
Bonjour et merci de me recevoir, pouvez-vous tout d’abord vous présenter ?
Je vais faire une présentation générale des gens qui organisent la manifestation. En fait, pour cette 11e édition, il y a essentiellement 2 personnes qui se retrouvent à organiser la manifestation : Frédéric Temps qui est le directeur du festival, et moi même Gilles Boulenger, délégué général adjoint. Il y a également 2 autres personnes qui sont membres de l’association l’Etrange Festival, Mark Drucker qui s’occupe de toute la partie graphique et Régine Cirroteau qui s’occupe de la création de l’image de l’affiche. Donc globalement, en fait, ce sont ces quatre personnes qui vont gérer la manifestation et l’affiche. Et puis il y a aussi tout un groupe de personnes qui travaille avec nous, à la fois une équipe de bénévole, que vous connaissez, et puis des personnes qui sont un peu plus rapprochées comme Alexandre, qui travaille directement sur tout ce qui concerne l’intendance pour la manifestation, Nathalie qui elle s’occupe de toute l’intendance concernant les bénévoles, et Aurore qui s’occupe d’une grosse partie de la presse. Toutes ces personnes forment l’équipe de l’Etrange Festival, mais les membres permanents dits « actifs » restent essentiellement Frédéric Temps et moi même. Est ce que vous pouvez nous dire comment est né le festival ? Le festival est né en fait en 1993 de la volonté de 2 personnes, dont une n’est plus aujourd’hui membre de l’association. Frédéric Temps et Vincent Lebrun ont essayé de donner la possibilité à des films qui se retrouvaient à ne plus être vus ou à ne pas être vus, des films que l’on découvrait dans les festivals et qui restaient inédits pour des raisons non pas forcément obscures, mais tout simplement parce qu’ils ne trouvaient pas de distributeur, ou des films qui depuis longtemps hantaient les mémoires mais qui n’étaient plus visibles. Donc de se retrouver à ce que l’ensemble de ces films, aujourd’hui, puisse à nouveau être montré. Finalement la première démarche de 1993 était que, en fait, tout un pan du cinéma, toute une histoire du cinéma se retrouve à être présenté à nouveau sur les écrans de cinéma. Apres l’équipe change et évolue, mais c’était le cœur même de la fondation de l’Etrange Festival. Un vrai désir, un désir de « cinéphile », en tout cas de cinéphile curieux, de pouvoir écrire ce qu’on a souvent déclaré, et qui reste un peu notre mot d’ordre : une sorte de contre histoire du cinéma. Et comment se fait le choix des films diffusés pendant le festival ? De manière parfaitement non arbitraire et totalement désordonné. Plus exactement, disons que là aussi il y a eu beaucoup d’évolution. Au tout début, on essayait avant tout de trouver, avec les peu de moyens qu’on avait, des petites perles que l’on n’arrivait plus à retrouver à certains endroits mais qui étaient encore disponible sur le territoire à travers plusieurs distributeurs, ou bien quelques films inédits que l’on arrivait à présenter. Et puis au fur et à mesure, il y a eu une structuration à la fois de la mise en place des hommages et de la thématique. Tout d’abord les hommages, parce que c’est vrai que certains cinéastes ayants une œuvre extrêmement importante derrière eux, il était important pour nous d’en montrer au moins une parcelle, une goutte pour des cinéastes qui parfois faisaient plus de 40 films. Il est par contre impossible de montrer des intégrales, ça n’aurait pas de sens non plus, puisque c’est très fatiguant au bout d’un moment et que nous n’avons pas le rôle d’une cinémathèque, même si d’une certaine manière nous essayons, tant que faire se peut, d’apporter nous aussi notre pierre à l’édifice de l’histoire du cinéma. Ensuite au niveau de la thématique, elle était au départ toujours guidée par une œuvre récente qui amenait dans un esprit d’arborescence à aller voir d’autres horizons similaires, et donc se retrouver à découvrir ou à faire redécouvrir des films