Crazy Family

Réalisé par : Sogo Ishii
Année : 1984
Origine : Japon
Durée : 1h46
Acteurs : Katsuya Kobayashi, Mitsuko Baisho, Hitoshi Ueki, Yuki Kudo
Production : New Yorker
Scénario : Sogo Ishii, Yoshinori Kobayashi, Fumio Konhami
Photo : Masaki Tamura
Montage : Juniji Kikushi


PRESENTATION :

Cette comédie hystérique et jouissive qui vire à la folie et au surréalisme a été produite par la société Art Theater Guild, qui avait à son actif le financement de La Cérémonie de Nagisa Oshima et de Adieu L'Arche de Shuji Terayama. Exploité uniquement dans leur salle, le film a rencontré un succès d'estime même s'il a été honni par la critique japonaise. Crazy Family a été présenté au Festival de Berlin, point de départ de sa carrière internationale. C'est aussi le tout premier film de Sogo Ishii à avoir été montré en Europe et aux Etat-Unis. C'est le seul film avec plus tard le labyrinthe des rêves qui bénéficia d'une sortie en salles en France et il remporta même un franc succès auprès du public français.


PRESENTATION DU REALISATEUR :

" Crazy Family marque un nouveau départ dans ma vie. L'équipe avec laquelle j'avais l'habitude de travailler était disséminée et j'étais donc incapable de tourner un film. J'ai donc voulu tout recommencer à zéro en ré-apprenant les bases du cinéma. J'ai repris mes études dans le domaine, et j'ai écrit un vrai scénario avec peu de personnages - ce que je n'avais jamais fait auparavant. Je voulais faire un film de manière professionnelle, avec des professionnels et en tournant en studio. A la même époque s'est créée la Director's Compagny et on m'a demandé d'en faire partie. J'ai accepté tout comme Kiyoshi Kurosawa ou Shinji Somai, entre autres. Ca m'a permis de travailler avec des techniciens et des acteurs chevronnés comme Masaki Tamura, un chef opérateur très réputé, ou Hitoshi Ueki, l'une des stars de l'époque. Pour la première fois de mon existence, j'ai fait attention à la mise en scène et j'ai respecté mon planning de tournage. Crazy Family abordait un sujet social brûlant que j'ai décidé de traiter sur le mode de l'humour noir et de manière très agressive. J'ai été très étonné lors de sa présentation au Festival de Berlin que le film plaise autant au public européen. Je n'imaginais pas qu'il puisse être compris par des personnes extérieurs à la société japonaise."


SCENARIO :

La famille Kobayashi réalise le projet de ses rêves : quitter leur appartement exigu pour une maison en banlieue. Mais une fois arrivés sur place, rien ne va plus. Le fils disjoncte à cause de ses examens, la fille est obsédée par son audition, la mère en a assez de jouer le rôle de parfaite ménagère et le père ne pense qu'au suicide collectif. Et, par-dessus le marché, le grand-père cherche à s'incruster dans la maison.

ANALYSE :

Crazy Family est le seul film de Sogo Ishii à avoir connu une sortie dans les salles en France avec le Labyrinthe des Rêves. C'est un film à part dans la filmographie de son réalisateur puisqu'on ne peut pas l'associer aux films punk de ses débuts, même si on y retrouve la même énergie dévastatrice, mais on ne peut pas non plus le comparer avec sa période plus calme de Angel Dust et ce qui suit. Film à part donc mais également film important pour la carrière du réalisateur puisque que le paradoxe a voulu que ce soit le métrage qui lui ouvrit les portes à l'international grâce à sa projection au festival de Berlin et par la même occasion qui les lui ferma au Japon. Les producteurs ayant trop peur de la manière dont Ishii réalise ses films en ne respectant pas les codes du milieu, personne ne veut plus s'aventurer à produire et investir dans son travail, ce qu'il lui coûta 10 ans de quasi inactivité.

Et pourtant, le film mérite plus que ça, imaginez une comédie d'humour noir réalisée avec la même énergie que Ishii mettait à l'époque de ses films punk et vous obtenez Crazy Family. Le film est un pur moment de bonheur engendrant de multiples fous rires. Le scénario est assez simple : une famille s'installe dans une nouvelle maison, tout est réunis pour qu'ils soient les plus heureux du monde. Au fur et à mesure que les personnages s'installent dans la maison, on découvre les différents traits de caractère de chacun avec un père obsessionnel se sacrifiant tous les jours au boulot pour sa famille, une mère modèle de la femme au foyer idéale, un fils obsédé par son examen de fin d'année et enfin une gentille petit fille fan de jpop et de catch qui aspire à devenir célèbre par le biais du cinéma ou de la chanson. Notre famille presque modèle avec des personnages à la limite de la caricature est donc bien installée et va petit à petit sombrer dans la folie.

L'élément qui va amorcer cette démence, c'est tout simplement le grand père, Kobayashi, qui va venir rendre visite à son fils et sa famille sans crier gare. Le problème vient du fait qu'il s'incruste petit à petit, poussant à bout les autres occupants de la maison et c'est alors que son fils trouve une idée pour le faire rester, détruire le sol de la salle à manger pour construire une pièce en sous sol. Et c'est à ce moment là que tout va basculer et les personnages vont tous sombrer dans une folie totale et dévastatrice. Tous les personnages sont tout droit sortis d'un manga, plus loufoques les uns que les autres et le métrage regorge d'idées inventives à tous les niveaux. De plus, les acteurs (professionnels pour ce film) jouent vraiment leurs personnages à la perfection avec une mention particulière pour l'acteur interprétant le fils qui est absolument génial.

Une fois tous les membres de la famille arrivés à saturation, le père va décider de fermer toutes les issues possibles et tenter d'entraîner les autres dans un suicide collectif ce qui va déclencher une véritable guerre à l'intérieur de la maison qui va se transformer en champ de bataille. Toutes les armes sont bonnes afin de tuer l'adversaire : le marteau piqueur, la batte de baseball, le couteau, le sabre ou bien même carrément les prises de catch. Autant le dire tout de suite cette longue bataille est un grand moment d'anthologie inoubliable, une maestria d'humour noir réalisée avec l'énergie habituelle propre au réalisateur et toujours avec cette bande son qui tient une importance cruciale dans chacun de ses films.

Crazy Family est bien un film de fous, de psychopathes allant à 300 km/h mais qui n'oublie pas cependant de dresser le portrait d'une génération à travers son ton satirique. Sogo Ishii est décidément un grand réalisateur, un auteur visionnaire et avant gardiste, il ne serait d'ailleurs pas étonnant encore une fois que Takashi Miike se soit inspiré de ce film pour réaliser son Visitor Q.


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