Des femmes sont assassinées chaque lundi à 18h00 dans le métro en plein Tokyo par un tueur qui utilise
une seringue hypodermique empoisonnée. Une psychologue de la police, nommé Setsuko Suma, cherche à cerner
son portrait avant qu'il ne frappe encore. Elle en vient à soupçonner son ancien amant.
Dix ans se sont écoulés entre
Crazy Family réalisé en 1984, et
Angel Dust. Durant
cette période,
Sogo Ishii tourne essentiellement des courts ou moyens
métrages comme
½ Mensch consacré au groupe allemand
Einstürzende Neubauten
qui tient plus du clip que du film, ou encore
The Master of Shiatsu un cours métrage totalement
expérimental qui selon
Ishii est destiné avant tout à évacuer tous les
mauvais sentiments qu'il avait en lui, une sorte de thérapie. Le fossé entre le cinéma de ses
débuts et
Angel Dust est énorme,
Ishii a eu le temps de réfléchir
et de mûrir également, il n'a plus la haine farouche contre la société qui le hantait durant sa
jeunesse et ça se ressent à l'écran.
Le titre
Angel Dust fait référence au surnom donné à une drogue : le PCP. Ceux qui connaissent
bien l'univers de
Tsukasa Hojo ne sont pas étrangers à cette drogue
puisque cette " poussière d'ange " tient un rôle majeur dans le manga
City Hunter dans lequel
elle était utilisée pour créer des guerriers invincibles, insensibles à la douleur, capables de
massacrer tout un régiment en quelques secondes. Dans la réalité, cette drogue qui fut initialement
conçue comme un anesthésique fut abandonnée parce qu'elle provoquait des confusions et délires aux
patients. Le PCP agit en effet sur l'esprit et le corps provoquant hallucinations et d'étranges
expériences de désincarnation ainsi qu'une image déformée du corps. Les usagers perdent leurs
inhibitions et, étant moins sensibles à la douleur, deviennent souvent agressifs et violents, ils
libèrent également des décharges d'adrénaline, si bien qu'on devient d'une force colossale (aspect
reprit par
Tsukasa Hojo). Les effets résiduels d'une seule dose
s'étalent parfois sur des semaines, voire des mois, et incluent des crises d'angoisse,
de panique, de paranoïa et de dépression.
En sachant cela, on comprend donc mieux le film de
Ishii qui, si dans
sa base de départ pouvait apparaître comme un simple thriller, est en fait un énorme trip
hallucinogène qui nous emmène dans les rêves et surtout dans les cauchemars du personnage
interprété par la troublante
Kaho Minami, reflet de ce qu'a
pu ressentir le réalisateur qui avoue avoir été dans un état second en écrivant le script.
Pour souligner cet aspect, la plastique et la beauté visuelle du film sont remarquables,
sans oublier de mentionner le son qui a énormément d'importance.
Finalement, si aux premiers abords encore une fois le film peut paraître complètement
différent du reste de sa carrière, Angel Dust reste avant tout une expérience qui se ressent
plus qu'elle ne se comprends (j'entend au niveau narratif) pas très éloigné finalement d'un
film comme
Electric Dragon 80000 Volt qui est en apparence complètement différent.
L'énergie que met
Sogo Ishii dans chacun de ses films est belle
et bien toujours présente mais elle se traduit tout simplement sous une autre forme, plus
introspective et " isolatoire ". Les superbes plans contemplatif de la ville de Tokyo, les
visions de
Kaho Minami à travers ses lunettes de soleil teintées
de bleu essayant d'isoler une femme dans une foule abondante aux alentours du Tokyo Dome,
les plans en noir et blanc au grain très prononcé issus des caméras de surveillance, les
plans épileptiques des diapositives associés aux bruits mécaniques de leur projecteur, le
son assourdissant du métro, les nombreux petits bruits comme ceux des aiguilles d'une horloge
ou encore les longs silences renforcent encore plus cette impression à la fois de rêve et de
cauchemar éveillé.
Cependant, si l'on aborde le film comme un thriller, difficile de se raccrocher à une histoire
de profiler qui lorgne du côté de
Manhunter car la narration plus sensorielle et métaphysique
qu'à proprement dit " classique " ne nous permet jamais de nous accrocher réellement à autre
chose qu'à l'univers visuel et sonore du film. Et c'est là le gros défaut, une lenteur hypnotique
et une
Kaho Minami en détective très froide et antipathique qui
empêche tout attachement ou identification du spectateur pour le personnage font qu'au niveau
d'un cinéma plus classique, l'accroche ne se fait jamais tout au long du film.
Angel Dust
est donc un film à double tranchant car sous peine que le spectateur n'adhère pas à cette expérience
sensorielle et cherche à se rapprocher d'une vision plus classique, il sombrera alors dans un
long ennui interminable.