plus anciens. Ca c’est passé comme cela pendant pratiquement 4 ou 5 années. Mais depuis l’année dernière, il y a d’autres options qui ont été prises parce qu’une manifestation est quelque chose qui doit évoluer, qui ne doit pas rester figée. Et donc dans cet aspect non figé des choses, nous avons décidé d’élargir par le biais de cartes blanches où nous ne sommes plus nous même les programmateurs mais où des cinéastes se retrouvent à programmer des films qu’ils apprécient et qui pour autant restent dans l’ambiance générale, la thématique de l’Etrange Festival, mais qui vont amener une ouverture encore plus grande. Non pas que nous nous situons dans un genre donné, même si on a tendance à nous affilier à certains genres, mais simplement cela ne fait que prolonger un travail que nous jugeons essentiel, à savoir se retrouver à offrir, tant que faire ce peut, la plus grande diversité possible au plus large public possible. Et quand on entend « large » on entend pas populaire nécessairement au sens le plus dévoyé du terme mais populaire au sens où toutes les catégories de cinéphiles, ou de gens qui aiment le cinéma, ou de gens curieux à propos du cinéma, peuvent se retrouver à travers l’Etrange Festival. Ce qui fait que d’une manière ou d’une autre, comme parfois il a été dit, c’est que nous avons des agrégats de public qui se retrouvent à se côtoyer à l’Etrange Festival, ce qui est la plus belle preuve d’ouverture qu’on puisse faire en matière de cinéma. Combien de temps cela prend-il pour organiser une telle manifestation ? D’années en années, c’est de plus en plus horrible (rires). Disons que, plus nous avons avancé dans le festival, plus la durée sur laquelle nous devions travailler sur chaque évènement s’est allongée. Nous sommes obligés en tant que festival, même festival non compétitif, même festival ne présentant pas d’exclusivité, de nous retrouver à gérer très en amont, en particulier concernant les hommages, tout ce qui va concerner la possibilité de montrer les films. Puisque nous nous situons dans le créneau des cinématographies rares, ou en tout cas un créneau où il y a une raréfaction de copies, nous sommes obligés de prendre le problème de plus en plus en amont sous faute de ne pouvoir autrement le faire en temps et en heures car nous sommes déjà dans des délais très courts. Par exemple pour la rétrospective Eloy de la Iglesia, cela fait 7 ans que nous y travaillons, en tout cas cela fait 7 ans que nous souhaitions la monter. Maintenant, elle a pris 9 mois à se mettre en place. C’est donc un travail désormais annuel. Au sens clair lorsque nous terminons une manifestation, la prochaine est déjà en gestation, à travers les demandes que nous avons pu faire mais aussi à travers les parti pris que nous allons prendre, les demandes qui vont être faites aux ayant droits et des choses de ce type là parce que ce n’est pas possible autrement. Ca devient véritablement quelque chose d’extrêmement lourd même si nous restons une manifestation très réactive. Nous sommes passés du mono ski au cuirassé ! Je sais pas si vous allez pouvoir me le dire, mais j’aimerais savoir combien vous coûte la projection d’un film, et si vous avez le soutient du CNC ? Le combien coûte la projection d’un film, c’est impossible à dire pour une bonne et simple raison. Ce n’est pas que je ne veux pas dévoiler quoi que ce soit, mais c’est que simplement il est impossible de faire un calcul moyen ou médian parce que chaque projection est spécifique. Sur certaines projections, les ayant droits vont se retrouver à être intéressés par une projection à l’Etrange Festival et donc ne pas nous demander de compensation financière. Sur d’autres, il y en a qui vont nous demander des compensations financières. Mais aussi nous devons parfois faire sous titrer les films en français, ou alors faire tirer des copies. Il n’y a donc pas de médianes. Après derrière si on parle simplement du film en lui