Dimanche 13 novembre :

La journée de dimanche est beaucoup plus calme que la veille. Pour faire patienter l'immense attente suscitée par le dernier Park Chan-Wook, les salles lyonnaises proposent une programmation variée (de la docu-fiction, du court-métrage, du fantastique ...).

C'est un vrai bonheur de pouvoir voir ce curieux Kekexili - La patrouille sauvage. Basée sur une histoire vraie, l'action se passe dans la région désertique du Tibet où une patrouille se forme pour lutter contre le braconnage d'une antilope (espèce de plus en plus menacée).

On connaissait déjà Chan Lu pour son Missing Gun. Cette fois il change complètement de domaine en s'attaquant à une docu-fiction très noire. La censure en place en Chine en fait une œuvre militante et courageuse qui sort du lot pour un film officiel (en général les films contestataires sont tournés clandestinement). Un film très dur où il est difficile de prendre parti tant il est dur de survivre sur cette terre inhospitalière. Filmé avec un réalisme rare dans un décor somptueux et inquiétant, ce Kekexili tient sa force de l'interprétation de ses personnages sur le visage desquels on arrive à percevoir la dureté de la vie. Inutile d'en dire plus, ce film est une merveille de simplicité et de mise en scène épurée. Aucun plan n'est superflu et malgré la lenteur de l'action, on ne s'ennuie pas une seconde tant le regard est captivé par de telles images. La photographie est elle aussi de toute beauté ... Bref, ce Kekexili est pour moi l'un des meilleurs films du festival malgré son anonymat. Il est dommage de le voir noyé dans la riche programmation du dimanche. Un sacré coup de cœur et bientôt une sortie en France !

Ensuite vient le très médiocre Natural City. Etant déjà (à quelques rares exceptions) hermétique à la SF, je crois avoir vu cet après-midi ce qui se fait de pire : une énorme coquille vide. On ne peut même pas se raccrocher à l'action tant elle est plombée par sa confusion et son abus de ralentis. Je regrette vraiment d'avoir loupé La Forêt Oubliée pour voir ça. Seul point positif : la haute technicité du produit (de supermarché) avec une bonne maîtrise des nouvelles technologies. Mais bon sang : payez des scénaristes à la hauteur svp ! Je rappelle que ce Natural City sortira très prochainement chez le courageux éditeur Kubik (Une Romance, Goodman Town et Siamese Outlaws). Son potentiel commercial sera sûrement du pain béni pour dégager les crédits nécessaires à l'édition de petites curiosités thaïlandaises.

Bon, et pour finir cette longue semaine, le très attendu Sympathy For Lady Vengeance ...

Je vais tout de suite rassurer les plus sceptiques : il s'agit encore d'une bombe à retardement de ce génial Park Chan-Wook qui va probablement diviser la critique. Moins noir que Sympathy For Mister Vengeance, moins fun que le monstrueux Old Boy ... cette fois la loi du talion est plus raffinée et plus cruelle que les deux premiers volets de la trilogie (vous préférez quoi entre vous faire arracher les dents au marteau et couper les doigts un par un ?). Et l'humour est extrêmement présent ... un humour très noir bien sûr. Attendez-vous donc à quelque chose de bien différent, ce qui n'est pas pour me déplaire ... chaque film apporte son univers à part entière, sans aucune redite. Certaines scènes sont drôles mais d'autres mettent mal à l'aise comme, par exemple, la vision des vidéos du meurtre des enfants. Inutile d'en dire plus au risque de gâcher le plaisir.
Sur la forme, Park Chan-Wook est un véritable virtuose de la caméra. Rien n'est laissé au hasard. Certains enchaînements sont méchamment efficaces et recherchés. Jamais Park Chan-Wook n'entre dans le jeu de la facilité comme certains aiment à lui reprocher. Bref, il est passé du rang de réalisateur confirmé au statut de réalisateur culte. Le jeu du couple Lee Young-Ae (JSA) et le monstrueux Choi Min-Sik (Old Boy, Failan) est bien affûté et leurs revendications respectives complètement surréalistes. Quelle surprise aussi de retrouver le sympathique (quoi que ça dépend des films) Song Kang-Ho (JSA, Foul King, Antarctic Journal) qui a une vraie gueule d'acteur. Enfin, la bande originale du film est somptueuse et dans la parfaite continuité de celle d'Old Boy : raffinée, percutante, violente ... De quoi accentuer la force de ce nouveau coup de maître.

Voilà, ce fut un plaisir indescriptible, il n'empêche que le film fera encore hurler les détracteurs du réalisateur. Maintenant on attend Park Chan-Wook au tournant, en espérant qu'il fasse quelque chose de différent, afin de prouver qu'il ne fonctionne pas uniquement sur de l'émotion facile. Wait & see …



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