August in the Water
Titre original : Mizu no naka no hachigatsu
Réalisé par : Sogo Ishii
Année : 1995
Origine : Japon
Durée : 1h54
Acteurs : Shinsuke Aoki, Rena Komine, Reiko Matsui, Masahaki Takarai, Toda Naho
Production : Binbun Furuswa (Hill Villa)
Scénario : Sogo Ishii
Photo : Norimishi Nasamatsu
Musique : Hiroyuki Onogawa
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PRESENTATION :
Une œuvre unique aux confins de la critique sociale, de la science-fiction, du fantastique
et de la parapsychologie qu'on a pu comparer au Stalker (1979) de Andréi Tarkovsky
et à l'univers de J.G. Ballard, le célèbre auteur de Crash.
PRESENTATION DU REALISATEUR :
" Angel Dust et August in the water ont germé dans ma tête au même moment. L'un à
la forme d'un cauchemar et l'autre celui d'un rêve. Angel Dust est un film sur le réel
et August in the water, une prière. Pour moi, le cinéma doit être un rêve éveillé. Les
rêves sont le défouloir de l'inconscient et du stress de la vie quotidienne. Après avoir rêvé,
je me sens plus léger, j'atteins une sorte de félicité. Et il doit en être ainsi après avoir vu
un film. Le tournage s'est déroulé dans ma ville de Fukuoka qui, cette année-là, a connu une
sécheresse record, ce qu'elle n'avait pas connu depuis mon enfance. A l'époque, un vent de panique
avait, comme dans le film, balayé la ville. Le tournage a été rendu très difficile de ce fait -
on ne pouvait ni utiliser les toilettes ni prendre de bain nulle part. D'une certaine manière,
la réalité à rejoint la fiction. La maison qui a produit le film a fait faillite après sa sortie
en salles et le producteur s'est enfuit. J'ai découvert avec August in the water, un versant
de ma personnalité que j'ignorais. Un côté sensible et très féminin qui n'est pas du tout
contradictoire avec mon autre versant très agressif. "

SCENARIO :
Après la chute de deux météorites, la population de la région de Fukuoka est, peu à peu, affectée
par une étrange maladie. Ukiya et Mao sont amoureux d'Izumi, une championne de plongeon. Suite à
une mauvais saut, Izumi tombe dans le coma - comme certains autre habitants de la région. A son
réveil, elle développe des pouvoirs extra-sensoriels qui lui font comprendre que le monde est promis
à la destruction à moins qu'elle ne s'interpose.
ANALYSE :
Même si les films de Sogo Ishii sont très différents au niveau
du style, on peut découper sa filmographie en 3 grosses périodes. Ainsi, il y a la période
plutôt punk très énergique et chaotique : Crazy Thunder Road / Shuffle / Burst City / Halber Mensch,
la période calme et posée : Master of Shiatsu / Angel Dust / August in the water / le labyrinthe des rêves
et puis le retour à un style plus énergique avec ses derniers films : Electric Dragon / Dead End Run.
Crazy Family et Gojoe ayant volontairement été mis à part car ils font tous deux figure
de films de transitions. August in the water fait donc partie de la seconde grosse période
calme et posée du cinéaste que l'on pourrait associer plus particulièrement avec Angel Dust
car les deux films sont très proches même s'ils possèdent une vision opposée. Car comme le dit si
bien Sogo Ishii : " L'un à la forme d'un cauchemar et l'autre celui d'un rêve. ", si dans Angel Dust,
tout était fait pour rendre l'ambiance oppressante et stressante, que ce soit par les jeux de lumière,
les divers sons du métro et des diapositives ou encore un personnage principal renfermé sur elle même,
dans August in the water c'est tout le contraire on est devant un film onirique, une sorte de
conte fantastique porté par une musique hypnotique proche du style d'un Jean Michel Jarre
à coups de synthétiseurs.
Cependant, si de part ce fait August in the water est donc beaucoup plus accessible que son
vis à vis, il est tout de même assez long à démarrer si bien que durant toute la première partie on
en est même à ce demander si Ishii ne va pas nous refaire une énième
variation de Jules et Jim. Heureusement, il n'en est rien et cet univers assez réaliste et
basique à tout niveau (mise en scène plan par plan, musique basique et classique, univers réaliste)
va peu à peu se transformer en univers paranormal et fantastique porté par une musique cosmique. Ce
qui va déclencher ce basculement c'est tout d'abord l'évanouissement d'Izumi pendant le festival
Yamagasa (tradition historique visant à porté un temple en bois à travers la ville pendant que les
passant jettent de l'eau sur son passage) qui si on se souvient bien était également un des éléments
importants du 1er film de Ishii : Panique au lycée, dans lequel
un des personnages se rappelle du festival en flashback qu'il a effectué avec le jeune preneur d'otage
en précisant bien que après ça rien ne fut plus comme avant. Dans le cas de August in the water,
Ishii se sert du festival pour renforcer toutes ses mythes et superstitions
auxquels les Japonais sont encore attachés malgré que ce soit un des pays les plus technologiquement
avancé. Car c'est là tout le paradoxe du Japon possédant une société ultra moderne mais avec des
habitants encore ancrés dans les traditions qui croient encore aux légendes et autres rites
ancestraux, cette opposition dans le film n'est d'ailleurs pas sans rappeler le Inugami
de Masato Harada possédant de nombreuses similitudes avec August in the Water.
Et puis arrive le second événement, l'accident d'Izumi lors d'un plongeon qui va définitivement
faire s'envoler le film vers les cieux. Les séquences de plongeon que Ishii
s'amuse à filmer à travers des angles multiples en utilisant un montage très musical. Un peu
de la manière du virus de Kairo de K.Kurosawa, la maladie changeant
les personnes en pierre va alors s'amplifier et c'est associé à une sécheresse accablantesque la
situation va alors devenir dramatique. Car Izumi dont le prénom veux dire la source en Japonais
(sous entendu la source d'eau) est la cause de tout ses désastres mais c'est également elle qui
a le pouvoir de les arrêter. On assiste donc à 30 dernières minutes véritablement sublimes dotées
d'une atmosphère planante et avec des plans superbes comme le plan de nuit où la pleine lune éclaire
le lac dans lequel s'enfonce peu à peu Izumi. Pleine lune encore une fois symbole de fantastique
pour Ishii qu'il utilise également comme tel dans Angel Dust,
Gojoe ou encore Dead End Run.
Finalement, August in the water est une fois de plus un film plein de sensations où le
travail sonore de Onogawa Hiroyuki s'adapte parfaitement aux images,
et même si le film est un peu long à démarrer, l'envol qui s'en suit nous laisse l'impression d'avoir vécu un rêve.