La Vie de Wu Xun
Titre original : Wuxunchuna
Réalisé par : Sun Yu
Année : 1949
Origine : Chine
Durée : 3h40 (en 2 parties)
Genre : Epopée
Acteurs : Zhao Dan, Zhang Yi, Sun Dongguan, Wang Pei, Huang Zongying
SCENARIO :
La vie de Wu Xun, mendiant qui, à la fin de sa vie, avec l’argent patiemment recueilli, ouvrit trois écoles gratuites.
COMMENTAIRE :
Ryô Saeba :
La Vie de Wu Xun est le premier film de Sun Yu réalisé après la
guerre et est un film très important, que ce soit pour sa carrière que pour le cinéma Chinois. Le
film que Sun Yu lui même considère comme son chef d’œuvre est aussi celui
qui a causé sa perte. La production du film à commencée des 1948 mais dû se stopper quelques mois plus
tard pour cause de faillite du producteur. Le tournage reprit donc en 1949 mais là encore, à la fin cette
année, Sun Yu subit des pressions politiques pour rendre le scénario plus
tragique, allonger le film, ce qui l’obligera à couper son film en deux parties et également modifier
la fin pour qu’elle soit plus exemplaire, qui résultera de l’ajout des intermèdes où une institutrice
contera l’histoire de Wu Xun à des enfants pauvres. Le film sort finalement sur les écrans fin 1950 et
remporte un succès public mérité mais deux choses vinrent ternir cette engouement. D’abord Mao Zedong
qui critiqua le film dans l’éditorial du journal The People’s Daily et il lança une violente
campagne de critique nationale, ce qui eu pour résultat de non seulement briser la carrière de
Sun Yu mais également mettre en danger la vie des studios privés. La
deuxième chose que l’on reprocha fortement au film, est le personnage de Wu Xun. Car ce personnage
a vraiment existé et vécut de 1838 à 1896, mais contrairement à la légende que nous raconte le film,
Wu Xun était un usurier et propriétaire terrier qui réserva ses écoles aux enfants les plus favorisés.
C’est Jiang Qing, la 3ème femme de Mao et fondatrice du parti du peuple républicain chinois qui a mené
l’enquête et dénoncé l’événement. Le film est donc sorti au mauvais moment et Sun Yu
a fait office de parfait bouc émissaire.
Mais passons au film en lui même, qu’en est-il aujourd’hui, et le film méritait-il le sort qui lui a
été réservé à l’époque ou alors est-ce bien le chef d’œuvre que nous soutient Sun Yu ?
Et bien si il y a une chose que le film a bien mérité à l’époque, c’est l’accueil triomphal que le
public lui a réservé. Une fois n’est pas coutume le personnage principal n’est pas une femme, chose
rare dans les films de Sun Yu et qu’il réitérera plus tard avec
La Légende de Lu Ban.
Le film s’ouvre sur un plan très beau des nuages avec un vieil homme en superposition qui sourit et
dont le regard renferme un sentiment d’apaisement et de bonheur. Un fondu enchaîné est tout de suite
effectué pour se rendre compte qu’il regardait des enfants dans une école. Une institutrice vêtue d’un
béret avec l’étoile rouge conte l’histoire de Wu Xun aux enfants autour d’elle. Intermède qui reviendra
plusieurs fois dans le film, imposé à Sun Yu, et qui permettra malheureusement
de terminer le film en s’appropriant l’histoire du personnage à des fin politique.
Passé cet intermède, on suit la vie de Wu Xun qui commence durant sa jeunesse à l’age de 7 ans et qui
se terminera par sa mort. Toute la partie de son enfance est jouée par un jeune acteur qui interprète
très bien son rôle. Là encore, je pense que c’est en grande partie grâce à Sun Yu
et sa direction d’acteur, par le passé il a été chercher des jeunes inconnus comme Li Lili
ou Ruan Ling Yu pour en faire des stars et ce n’est pas par hasard.