même, ça a un coût qui est différent selon chaque cas de figures et encore après derrière, il y a le coût de la structure globale. C’est donc inestimable au sens strict, enfin inestimable et pas quantifiable. Donner un chiffre serait forcément erroné. En revanche en ce qui concerne le CNC, il faut juste savoir que le CNC n’intervient jamais réellement directement sur la manifestation. Il y a des déconcentrations budgétaires qui sont faites, essentiellement par rapport à la D.R.A.C., la Direction Régionale de l’Action Culturelle, qui détermine l’aide qu’on peut avoir et le montant de cette aide. Ca fait partit comme ça a été d’ailleurs montré, il n’y a pas de secret la dessus, la Direction Régionale de l’Action Culturelle nous aide, le conseil régional d’Ile de France nous aide, la Mairie de Paris nous aide, donc c’est vrai que c’est très important dans le cadre du budget qu’on a, donc ce n’est pas un secret. Est-ce que certain films ont été achetés par des distributeurs suite à leur passage au festival, pour une distribution vidéo ou cinéma ? Tout confondu, oui. Et pour de nombreuses raisons, mais je ne peux pas faire un listing parce que je n’ai pas en mémoire tous les cas de figures. Mais c’est vrai que nous nous sommes aperçus que pour certains films, le processus s’accélère car les acheteurs voient un intérêt à ce que le film soit acheté. Ou des films qui étaient déjà en tractation, et qui grâce à l’Etrange Festival se sont retrouvés à être vendus. Prendre des exemples ce serait un peu cavalier mais disons que l’on va prendre un de nos films de clôture qu’était Joe’s apartment. Il s’est retrouvé à être acheté en télévision et à être sorti en vidéo grâce à sa diffusion à l’Etrange Festival parce que les gens de Canal + étaient dans les parages, qu’ils ont vu le film, qu’ils ont trouvé ça formidable. Et puis après à l’antenne, le film a super bien marché et ils étaient très content. C’est juste un exemple. Maintenant on s’est aussi retrouvé à avoir des films expérimentaux comme Wasted de Ian Kerkhof qui a été vu à l’Etrange Festival, et qui a été l’objet d’un achat par ARTE. Mais aussi les films d’Alex Var Warmerdam comme Les Habitants qui était pour la première fois montré en France, ou Abel, déjà diffusé à Avoriaz à l’époque, mais n’avait pas été acheté, se sont retrouvés à être achetés par un distributeur lors de leur diffusion à l’Etrange Festival. C’est d’ailleurs ce qui a permis à Var Warmerdam, à une époque, de devenir un cinéaste connu et reconnu. Il y a plein de cas de figures comme ceux là, à la fois pour le cinéma ou d’autres choses. C’est vrai aussi que nous sommes un petit peu fatigués de présenter des œuvres qui ne se retrouvent pas à sortir. Nous avons donc décidé d’avoir indirectement un pôle où il y aura une distribution de certain des films au moins en vidéo, si ce n’est en salle. Des films qu’on a présentés à travers l’étrange collection. C’est un cas de figure particulier mais qui nous amène à penser ou à repenser l’idée qu’un festival doit aussi avoir une continuité et donc se permettre de pouvoir aussi lui même assurer une distribution et une diffusion des films que l’on sent être les plus à même de rencontrer un certain public, donc c’est aussi une de ces velléité. C’est une manière d’étendre les choses, mais l’intérêt des distributeurs se fait relativement de manière importante. Pour être clair, on va prendre le cas des films de Seijun Suzuki. La première fois en France que les films avaient été montrés, en tous cas ceux qui ont été sortis par HK Video, c’est suite à la projection de ces films à l’Etrange Festival que les achats ont eu lieu donc il y a une interaction qui à été immédiate entre l’un et l’autre. Pour certains films de Hideo Gosha, même qui ne sont pas encore sortis, c’est la même problématique. Et il y en a d’autres encore qui sont concernés par le sujet en question. Pour être clair je vais prendre un dernier exemple : les films de José Mojica, qui ont été présentés à l’Etrange Festival, ont été aussi achetés pour la télévision française et pour une exploitation vidéo (à priori parce que je ne les ai toujours pas vu, enfin je ne sais plus si ils sont sorti ou pas) suite quand même à une présentation, une optimisation à l’Etrange Festival. Bien que deux de ses films avaient été présentés il y a très longtemps dans le cadre du festival du Rex, enfin à l’époque c’était au Palais des Congres. Qu’est ce que vous pensez de l’engouement du cinéma asiatique en France ? Je ne sais pas, on peut toujours considérer que nous en sommes un tout petit peu porteur. C’est à dire que nous avons aussi amené à ce qu’il y ait une sorte d’accroissement de l’intérêt pour le cinéma asiatique. Maintenant, c’est très difficile de parler de tendance en l’état. A priori, il y a des secteurs dans le cinéma japonais qui tendent à trouver un public particulier. L’animation est un cas particulier, mais qu’il faut mettre en avant dans le sens où, c’est vrai, il y a un véritable public qui a envie de découvrir ce genre de films en salle. Le problème c’est qu’on ne leur offre finalement pas cette possibilité. Il y a très peu de films d’animation qui sortent en salle, à l’exception des films de Miyazaki (ce n’est pas une critique, mais c’est vrai que essentiellement c’est Studio Ghibli comme Disney à une certaine époque, il n’y a plus que ça). Donc en même temps, il y a une richesse qui existe, y compris sur des œuvres qui pourraient très bien être représentées en salle et qui ne trouvent pas justement de biais sauf à travers la vidéo, puisque l’on considère que c’est un marché pour des gens qui vont forcément consommer de la vidéo. Ca c’est un point qui était important et c’est un engouement particulier. De là à parler de manière globale d’engouement pour le cinéma japonais, c’est extrêmement risqué. Pourquoi ? parce que en fait ça se fait sur certains cinéastes, présentés ou non à l’Etrange Festival, qui se retrouvent à avoir une certaine côte auprès d’une certaine intelligentsia et d’une certaine presse (comme par exemple Kyoshi Kurosawa). Mais, on ne peut pas réellement pas parler d’engouement, de développement. Je suis très dubitatif, parce que finalement si on regarde le nombre de films japonais qui sortent sur nos écrans, on remarque qu’il est restreint. Une quinzaine de films japonais qui sort dans l’année, ce n’est pas un engouement. Par contre il y a certainement un engouement d’une certaine population à découvrir ces films dans le cadre de festivals comme le notre, celui de Panasia (Deauville) ou un festival d’animation qui a lieu aussi ici au Forum des Images. Il y a des déplacements de population qui existent vis à vis du passage de ces films en festival, mais ce n’est pas concrétisé par une continuité en salle. Vous le remarquez bien, vous n’avez pas tant de films cinéma que ça à critiquer ou dont vous pouvez parler sur votre site. - Oui en effet, nous faisons essentiellement des critiques de films sortis en dvd ou vcd. Bah voilà, donc moi je ne peux pas parler d’engouement, parce que pour moi la salle c’est quand même un moteur extrêmement important. C’est a dire que c’est pour moi le moteur du 1er visionnage d’un film. Audition a été montré à l’Etrange Festival, et il n’est sorti que 2 ans plus tard en salle. Les films de Takashi Miike, il y en a un par an qui sort en salle donc c’est forcément restreint. C’est très bien comme ça aussi, ça évite de se fatiguer d’un metteur en scène, mais ce que je veux dire par là, c’est que après, tout ce qui se passe autour (c’est à dire le marché de la vidéo essentiellement, puisqu’en télévision les diffusions de films japonais sont très restreintes pour des raisons simplement liées à des problèmes de quotas), c’est vrai qu’on peut dire que le marché de la vidéo a pris le relais des manquement de la diffusion en salle, mais est ce que c’est pour le