Femmes Criminelles
Titre original : Tokugawa Onna Keibatsu-Shi
Réalisé par : Teruo Ishii
Année : 1968
Origine : Japon
Durée : 1h36
Acteurs : Teruo Yoshida, Fumio Watanabe, Masumi Tachibana, Asao Koike
Production : Toei
Scénario : Teruo Ishii, Misao Arai
Photo : Motoya Washio
Musique : Masao Yagi
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PRESENTATION :
Deuxième film de la série des Joys of Torture (1968 - 1973) dont le succès fut immédiat,
le scénario allie admirablement érotisme, terreur et surréalisme. Archétype du cinéma " érotique-grotesque ",
un des pans les plus impressionnants de l'histoire du cinéma japonais, FEMMES CRIMINELLES est un
diamant noir incontournable. Le film fut présenté pour la première fois en France en avril 1973 lors
de la Nuit de la 2e Convention du Cinéma fantastique et sorti par la suite en VHS par l'intermédiaire de
Christophe Gans.
PRESENTATION DU REALISATEUR :
" A l'époque, tous les films historiques dans lesquels jouaient les grandes stars de la Toei
étaient produits dans les studios Toei de Kyoto. Tous les acteurs et techniciens qui travaillaient,
en revanche, dans les studios Toei de Tokyo, moins prestigieux, avaient presque honte. Le président
de la Toei, Hiroshi Okawa, a alors décidé de nommer à la tête des studios
de Tokyo un des directeurs des studios de Kyoto, Shigeru Okada. Okada ayant
fait ses preuves à Kyoto, il avait toute la confiance de la direction de la Toei. Et c'est lui qui a
lancé le genre " films de yakuzas ". Mais la mode qu'il a initié est devenu si envahissante et a remporté
un tel succès public que les studios de Kyoto battaient de l'aile. Okada a donc
été renvoyé à Kyoto et a imaginé une série historique d'un genre tout nouveau, le " genre " Tokugawa,
qui a sauvé les studios de Kyoto. FEMMES CRIMINELLES est constituée de trois épisodes. Pour ce film,
je me suis inspiré de la nouvelle de l'écrivain Ryunosuke Akutagawa intitulée
FIGURES DE L'ENFER. Comme je m'étais très bien entendu avec Asao Koike,
qui avait joué un petit rôle dans TOKUGAWA ONNA KEIZU, l'épisode précédent, je l'ai fait rejouer
dans cet épisode, mais cette fois en lui donnant le premier rôle du troisième sketch, à savoir celui du
tatoueur, qu'il a joué à la perfection. Il est devenu par la suite un de mes acteurs fétiches. Ce film a
été le plus grand succès commercial de cette année-la pour la Toei. "
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SCENARIO :
Trois jeunes filles sont victimes de la pureté de leur amour : la première est suppliciée parce
qu'elle vit un amour incestueux avec son frère ; la deuxième est religieuse et tombe amoureuse
d'un moine, mais la supérieure ne le voit pas de cet œil et torture la jeune fille sous les yeux
de son amant qu'elle décapite ; la troisième est prisonnière d'un inquisiteur et devient la favorite
d'un tatoueur à la recherche de l'expression parfaite de la souffrance féminine, mais également
masculine.
ANALYSE :
Voici donc le 2e volet de la série des " Joys of Torture " qui en comporte 8, tournés entre
1968 et 1973 et dont le but est de représenter différentes tortures plus vicieuses les unes que les
autres, infligées à des femmes ; seul " Yakusa Keibatsushi : Lynch " dépeint celles infligées
aux hommes. Une autre particularité de cette série de films est que ce sont tous des films à sketchs
hormis le 4e volet : " L'Enfer des tortures " racontant la guerre sanglante entre deux
tatoueurs se livrant à un concours de tatouages sur des prostitués afin de gagner les faveur d'une femme.
Dès le générique d'introduction, le ton est donné, après l'explication d'une voix off sur les terribles
tortures infligées aux criminelles du 17ème siècle au Japon, la démonstration visuelle des châtiments est
immédiate. Ainsi on peut voir une femme, attachée à un arbre, se faire décapiter avant que son corps ne
soit coupé en deux, puis une autre attachée à un piquet que l'on recouvre de paille à laquelle on met
le feu et enfin un bel écartèlement d'une femme dont les jambes sont reliées à deux chevaux lancés au
galop qui déchirent littéralement les 2 membres inférieurs.
Le 1er sketch est assez court et raconte l'histoire de Mitzu, une jeune femme dont le frère se voit
gravement blessé par une poutre qui lui tombe sur la tête. N'ayant pas l'argent pour payer les soins,
un homme important du village lui propose de payer le docteur mais en contrepartie il obligera Mitzu
à coucher avec lui. Comme d'habitude Teruo Ishii ne recule devant aucun
tabou, exposant ici le thème de l'inceste entre Mitzu et son frère mais pas en vue d'en faire une
critique, c'est seulement un moyen pour réaliser une scène d'amour érotique de plus. Car il faut
bien le comprendre, Teruo Ishii est un pur cinéaste de studio qui
enchaîne les films à une vitesse folle et tourne ce qu'il lui fait plaisir. Intellectualiser son
cinéma en cherchant par exemple des références au Marquis de Sade (dont Teruo Ishii
avoue n'avoir jamais lu un ouvrage) serait une erreur. Mais ce cinéma d'exploitation japonais est
souvent jouissif et possède un esthétisme unique qui émerveille par sa beauté, sa sensualité et
son érotisme de l'image qui ne laisse pas insensible. Et c'est une des composantes du 2e sketch
qui raconte l'histoire d'amour entre un moine et une bonzesse, Teruo Ishii
filme une superbe scène montrant le moine en train de faire l'amour dans une rivière, à côté des
rochers qui cachent son sexe, avec une cascade en arrière plan. Le 3e sketch lui contient un ton
un peu plus humoristique tant dans les scènes comiques que dans les scènes de tortures à la
violence " grotesque ".
Au final, ce 2e volet est un des plus gores de la série sans trop d'expérimentation au niveau de
la réalisation ou des lumières mais avec encore une fois de très belles scènes mettant en valeur
les formes et la beauté des actrices dont on a pu encore mieux apprécier avec une copie magnifique
diffusée à l'Etrange Festival, faisant bien ressortir des couleurs éclatantes. Une séance dans
des conditions optimales donc pour la vision de ce film sympathique.