Crazy Thunder Road
Titre original : Skuruizaki Sandaa Rodo
Réalisé par : Sogo Ishii
Année : 1980
Origine : Japon
Durée : 1h30
Acteurs : Tatsuo Yamada, Masamitsu Ohike, Toshiji Kobayashi, Koji Nando
Production : Toei
Photo : Norimichi Kasamatsu
Musique : Sigeru Izumiya
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PRESENTATION :
L'un des dix films préférés de Takeshi Kitano et, selon certains,
le meilleur film de " gang de motards " jamais réalisé au Japon. Mad Max sous acides,
Crazy Thunder Road a rencontré des problèmes avec la censure japonaise qui n'appréciait
pas son message : à savoir qu'il existait toujours au cœur de la société japonaise des tendances
fascisantes et qu'il fallait les éradiquer à n'importe quel prix ! A l'origine film de fin d'études
tourné en 16 mm sous les auspices de l'université de Tokyo, la Toei racheta le film, le fit gonfler
en 35 mm et le distribua dans tout le pays.
PRESENTATION DU REALISATEUR :
" Au regard des problèmes rencontrés sur Panique au lycée, j'avais décidé de faire un film
libertaire, avec un budget minuscule et en utilisant tout le matériel que la faculté pouvait mettre
à ma disposition. Et contrairement à ce que j'avais anticipé, le film a été acheté par la Toei, un
des plus importants studios au Japon, qui l'a sorti sur tout le territoire. C'est mon plus gros
succès au box-office. Le film parle de jeunes motards qui se comportent comme des voyous, un phénomène
social qui a marqué cette époque. Beaucoup de gens se sont déplacés en salles pour voir le film
afin d'en savoir plus sur ces jeunes rebelles. J'ai réalisé ce film il y a 25 ans, et il me donne
l'impression d'avoir été fait par mon fils. Je suis très anxieux à l'idée de le voir sur grand écran
aujourd'hui. Tout le monde a travaillé bénévolement sur Crazy Thunder Road, et ce sont de
vrais voyous qui ont interprété les motards. Certains de ceux qui devaient jouer dans le film ont
d'ailleurs manqué à l'appel, car ils ont été arrêtés par la police avant que le tournage ne commence.
Crazy Thunder Road est un film d'anticipation et en aucun cas un documentaire sur la société
japonaise de l'époque. Il ne s'agit pas non plus d'un film politique. "
SCENARIO :
Aux alentour de la ville nommée Illusion, près d'une autoroute traversant le Japon, deux bandes
de motards s'affrontent. Après la défaite de son gang, le chef des anarchistes, qui a perdu une
main au passage, coupe tous les ponts. Mais lorsque ses anciens amis deviennent membres d'un parti
d'ultra extrême-droite qui cherche à rétablir ordre et autorité au Japon, il se rebelle et
prend les armes.
ANALYSE :
Sogo Ishii commence sa carrière cinématographique très jeune
puisqu'à 19 ans il tourne un court métrage de 15 minutes racontant l'histoire d'un jeune lycéen
qui tue son professeur avant de se faire traquer par la police à travers tout le lycée. Deux
années plus tard, la Nikkatsu trouve le sujet intéressant et engage Sogo Ishii
pour tourner le remake de son film sous forme d'un long métrage. Mais la Nikkatsu lui assigne
un assistant réalisateur qui est beaucoup plus expérimenté et qui prend en charge la réalisation
du métrage en sa quasi intégralité. Sogo Ishii très remonté et en
colère décide d'utiliser cette frustration pour réaliser ses 2 films suivant de manière indépendante :
Crazy Thunder Road et Burst City. Le film est donc le premier véritable long métrage
de Sogo Ishii. A l'époque, Sogo est très énervé contre la société
et complètement sous influence de la culture punk mais il a beaucoup de mal à réaliser des films
construits au niveau narratif, Crazy Thunder Road ne fait pas exception.