meilleur ? Je n’en suis pas certain. C’est à dire qu’après on est en état de surconsommation. On a une tranche de public qui ne consomme que ça or ce n’est pas plus intéressant qu’autre chose, c’est un ghetto comme un autre. C’est très bien de consommer des films en vidéo, d’avoir une véritable volonté de les voir, les visionner et même de voir les films en très grande avant première, mais je suis pas sur que cette effervescence soit capitale, ou en tout cas amène les gens a réellement apprécier le cinéma asiatique dans son ensemble. Il y a eu une vague énorme et une déferlante énorme dans les années 80 sur Hong Kong, aujourd’hui il n’en reste rien parce que la production là bas s’est complètement écrasée (parce qu’il n’y a plus de producteurs, ou alors un ou deux producteurs phares). Parce que finalement on en est réduit là 10 ans plus tard, on peut vraiment constater de ce qui c’est produit : plus de producteurs phares qui produisent des films intéressants et au bout du compte finalement on a eu le droit qu’à un feu de paille. Alors ce feu de paille a peut être amené un metteur en scène comme John Woo à être reconnu, ou un metteur en scène et producteur comme Tsui Hark à devenir relativement important, mais ces deux personnes à part, finalement tout ce qui s’est passé autour à un moment a été perçu comme artificiel. En fait il y a eu une trop grosse effervescence sur un tout petit nombre de films et après il y a eu la déferlante dans les années 80 en vidéo de tous les films qui pouvaient être les films de genre. Comme par exemple dès qu’il y avait Chow Yun Fat dans un film, on nous le sortait en vidéo avec des éditeurs qui n’ont fait que ça pendant 2 ans et qui finalement ont asphyxiés le marché en ne choisissant pas les œuvres qui étaient importantes de montrer, mais simplement en profitant du fait que l’on allait pouvoir vendre ou placer en vidéoclub 2000 à 3000 exemplaires d’un titre et que ça allait suffire à lui même. Alors que ça a été l’effet inverse, c’est à dire tout ce qui ne devait pas sortir. Parce que finalement c’est comme nous dans n’importe quels pays, les films français ne sortent pas tous à l’étranger et bien à l’identique on a des raisons aussi pour certains de faire des choix. C’est aussi ce qui est en train de se dérouler à l’heure actuelle sur un certain cinéma japonais, comme l’animation, qui est un cas de figure très fort mais aussi pour un certain cinéma de fiction du genre Yakusa, pour lesquels il y a une sorte d’effervescence totale alors qu’il faut se calmer. Il y a plein de films qui ne sont pas montrés, qui sont beaucoup plus anciens, qui ont beaucoup plus d’intérêt et qui finalement mériterais petit à petit d’être sorti. Mais la boulimie qui est celle de tout fan « d’un certain cinéma » fait qu’il y a une sorte d’accroissement mais qui à rebours va en fait ni plus ni moins déboucher que sur : que reste t’il de ces années là ? Donc il faut être très prudent. C’est pour cela qu’à travers la démarche de l’Etrange Festival, justement, il y a cette prudence par rapport à ce qui peut être un engouement général avec des gens qui disent : « oui mais pourquoi vous présentez pas encore plus de films japonais ? ». C’est l’asphyxie, les gens n’ont pas envie de voir que des films japonais sur le principe que il y a l’écran des gens qui sont en train de s’entretuer avec des flingues et des sabres, pour être très caricatural. Hélas, le marché est dans cette tendance là, et puis aussi simplement parce que le marché de la vidéo au Japon est tellement énorme et que la production est tellement colossale que d’une manière ou d’une autre il y a forcement une envie en France de dire : « ah ouais ! on va tout découvrir, on va tout voir ». Il est temps que les horizons s’ouvrent, le Japon est une cinématographie qui est très riche il y a encore plein de choses à découvrir, particulièrement plus dans son passé que dans son présent (puisque le cinéma