrès de mise en scène, livrant les jouissifs et ultra-violents LA RANCON DES TRAITRES 1 et 2 (TIGER CAGE), puis participe au SENS DU DEVOIR 3 de son frère Brandy Yuen, avant de réaliser en personne le quatrième épisode. Il est amusant de noter à ce propos la différence fondamentale, au niveau de la forme, entre Liu Chia-Liang et Yuen Woo-Ping.

Dès son deuxième film, LE COMBAT DES MAITRES, Liu est déjà en pleine possession de ses moyens, sa mise en scène est déjà ce à peu de choses près ce qu'on verra dans ses oeuvres ultérieures. A l'inverse, Yuen, parti quasiment de zéro avec SNAKE IN THE EAGLE'S SHADOW, n'a cessé de progresser, se remettant sans cesse en cause, peut-être plus humble et conscient de ses limites, ce qui lui vaudra sans doute d'être préféré à Liu pour régler les combats de OUATIC en 1991, début du retour en force du film en costumes, avant de signer tout seul ses meilleurs films (TAI CHI MASTER, IRON MONKEY...).
 


  Page 1   Page 2   Page 3   Page 4   Page 5