Conférence de Presse de Mamuro Oshii et de Kenji Kawaï à l'occasion de la présentation de "Innocence"
(Présenté en
compétition au Festival de Cannes 2004)


Question à Mamuro Oshii : A quel moment est née l'envie de réaliser cette suite à "Ghost in The Shell"?

Mamuro Oshii : Il y a 3 ans j'étais à Cannes pour présenter "Avalon" un film live et mon producteur m'a demandé de refaire un film d'animation, chose que je n'avais plus fait depuis un bon moment. Pour lui, il lui fallait un film d'animation et non plus un film live

Question à Mamuro Oshii : Quand avez-vous eu le projet de ce film qui est dans l'univers de "Ghost in the Shell" sans pour autant être véritablement une suite ?

Mamuro Oshii : C'est le producteur donc qui m'a parlé du projet, j'y ai réfléchi pendant deux semaines avant d'accepter. Il était hors de question pour moi de réaliser une simple suite mais plutôt de reprendre l'univers, et je me suis inspiré de ma propre philosophie de la vie pour démarrer l'écriture de "Innocence". Cela fait 8 ans que je n'ai pas réalisé de film d'animation, j'ai pu réaliser tout ce que je souhaitais dans ce film, le thème, lui-même, a été un défit technique, mais j'ai cherché aussi à répondre à mes questions personnelles sur la vie. Je souhaitais aller au-delà de la technique et aussi de voir la limite des possibilités de l'animation Japonaise. J'ai voulu mettre en forme ma philosophie dans cet animé et c'est peut-être le sujet le plus difficile à traiter dans un animeé

Question à Mamuro Oshii : Quelle est la première chose qui vous vient à l'esprit quand vous vous attelez à un tel projet ? Est-ce le scénario, les personnages ?

Mamuro Oshii : Effectivement un film est constitué d'une histoire, de personnage mais pour ma part, je pense d'abord à une ville, à un climat et par la suite viennent les personnages et je me demande alors comment ils sont, comment ils évoluent dans cet univers.

Question à Mamuro Oshii : Est-ce qu'il y a une limite technologique à votre imagination ou est-ce que vous pouvez faire tout ce que vous voulez ?

Mamuro Oshii : Je pense qu'il y a beaucoup de chemin à parcourir avant de réaliser le film que je souhaite faire. Il y a cinq ans, je ne me posais pas les mêmes questions techniques qu'aujourd'hui et on était loin de ce dont on est capable de faire aujourd'hui. La technologie a énormément changé. Pour moi, le plus important ce n'est pas la technologie mais surtout un bon environnement de production qui va permettre que je sois dans un bon état d'esprit, après vient le coté technique.

Question à Mamuro Oshii : Vous êtes un cinéaste visionnaire, cherchez-vous à nous alerter sur notre future par le truchement de vos films ?

Mamuro Oshii : Je ne suis pas là pour avertir du danger de l'humanité, je pense que l'être humain doit changer et que l'humanité doit se mettre en question.

Question à Mamuro Oshii : Est-ce que pour vous cherchez à montrer que l'homme n'est pas forcement l'avenir de l'homme. On a plus l'impression qu'il doit être en harmonie avec non seulement la nature mais aussi avec la technologie, non ?

Mamuro Oshii : Je ne sais pas si l'homme est l'avenir de l'homme, le problème c'est que l'être humain n'a pas conscience de ce problème, c'est l'homme qui décidera de son avenir. Si on ne se pose pas cette question, çe sera trop tard.

Question à Mamuro Oshii : Comment travaillez-vous avec Kenji Kawai ? Est que la musique vient d'abord ou après les images ?

Mamuro Oshii : Cela fait 10 ans que je travaille avec lui, c'est le seul compositeur qui m'intéresse. Je n'ai plus envie de travailler avec un autre, c'est une véritable collaboration, on fabrique ensemble le film, on est créateur du film tous les deux.

Question à Mamuro Oshii : Cette année, nous avons vu deux films d'animation en compétition (Innocence et Shrek 2), ces deux films ont des différences. Quelles sont pour vous les différences entre l'animation Japonaise et l'animation Occidentale ?