Grand manifeste du film de Bozoku (gangs de motards) et de la culture punk, Crazy Thunder Road
tout comme Burst City souffre donc d'une narration très explosée partant dans tous les sens
mais toujours avec cette énergie et ce chaos qui sont présent dans les films du début de carrière
de Sogo Ishii. D'ailleurs, même dans des films comme Angel Dust
ou encore Electric Dragon, la narration n'a rien de traditionnelle à la différence qu'elle
est cependant maîtrisée. On assiste donc à un film assez inégal dont le chemin n'est pas défini
avec cependant une seconde partie de métrage plus punchi et un final grandiose.
On retrouve un peu tout et n'importe quoi avec cependant une constante durant tout le film et même
durant toute la carrière de Ishii, de Panique au lycée jusqu'à Dead end run : une musique
superbe indissociable du métrage qui apporte énormément à chacun de ses films. C'est cependant déjà
un peu moins chaotique que Burst City et une histoire essaie de se mettre en place avec
l'arrivée d'un extrémiste fasciste recrutant des motards un peu perdus pour rétablir l'ordre et
l'autorité au Japon. Car Ishii, même si il dit n'avoir pas voulu faire
un film de politique critique; indéniablement ces groupes étaient bel et bien présent au Japon à cette époque
et si on se rappelle bien étaient également déjà présent dans son film précédent Panique au lycée
avec un camion et des uniformes similaires. A côté de cette trame, il y a également des personnages
secondaires comme Ken le motard qui décide de raccrocher pour sa copine par exemple mais ils sont
trop peu ou trop mal exploités pour qu'ils soient réellement intéressant. D'ailleurs, bizarrement,
dans toutes les scènes où Ken et sa copine apparaissent, la musique change soudainement, proche de
la balade et Ishii va jusqu'à les filmer sur un lit, les rayons du soleil traversant la fenêtre,
pendant qu'ils jouent à un jeu de société semblable au petits cheveux. Un grand moment de mièvrerie
intense et décalé par rapport au reste du métrage, peut être qu'un des amis du réalisateur a quitté
un groupe à cause de sa copine et que Ishii s'est vengé en insérant ce
personnage dans ce film. Les acteurs ont tous des " gueules " de tueurs et des looks très typés
années 80 avec les gros blousons en cuirs et la banane sur la tête, ce qui n'est pas étonnant vu que
si les acteurs principaux viennent du théâtre, tous les second rôles sont de vrais bikers et ça se voit.
Mais ce qui reste le plus intéressant est sans doute la 2e partie et surtout le final du métrage complètement
no future où un enfant s'injecte son fix, deale armes et drogues et va même jusqu'à tuer, ce qui sauve
le " héros " du film au passage, et ce 10 ans avant Robocop 2. Et puis il y a ce combat géant où le
héros armé jusqu'aux dents massacre tout sur son passage à grand coup de bazooka fait maison, grenades
et autre mitrailleuse énorme semblable à celle de Terminator 2. C'est donc dans un énorme chaos que
se déroule cette bataille explosive annonciatrice de son film suivant Burst City. La fin est
bien représentative de l'état d'esprit de Sogo Ishii à l'époque : le
héros enfourche une moto cassée et lorsque l'enfant lui annonce qu'elle n'a pas de freins il répond :
" là où je vais je n'en aurais pas besoin " avant de foncer à toute allure sur la route tête baissée.
Pas étonnant donc de la part d'un Sogo Ishii qui a déclaré que pendant
sa jeunesse, il vivait à fond en pensant mourir avant 30 ans, esprit bien représentatif de la culture
punk et de l'attitude no future explique t'il.
Beaucoup disent que ce film a influencé toute une génération de réalisateur et ce n'est pas impossible
quand on y pense, qu'un réalisateur comme Takashi Miike n'ait pas repris
certaines idées comme le coup de l'enfant pour Fudoh ou encore le fameux coup du bazooka pour
son Dead or alive.