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Dans MAD MONKEY KUNG FU, Liu Chia-Liang interprète un artiste
renommé de l'opéra de Pékin, incapable de se contrôler dès
qu'il boit un verre de trop. Dans SHAOLIN CONTRE WU TANG, le
maître du clan Wu Tang se doutait que l'invitation pour disputer
une partie d'échec était un piège, mais comme il le dit
lui-même, sa vanité a été la plus forte. Au début de LA MANTE
RELIGIEUSE, David Chiang tue sans sourciller deux adversaires,
un mongol et un moine (Liu Chia-Hui, il aurait dû se méfier),
juste histoire de prouver ses capacités à l'empereur des
Mandchous.
On pourait ainsi multiplier les exemples, mais l'évidence s'impose : les héros de Liu Chia-Liang sont mauvais, égoïstes, imbus d'eux-mêmes. Et si le film est souvent l'histoire de leur rachat, ils en paient très chèrement le prix, fonçant parfois tête baissée dans les pièges tendus par leurs adversaires, à l'image du chef rebelle (Lau Kar-Wing), qui, au début de LA 36EME CHAMBRE DE SHAOLIN, attaque un convoi leurre destiné à le faire se découvrir. |
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De plus, de la même façon que les héros nous apparaissent
parfois sous leur plus mauvais jour, les méchants se révèlent
souvent, au premier abord, tout à fait charmants. Ainsi Lo
Lieh, toujours dans MAD MONKEY, nous apparaît d'abord comme
un simple amateur d'art, en l'occurrence ici de l'opéra de Pékin,
même si l'on n'est pas sûr qu'il l'apprécie autrement que pour
la délicieuse Hui Ying-Hung (et on le comprend). Car à l'instar
de John Woo avec qui il partage nombre de thèmes communs, il
n'oublie jamais qu'il peint des êtres humains et n'hésite
pas à doter ses méchants d'une certaine noblesse d'âme, jouant
parfois avec les clichés attendus par le public. Ainsi
la scène finale du combat des maître en a surpris plus
d'un avec le méchant qui, dans la dernière scène,
se rendant soudain compte de sa félonie passée, tente tout
à coup de se mutiler, Liu Chia-Hui l'en empêchant in extremis
dans le plan final. Liu :
"Jusque-là, les films se terminaient toujours par un énorme massacre. Moi, j'ai dit : je ne ferai pas ça. A mon avis, il n'est pas nécessaire d'abattre le vilain pour que le spectateur soit content. Une canaille accomplie qui retrouve le droit chemin et se repent peut être tout aussi satisfaisant". |
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Ce film est donc l'exception qui confirme une règle bien
établie chez Liu Chia-Liang, à savoir que "bons" et "mauvais"
ne sont pas si éloignés, une idée audacieuse et pas si
répandue dans ces films calibrés pour plaire au plus grand
nombre, qu'il exprime visuellement à l'aide de ce qu'il
connaît le mieux, les arts martiaux évidemment. Ainsi même
si on ne les voit que très rarement s'entraîner, on suppose
que les méchants ont subi les mêmes années de galère et de
privation que les héros avant de parvenir à un tel niveau de
maîtrise, d'où des détails troublants quand on observe bien
leurs attitudes respectives au cours des affrontements.
Dans LA MANTE RELIGIEUSE, David Chiang attire un adversaire dans une aire de combat trop petite pour lui, compte tenu de l'arme qu'il utilise, un fléau à trois branches. Dans le final des ARTS MARTIAUX DE SHAOLIN, cette fois c'est le méchant Hesuo qui utilise cette ruse à la fin du film, pour désarmer le maître de bâton. De même dans de nombreux films, on ne peut s'empêcher de remarquer les compliments toujours sincères qu'échangent régulièrement les protagonistes pendant les combats, comme le "jolie technique" mérité que lance Hesuo à Hu Chieng-Chang, qui vient d'envoyer à la flotte dix adversaires d'un coup. Ou encore ce dialogue savoureux tiré du COMBAT DES MAITRES, dont quelqu'un qui n'a pas vu le film serait bien en peine de dire qui prononce la première ou la deuxième réplique : "Compliments. Ton épée est effilée, et belle de surcroît". "Ta lance non plus n'est pas vilaine. Tâche de bien t'en servir". |
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Symboliquement, c'est Liu Chia-Liang acteur, qui aime
décidément jouer avec son côté sombre, qui nous en fait
une belle démonstration dans LE COMBAT DES MAITRES.
Interprétant un bandit recherché par toutes les polices
du pays, il a trouvé refuge dans une école d'arts martiaux.
A un moment, occupé à regarder pensivement un oiseau dans
une cage, il ne semble pas prêter attention au combat qui
se déroule dans son dos.
Mais Liu Chia Liang metteur en scène nous suggère déjà (il est au premier plan, occupant une bonne moitié de l'image, à la Welles) qu'il va faire quelque chose, même si la querelle ne le concerne pas. Et effectivement, il se jette tout à coup dans la bagarre, sans raison aucune. Questionné par le maître de l'école (le méchant du film, qui lui non plus n'a pas compris), il répond simplement : "Je n'ai pas pu m'en empêcher". |
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Autre conséquence de cet état d'esprit particulier, les
méchants chez Liu Chia-Liang n'ont pas de disciples,
seulement des membres de leur gang (ou de leur école),
des comparses parfois comiques mais toujours dépourvus de
la moindre épaisseur psychologique, qui surjouent généralement
leur "rôle" de manière caricaturale, l'héritage de la
comédie cantonnaise bien sûr, on apprécie ou pas, ça
dépend des goûts. De plus, ils trichent de toutes les
manières possibles et imaginables lors des affrontements,
Liu n'ayant pas son pareil pour inventer toutes sortes
d'armes truquées qui sont pour beaucoup dans la fascination
qu'ils exercent parfois sur le héros, et bien souvent
sur le spectateur. Le plus célèbre est évidemment le
nunchaku trafiqué de LA RAGE DU TIGRE, qui permet d'immobiliser
les deux épées de l'adversaire et de frapper le coup de plus,
celui qui fait la différence.
Mais on retiendra aussi la pièce d'acier que porte Liu au bout de sa chaussure dans LE COMBAT DES MAITRES, histoire de renforcer sa technique de "la ruade effilée", pourtant déjà mortelle, ou, toujours dans ce film, les réglettes en acier utilisées pendant le concours de pétards, ou, dans LES DEMONS DU KARATE, les multiples gadgets utilisés par Yasuaki Kurata (normal, c'est un ninja) lors du sublime combat final, etc... |
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Voilà, on pourrait encore évoquer le traitement des
personnages féminins dans cette oeuvre moins mysogine
qu'elle ne le paraît au premier abord, ou encore son
influence considérable et méconnue sur le cinéma de Hong
Kong d'aujourd'hui (y compris sur celui de Tsui hark,
qui ne l'a jamais vraiment officiellement reconnu, préférant
honorer le plus "respectable" King Hu), mais ce sera pour
la prochaine fois peut-être...
Et en attendant que sortent enfin ses oeuvres les plus inaccessibles qui lui rendront la place qu'il mérite (EXECUTIONNERS FROM SHAOLIN, LEGENDARY WEAPONS OF KUNG FU, THE EIGHT DIAGRAM POLE FIGHTER...), terminons avec cette citation extraite du COMBAT DES MAITRES, qui pourrait résumer sa philosophie : |
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