Mamuro Oshii : Je pense que le ciné US ne va pas revenir a la 2D, il n'y a qu'à voir les films Pixar, les Dreamworks, ils vont se tourner de plus en plus vers l'animation 3D, et vont mettre de plus en plus de coté la 2D. Au japon, ce qui fait notre force, c'est que nous faisons d'abord le dessin, donc l'expression est beaucoup plus proche de l'humain. Même si on mélange la 2D et la 3D, la base reste le dessin. On cherche une perfection dans la retranscription des mouvements, il y a d'abord le design des personnages, puis vient tout le reste.

Il faut travailler avec des dessinateurs, la méthode des US tout synthèse ne me va pas ..

Question à Mamuro Oshii : Le film est beaucoup moins politique que votre précédent mais est-ce que le mélange de 2D / 3D ne peut pas être vu comme une métaphore du sujet du film lui-même ?

Mamuro Oshii : Pour ce film, j'ai eu un budget plus important, une période de production plus importante. C'est sûr que par rapport à un film américain, c'est pas beaucoup mais pour nous dans le domaine de l'animation : oui. Je me suis alors posé la question : Que pourrais-je bien faire avec tout ça ? Et pour moi, lorsque le film devient de plus en plus important économiquement, le sujet doit devenir plus intime, j'ai pu aiguiser les expressions des personnages et améliorer les expressions, les mouvements et tous les autres détails. Peut être que l'univers n'est pas extrêmement vaste mais je me suis focalisé sur les détails et les nuances. Je suis très satisfait de ce résultat.

Question à Mamuro Oshii: Est-ce indiscret de demander de combien fut le budget de ce film ?

Mamuro Oshii : Pour "Innocence", j'ai eu 4 fois plus que pour "Ghost in the Shell" et surtout 3 fois plus de temps. Cela représente à peu prés 2 Milliards de Yens (15 Millions de €).

Question à Kenji Kawaï : Qu'elles sont les différences entre le travail sur un film Live et le cinéma d'animation ? Y-a-t'il une différence au niveau de la composition ?

Kenji Kawaï : Et bien en fait, aujourd'hui, il y a plus vraiment de différences. Jusqu'ici, le cinéma d'animation ne fournissait pas autant d'informations, mais avec l'évolution de la technologie, l'animation délivre autant d'information que le film live. Et c'est d'autant plus le cas pour "Innocence" sur lequel j'ai pu travailler comme pour un film Live.

Question à Kenji Kawaï : Peut-on deviner une influence occidentale, comme Karl Off par exemple, dans votre œuvre ?

Kenji Kawaï : Oui j'ai des influences Occidentales.

Question à Mamuro Oshii : On retrouve pas mal de citations dans votre Film ?

Mamuro Oshii : Déjà personnellement, j'aime beaucoup les citations et donc je me suis fait plaisir. Le cinéma est une sorte de citation. Avec ce film nous avons réussi à obtenir un cinéma avec beaucoup de citations et donc il fallait que le texte le soit aussi.

Question à Mamuro Oshii : Est-ce que ceci ne vient pas du cinéma de Godard que vous admirez ?

Mamuro Oshii : Le texte est un détail aussi important pour le film que les images et oui j'ai appris ça de Godard, le texte donne toute la richesse de l'image.

Le plus grand cadeau que j'ai pu apprendre des films de Godard est qu'il faut se renouveler dans ses films sinon on se dirige dans une impasse, si le film existe ce ne sera pas dans l'imitation mais dans le renouvellement et le texte va permettre d'améliorer le dessin animé. L'image et le texte doivent ne faire qu'un et se répondre.




INNOCENCE
Titre V.O : Inosensu
Durée : 1h 39 mn - Japon - 2004
Réalisateur : Mamuro Oshii
Musique : Kenji Kawaï


Batou est un cyborg vivant. Son corps entier, même ses bras et jambes sont entierement fabriques par l'Homme. Seules lui restent des bribes de son cerveau et le souvenir d'une femme. Dans un monde où la frontière entre humains et machines est devenue infiniment vague,
les Humains ont oublié qu'ils sont humains. Voici la débauche du "fantôme" d'un homme solitaire, qui néanmoins cherche à conserver son humanité. Innocence... C'est ce qu'est la vie.

Site Web du Film : http://www.innocence-movie.jp/index1.html



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