Shuffle
Réalisé par : Sogo Ishii
Année : 1981
Origine : Japon
Durée : 0h34
Acteurs : Yosuke Nakajima, Tatsuya Mori, Shigeru Muroi, Genjiro Arato, Kumiko Takeda
Production : Dynamite Productions / ATG
Scénario : Sogo Ishii d'après Katsuhiro Otomo
Photo : Norimichi Kasamatsu
Musique : Hikashu
Son : Narmimitsu Hayashi, Morihiro Naito, Akihito Suzuki
Décors : Katsuro Ogami
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PRESENTATION :
Sur fond de trame policière, Shuffle, adaptation de Run, le manga de Katsuhiro
" Akira " Otomo, est construit comme une poursuite non-stop qui
bascule dans le délire punk. Le film relève du genre " urbain-grotesque " inventé par l'école
underground japonaise des années 1980 dont Ishii était alors un des représentants majeurs.
PRESENTATION DU REALISATEUR :
" Grâce au succès de Crazy Thunder Road, j'ai gagné suffisamment d'argent pour financer Shuffle.
Plus exactement, dès que nous avons touché l'argent quel la Toei nous devait, moi-même et quatre autres des
membres de l'équipe l'avons réinvesti dans la production de ce film. On a tourné Shuffle en une
semaine et on a décidé d'adapter Run, le manga de Katsuhiro Otomo. A
l'époque, Otomo n'était pas aussi connu qu'aujourd'hui. J'avais lu son manga
original dans un magazine et j'ai décidé de tourner son histoire sans le prévenir. Plus tard, je suis
allé lui demandé des excuses et il m'a pardonné. Comme l'argent qu'on nous avait donné n'était suffisant
pour faire le film, on s'est donc retrouvé à nouveau dans une situation précaire sur le plan financier.
Avec une caméra et un ou deux bons comédiens, j'étais persuadé que j'étais capable de faire un film
d'action à ma manière. Le film raconte l'histoire d'une course éperdue, et, du coup, personne n'a cessé
de courir. Je me souviens que ça a été épuisant pour le caméraman. Pour les décors, on a tourné dans
mon studio de l'époque, un autre lieu et c'est tout. Ca convenait parfaitement à l'esprit de la nouvelle
d'Otomo. "
SCENARIO :
Hiroshi Kobayashi, sous le coup d'un mandat d'arrêt, recherche dans les bas-quartiers un certain
Kimura, le minable yakusa qui fournissait de la drogue à sa petite amie. A mesure qu'il se rapproche
de sa cible, son parcours devient de plus en plus étrange et surréaliste.
ANALYSE :
Le métrage commence doucement sur des plans fixes en noir et blanc d'Hiroshi, un jeune homme
en train de se couper les cheveux et qui finit finalement par se les raser complètement. Il
regarde à la fenêtre et voit un flic qui surveille son appartement. Il prend alors son pistolet
et saute par la fenêtre (du 2e étage). Et c'est parti le film démarre et une longue course
poursuite commence, et elle va durer pendant la quasi intégralité du film. Durant une pause
due à une chute, on en profitera pour comprendre la raison de sa cavale grâce à un flash-back.
De retour à la course on se demande bien où le réalisateur veux en venir car après déjà 5
minutes avant le flashback, on n'a pas vraiment envie d'en revoir encore 5 autres et c'est
là alors que le " héros " entre dans une petite ruelle et tente de semer le policier. L'image
va s'assombrir, se dédoubler et passer finalement petit à petit en couleur. Hiroshi va alors
passer dans un monde totalement étrange et surréaliste. Il va se retrouver à courir au milieu
d'un marathon de lycée où sur sa route il croisera une bonne bande de personnages déjantés.
Délire du à la fatigue où alors voyage dans les souvenirs du temps où Hiroshi était au lycée,
à vrai dire on ne l'explique jamais vraiment. Ce qui est sur, c'est qu'avec une caméra et 3
acteurs, Sogo Ishii déploie une énergie tout bonnement incroyable
à la réalisation. La musique très rock et punk renforce encore plus ce sentiment et cette pêche
que le film procure. On se demande encore comment Sogo Ishii a
fait pour courir à côté ou devant ses acteurs caméras à l'épaule et s'attarder en même temps
à la mise en place des cadrages qui paraissent presque prédéfinis.
Le seul moment où le film se calme, hormis durant le flashback, c'est pour le très beau dénouement
où la rage et la colère ravagent Hiroshi. Le début du film où le personnage principal se rase
la tête fait d'ailleurs penser à la scène dans laquelle De Niro se
prépare à assassiner le proxénète, alors hommage au film de Scorsese ? Simple geste en rapport
à la culture Punk ? Peut être les deux : Travis qui s'était rasé la tête à la façon des Indiens
Mohawks comme pour retrouver la pureté de l'Amérique aboriginelle, Hiroshi lui se rase la tête
dans une optique de retour au source. On peut rapprocher l'univers de Shuffle, de l'univers
des films de Tsukamoto comme Tokyo Fist, une réalisation
pleine de punch avec une musique plus proche de celle de Bullet Ballet, à la limite de
la crispation.
Au final, Shuffle, malgré de très faibles moyens, réussit grâce à une réalisation ultra
énergique et de bons acteurs à maintenir le spectateur constamment fixé à l'écran jusqu'au très
beau mais dur dénouement, tout en ayant un côté surréaliste bien sympathique.