japonais est en crise et qu’il y a très peu de cinéastes aujourd’hui qui soit en mesure de pouvoir faire des œuvres très intéressantes). Il faut être clair. C’est un truc qu’il est important de souligner et pour autant, il y a une effervescence disproportionnée. On met beaucoup de temps à découvrir un cinéaste car quand on a des cinéastes qui ont fait plus de 100 films, je crois qu’il faut du temps pour digérer. Sur les 100 films il y en a certainement 90 % qui ne sont pas très intéressant mais peut être qu’il faut déjà découvrir ceux là, voir un peu comment chacun se relie et à quel moment on peut dire celui là est important, celui là ne l’est pas. Là, c’est la disproportion qu’on a connu sur le cinéma de Hong-Kong il y a peu de temps. Et on va avoir très bientôt la déferlante thai qui est en train de se profiler à l’horizon. On est parti pour et avec le même registre, c’est à dire qu’il n’y a plus de discernement. Ce manque de discernement est une véritable problématique qui doit être posée y compris par les gens qui exploitent ce genre de films. C’est pour ça qu’il faut faire attention, parce que sans vouloir faire de reproches particuliers, c’est vrai qu’on a du mal à anticiper qu’un film comme Bangkok Dangerous puisse trouver son chemin en salle alors qu’en fait The Eye avait plus de raison de le trouver. Parce que Bangkok Dangerous est loin d’être à la hauteur du suivant et que le suivant, il était important de le construire lui seul parce qu’il avait son authenticité. Bangkok Dangerous c’est peut être un double programme en DVD, mais c’est pas forcement une sortie en salles. Enfin à mon point vue. Ce que je veux dire par là, c’est que à mon avis ça a joué un peu contre The Eye par exemple. - C’est vrai que, personnellement, je suis allé voir Bangkok Dangerous en salle et après la déception que j’ai eu, ça m’a freiné pour aller voir The Eye. Oui mais c’est un vrai problème parce qu’il faut être rationnel. Mais cela est lié à d’autres problèmes qui sont totalement là aussi liés à un problème de distribution. On a des films qui on été repris sur des catalogues qui avaient été achetés un moment et le but profond de la chose c’était de dire : voilà, on va créer une sorte d’évènement autour d’un metteur en scène. Si il y a un film réussi pour l’instant à tout point de vue, avec ses défauts et ses qualités, ne sortons que celui là, mais ne sortons pas l’autre dont on sait qu’il a beaucoup plus de faiblesses et qui peut causer du tort plutôt qu’autre chose, et c’est le cas de figure, c’est à mon avis c’est ce qui c’est un petit peu passé. C’est un peu dommage. Ensuite j’aurais aimé savoir quel était le bilan de cette 11e édition, et si vous étiez plutôt content du résultat ? Je ne sais pas, ce n’est pas à moi de dire ça. Ce n’est pas à moi de le dire pour la bonne et simple raison que le bilan, ce sont les spectateurs qui le font eux mêmes après chaque année. C’est leur désir de revenir ou non au festival, c’est leur désir de se dire à un moment ou à un autre : « c’est un oasis dans un certain désert cinématographique, peuplé uniquement d’un certain type de films. Et cet oasis là, moi j’ai envie d’y revenir ou pas ». Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons avoir comme constat, puisque le seul constat que nous pouvons faire, c’est de nous demander si nous sommes contents, sans autosatisfaction. Nous sommes contents de ce que nous avons pu faire cette année encore, mais il y a plein de choses encore à faire, l’avenir est devant nous. Maintenant, est ce que ce que nous avons fait a incité le public à plus de curiosité, a incité le public à aller voir telle ou telle chose ? Chaque année a ses révélateurs. C’est vrai que cette année, nous avons eu des séances qui étaient plus ou moins pleine. Nous savons pertinemment que le pari asiatique, ou en tous cas de travailler sur l’Asie, amène beaucoup de spectateurs. Mais aussi qu’en revanche, comme