Le Chant de Minuit

Titre original : Yeban Gesheng
Réalisé par : Max-Xu Weibang
Année : 1935-37
Origine : Chine
Durée : 2h10
Genre : Fantome de l’opera chinois
Acteurs : Jin Shan, Hu Ping, Shi Chao, Xu Manli, Zhou Wenzhu, Wang Weiyi, Gu Menghe


SCENARIO :

Une troupe de comédiens arrive par une nuit d’orage dans un théâtre à l’abandon que hante le fantôme d’un chanteur d’opéra.


COMMENTAIRE :

Ryô Saeba : Le Chant de Minuit est considéré comme le premier film d’horreur chinois mais il puise ses sources dans le cinéma d’horreur hollywoodien essentiellement dans Le Fantôme de l’Opéra de Rupert Julian (1926). Le réalisateur Max Xu Weibang est considéré comme le premier spécialiste du cinéma d’horreur chinois. Le film fera d’ailleurs l’objet d’un remake en deux parties produit par la Shaw Brothers sous le nom de Mid-Nightmare en 1962 et puis en 1995, Ronny Yu revisitera le film à sa manière en privilégiant le mélodrame à l’horreur avec The Phantom Lover. Le Chant de Minuit se démarque du Fantôme de l’Opéra par son fond communiste révolutionaire présent à l’époque dans la majorité des films tournés et dû en grande partie à l’invasion de la Chine par le Japon pendant la guerre.

Le film raconte l’histoire d’une troupe de comédiens qui arrive dans une ville pour jouer une pièce mais le théâtre est délabré et renferme une étrange atmosphère. Le personnage principal qui doit jouer l’opéra (Xiaogou) n’est pas très à l'aise et a du mal à trouver les bonnes intonations, il demande alors à rester seul pour s’entraîner. C’est là qu’il entend une voie qui chante l’opéra parfaitement. Le vieillard qui tient le théâtre depuis toujours dit à l’acteur que celui dont il entend la voix n’est autre que Song Danping, un ancien acteur d’opéra célèbre censé être mort il y a 10 ans. Il va donc à sa rencontre et Danping lui raconte son histoire.

Xu Weibang choisit de couper son film en 3 parties en utilisant un long flash-back pour raconter l’histoire de Yu Pan, un acteur révolutionnaire qui est tombé amoureux de la mauvaise personne : Li Xiaoxia, la fille d’un puissant seigneur. Pour l’avoir aimé, un soir à la fin d’une représentation, il se fait jeter de l’acide à la figure ce qui le défigure complètement. Depuis cet incident, le père de Li Xiaoxia est parti habiter à la campagne, laissant seul dans la maison Xiaoxia et sa gouvernante et tous les soirs de plaine lune, Song Danping vient sous sa fenêtre tapis dans l’ombre, pour chanter son désespoir à celle qu'il aime.


L’une des premières choses qui frappe dans le film, c’est son visuel. Des décors aux costumes, rien n’a été choisi au hasard. Le maquillage des acteurs est vraiment une réussite en tout point, que ce soit pour celui du vieillard ou celui de Danping lorsqu’il est défiguré, qui d’ailleurs n’est pas sans rappeller celui de Elephant Man, c’est dire si la comparaison est flatteuse. Les effets de lumière et le traitement des ombres sont vraiment impressionants de maîtrise et renforcent l’ambiance un peu glauque, absolument bluffant.

Comme je l’ai dis plus haut, il est clair que le film est grandement inspiré par les films d’horreur hollywoodien des années 20. Allant du Fantôme de l’Opera pour la trame principale, à Frankestein pour son final où Song Danping est poursuivit par une horde de gens armés de torches. D’ailleurs les habits des personnages sont tous très occidentaux et la robe porté par Xiaoxia rappellera des souvenirs à ceux qui ont vu La Fiancé de Frankestein. Le film rappelle tellement ce cinéma hollywoodien des années 20 qu’il perd presque en puissance en n’étant pas un film muet. Toute sa force passe par son image et certains passages parlés sont trop étirés en longueur, d’autant que si le casting de tête est impeccable, les autres acteurs sont assez inégaux et certains jouent assez mal. La faute aussi peut être à la bande son qui possède pas mal de défauts. Certains bruitages sont totalement ratés comme lorsque les chevaux galopent ou lors d’un coup de fouet dont le bruit ne ressemble à rien. De plus, la musique n’est pas toujours bien utilisée et coupe en plein morceau brutalement pour reprendre lors d’une scène ultérieure.

Du coté de la réalisation c’est assez inégal, parfois le réalisateur tente de belles choses, essaie de dynamiser la mise en scène par différents procédés comme par exemple en penchant le cadre mais revient assez vite sur quelque chose de plus classique. Il en est de même du film, certains passages parraissent fabuleux de bouts en bouts comme lorsque Danping hors cadre se fait enlever le bandeau et que l’on voit la réaction des personnages terrifiés par la vision de son nouveau visage, tandis que d’autres comme le passage qui nous est servit en guise d’ouverture où l’ombre de Danping chante pendant une dizaine de minutes se traînent difficilement en longueur.
Au final, le film vaut quand même le coup d’œil ne serait-ce que pour son esthétisme et son ambiance et puis car c’est aussi le premier film d’horreur chinois.


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