Wu Xun est un garçon plein d’entrain qui vie pauvrement avec sa mère en faisant la manche à cause de
la mort de son père. Il interroge sa mère sur l’éducation et lui demande si lui aussi peut aller à l’école
mais sa mère lui répond qu’ils sont bien trop pauvres pour aller à l’école. Il va donc mendier puis une
fois l’argent durement gagné, il se rend à l’école pour donner l’argent au professeur qui se moque de
lui, avant de le chasser durement à coup de balai pendant que les enfants se moquent de lui. Lorsqu’il
rentre chez lui, sa mère qui était très malade est morte, il se retrouve donc orphelin et vagabond de
ville en ville en effectuant des travaux manuels jusqu'à l’age de 20 ans.
A ce stade du film, du statut de jeune homme à celui de vieillard, c’est l’acteur Zhao Dan
qui prend la relève. Et je dois dire que c’est vraiment un acteur impressionnant. Il n’a rien à envier
aux plus grand acteurs et passe de l’adolescent au vieillard avec une facilité déconcertante. Le maquillage
est lui aussi formidable et aide considérablement. Que ce soit pour les rides, les dents en moins ou
encore les traits du visage, on voit parfaitement le temps qui s’écoule à travers le visage et le jeu
de l’acteur. On s’attache très vite au personnage de Wu Xun qui se fait abuser par les seigneurs parce
qu’il ne sait pas lire. Il en fait même des cauchemars où il se fait poursuivre et jeter à l’eau par les
seigneurs et, sous l’eau, il retrouve un monde parallèle où tous les pauvres qui ne savent par lire se
font martyriser par les seigneurs qui les tuent avec leur pinceaux géant (scène qui n’est pas sans
rappeler le rêve du film La Rose de Pushui) qui symbolise le pouvoir. Plusieurs fois d’ailleurs,
on entend un seigneur dire : « je n’ai besoin que de mon stylo comme arme pour exterminer les rebelles ».
Le chemin de Wu Xun sera semé d’embûches, il rencontrera durant son périple de nombreux personnages
secondaires qui renforceront l’histoire comme Xiao Tao, une jeune fille vendue à un seigneur par ses
parents car son père ne savait pas lire ou encore Zhang, un chef rebelle, que Wu Xun croisera plusieurs fois.
La réalisation est très soignée et pendant les 3h40 de film, vraiment à aucun moment on ne s’ennuie, tout
comme un visionnage des 7 Samouraïs de Akira Kurosawa, on ne voit pas
le temps passer. Sun Yu utilise encore une fois à merveille les effets de
superposition comme le plan de début avec Wu Xun qui s’en va sur les nuages ou encore lorsqu’il rêve la
superposition avec l’eau est splendide. L’utilisation des flash-backs auditifs est également très bien
utilisé pour entendre les pensées du personnage et renforcer l’émotion. On retrouve également un traitement
de personnage similaire à ce qu’il fera plus tard. Le personnage de Wu Xun qui vagabonde de ville en ville,
longtemps pris pour un fou puis reconnu plus tard comme un sage, n’est pas sans rappeler le personnage
d’un film que Sun Yu réalisera quelques années plus tard, celui de Lu Ban
dans « La Légende de Lu Ban ».
La film se termine sur l’institutrice qui prend la morale du film à son compte en disant que les écoles
construites par Wu Xun furent finalement reprises et contrôlées par les seigneurs locaux mais Wu Xun nous
a montré un bel exemple pour la révolution et il faudra continuer à nous battre contre les despotes…
Alors que Wu Xun au contraire, durant tout le film, montre bien qu’il veut faire avancer les choses mais
par l’intermédiaire de la culture. Grâce à l’école, si les enfants pauvres s’instruisent, ils pourront
devenir des officiels et faire quelque chose à leur tour pour les autres enfants pauvres. A plusieurs
reprises, à différents moment de sa vie, durant les rencontres avec Zhang qui est à la tête des rebelles,
il propose à Wu Xun de se joindre à lui pour combattre l’arme au point mais il lui répond à chaque fois
que lui combattra avec la culture et non avec la force.
Au final, La Vie de Wu Xun est bien le chef d’œuvre de Sun Yu. Drôle
par moment, beau, émouvant, superbement réalisé et interprété, le film ne méritait vraiment pas l’acharnement
qui s’est abattu sur lui et Sun Yu confirme si ce n’était pas déjà fait que
c’est l’un des plus grand réalisateur que le cinéma ait connu.