nous le savons aussi, travailler sur d’autres cinématographies, même l’Espagne qui est un pays pourtant très proche, est plus risqué car les spectateurs suivent moins, les attraits n’étant pas les mêmes. Pour autant, il est clair qu’il n’y pas de raisons de se retrouver à nier ce qui est notre essence même, c’est a dire la découverte et la curiosité. Donc à titre de constat ou de résumé de cette année, nous sommes tout aussi content que les années précédentes d’avoir fait certaines choses. Maintenant c’est au public de juger si ce travail est capital pour lui ou pas. Ce n’est pas essentiel, ça ne reste que du cinéma soyons très clair, et ça ne reste que des images sur un écran. Mais qu’au moins il y ait une sorte de curiosité qui se soit éveillée, une envie de découverte, une envie d’horizosn différents et d’ouverture sur le monde (parce que ça évite après certain problèmes). Est ce qu’il y a eu un film vedette cette année en terme d’engouement du public ? On va dire engouement = nombres de spectateurs dans la salle. Donc objectivement de toutes façon, il y a eu deux évènements qui ont fait salle comble : Danger Diabolik et la nuit Takashi Miike. Ce sont les 2 évènements qui, d’une certaine manière, se sont retrouvés à amener le plus grand nombre de spectateurs dans les salles. L’un parce que c’est un évènement, puisque jamais les films n’avaient été montré sous la forme d’une trilogie dans le cadre d’une nuit. L’autre, et c’est là où c’est quand même exceptionnel, parce que ça reste un classique cultissime que les gens peuvent finalement rarement voir et sur lequel il y a eu un énorme déplacement de foule. Ce qui nous a nous même étonné, puisque il est clair que lorsqu’on présente des films dits de répertoire même cultissimes, on est pas obligé de se retrouver à avoir plus de 500 personnes dans la salle, ce qui était le cas. Est ce que vous savez déjà ce qu’il y aura l’année prochaine dans l’édition 2004 ? Même si je le savais… Je ne vous le dirais pas (rires). Non, mais pour une bonne et simple raison. C’est qu’en fait c’est toujours la question du « what is you next project ?» et ça c’est bien quand on est comédien ou metteur en scène, parce qu’à un moment ou à un autre il y a des choses dont on peut parler parce qu’elles sont déjà en route. Là, le problème, c’est qu’une manifestation comme l’Etrange Festival reposant en grande partie sur les réponses de tiers à l’étranger et des disponibilités, à un moment ou à un autre on peut très bien se retrouver au mois de mai et tout casser parce que pendant 5 mois on a travaillé sur quelque chose qui n’aboutira pas. Ca ne sert donc à rien de faire des effets d’annonce, si ils ne sont pas suivis d’actes. C’est aussi la raison pour laquelle, parfois, on se retrouve à faire part très tardivement du contenu de la manifestation. Non pas que nous souhaitons le cacher, mais simplement parce que nous sommes faces à des problématiques de ce type. A savoir qu’il n’y a aucune certitude jusqu'à un mois, voire deux semaines, avant le début du festival. On a une structure, la structure restera la même : il y aura des hommages, il y aura une carte blanche, il y aura probablement une thématique, il y aura une nuit ou il y en aura pas, nous ne savons pas encore. Tout dépend, en fait, des opportunités que nous allons saisir. Il y a juste une structure. C’est déjà pas mal d’avoir un squelette ! Et pour finir si vous avez un message à passer à nos lecteurs ? Je n’ai pas de message ! Heureusement que nous n’avons pas de message, qu’est ce que c’est chiant les messages (rires). A priori on peut juste dire qu’on a des volonté, explicitées dans toute la conversation qu’on a eu. Mais il n’y pas de messages, non. Nous ne sommes pas là pour faire passer des messages. Bien écoutez je vous remercie. Non, c’est moi qui vous remercie. Propos recueillis le 09/09/2003 par Tavantzis Nicolas.
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