Tourné à l'origine en 1976 sous la forme d'un court métrage expérimental de 15 minutes, la virulence
de Panique au lycée suscite l'intérêt de la célèbre firme Nikkatsu qui lui propose d'en réaliser
un remake en Cinémascope 35mm. Ce premier long métrage contient déjà toute la virulence visionnaire et
la nervosité du cinéaste par le regard désespéré qu'il porte sur l'état de la société japonaise. Le
film rendra populaire son actrice principale, Atsuko Asano.
Un jeune lycéen nomme Yasuhiro tire, par révolte et par jalousie, sur l'un de ses professeurs en prenant
comme prétexte le suicide d'un de ses camarades. Il tente alors d'échapper aux forces de l'ordre en
prenant des otages.
Sogo Ishii, alors qu'il est encore étudiant, fonde sa société de
production, Crazy Films, et tourne "
Koko Dai Panikku " son 1er court métrage à l'age
de 19 ans. Réalisé en Super 8, d'une durée de 15 minutes, le film raconte l'histoire d'un lycéen
qui abat son professeur de mathématiques avant de prendre la fuite et de se faire traquer par l
a police à travers tout le lycée. Ce court métrage plait à la Nikkatsu qui décide 2 ans plus
tard d'engager
Sogo Ishii pour en faire un remake en Cinémascope
35 mm. L'idée séduit tout de suite le jeune réalisateur mais la Nikkatsu lui assigne un assistant
(
Yukihiro Sawada) plus âgé et expérimenté (rappelons que la moyenne
des réalisateurs qui tourne leur 1er long métrage se situe plus autour de 40 ans à l'époque) qui
prendra le contrôle sur quasiment tout le film.
Aujourd'hui
Sogo Ishii avoue qu'il ne considère plus ce film comme
faisant parti de sa filmographie, n'ayant réalisé qu'environs 20 % sans avoir eu de réel contrôle
sur le métrage dans son ensemble. La différence entre le court et long métrage réside dans l'ajout
d'anecdotes et d'un développement plus poussé des personnages secondaires concentré essentiellement
au début du film puis également par la suite sous forme de flash-back. On remarquera également au
passage que le lycée s'appelle le Kyushu High School en référence tout simplement à la petite île
de Kyushu à Hakata sur laquelle
Sogo Ishii a passé son enfance.
Si dans l'ensemble il est vrai que le style de
Sogo Ishii n'est pas
vraiment perceptible, on retrouve tout de même pas mal de bribes comme ce côté rebelle et cette
" haine " envers la société japonaise qui le pousse à faire une critique du système éducatif, selon
lequel seul les maths sont importants, mais également des médias ainsi que des forces de l'ordre.
Rien n'est épargné ; les établissements scolaires ne pensant qu'à garder une bonne réputation avec
des professeurs poussant les élèves à bout, et dans ce cas précis jusqu'au suicide, les forces de
l'ordre qui sont complètement dépassées par la situation finissant par commettre une bavure ainsi
que les médias qui cherchent encore et toujours à couvrir du sensationnel en exploitant au maximum
la prise d'otage. On pourrait être tenté de comparer le film avec le triste incident qui s'est
déroulé dans le lycée de Columbine aux Etats Unis mais force est de constater que les raisons et
motivations sont complètement différentes. On retrouve également un élément que
Sogo Ishii traitera plus en profondeur dans
Crazy Thunder Road,
à savoir la milice d'extrémistes fascistes prônant un retour de l'ordre et de l'autorité au
Japon. L'arrivée de ces personnages est d'ailleurs un peu trop caricaturale et ils possèdent
des traits trop exagérés, ce qui donne à la scène un humour involontaire (contrairement au
personnage du jogger par exemple) qui n'a au final pas vraiment l'impact escompté.
Au niveau de la réalisation, ça reste plutôt classique dans l'ensemble de ce que faisait la
Nikkatsu à l'époque même si les gros coups de zoom et la musique funky sur les plans où
Shigeru Yamamoto (l'acteur principal) cours fusil à la main sont
bien représentatif du cinéma de
Ishii. Au niveau de l'interprétation,
hormis les personnages caricaturaux qui en font trop, les acteurs se débrouillent bien.
Shigeru Yamamoto est plutôt bon et arrive bien à retranscrire la
rage de son personnage à l'écran mais bizarrement malgré le succès du film, cet acteur ne
percera pas dans le cinéma au contraire de
Atsuko Asano, son otage,
pour qui Panique au lycée fut une rampe de lancement pour sa carrière cinématographique. Mais
Yukihiro Sawada, le co-réalisateur du film, n'est pas étranger à
ce succès car il réussit à donner une touche très sensuelle au regard étrange et perçant de
la jeune comédienne que je comparerais à une sorte de
Meiko Kaji
junior. C'est à peine étonnant quand on sait que Sawada est un des réalisateurs pionner du
roman porno (pinku), genre de prédilection de la firme Nikkatsu.
Au final, le film reste tout de même agréable à voir, même si il n'est pas exempt de défauts,
la rage et l'énergie de
Sogo Ishii est déjà belle et bien présente
dans le film sans oublier le superbe score l'accompagnant plus proche de la soul que du punk pour le coup.