- Comment expliquez-vous le succès de INFERNAL AFFAIRS ?

MAK : "Il a fallu que cette industrie touche le fond pour que nous commencions à nous poser des questions et à faire des films qui nous touchent. Avant, tout le monde était beaucoup trop occupé. Mais en 2002, la vague est retombée. La morosité ambiante nous a d’abord incités à faire une comédie, mais, après mûre réflexion, nous avons décidé de réaliser INFERNAL AFFAIRS. Bien que ce ne fût pas un film particulièrement joyeux, il nous a paru être de son temps et nous avons eu l’espoir qu’il relance la fréquentation et donne un coup de fouet à notre cinéma.

Nous sommes très fiers de la réaction du public, pas seulement à cause de l’accueil critique et du succès commercial, mais parce que nous avons montré qu’on pouvait stopper le déclin de notre cinéma, et espérer ramener les gens dans les salles en s’appuyant sur un nouvel état d’esprit."

LAU : "Nous avons commencé ce tournage avec un script complet, minutieusement découpé, précisant les axes et éclairages de chaque scène. C’est rare dans le cinéma de Hongkong. Les acteurs ont pu lire ce scénario avant le début du tournage et ils ont tous été conquis par l’histoire ainsi que nos investisseurs qui ont pu cerner la nature du projet et s’y engager en toute confiance.
Nous avons également tenté d’informer le public, de nous en rapprocher, de le rendre à nouveau fier du cinéma de Hongkong. Nous avons fait le même travail auprès de nos collègues. C’est cet état d’esprit que nous espérons maintenir au sein de notre cinéma. Ce film semble une réminiscence du cinéma de Hongkong des années 80. Avez-vous délibérément misé sur l’effet nostalgie ?"


- Ce film semble une réminiscence du cinéma de Hongkong des années 80. Avez-vous délibérément misé sur l’effet nostalgie ?

MAK : "Les films d’action et les histoires de flics et gangsters ont contribué à la réputation du cinéma de Hongkong, et on a tourné dans les années 80 de nombreux films sur la pègre. Mais on en voit peu aujourd’hui, car les goûts du public ont évolué et les comédies romantiques constituent maintenant le gros de la production.
Il y a une certaine dose de nostalgie dans INFERNAL AFFAIRS, mais je crois que le public est surtout sensible à une nouvelle approche d’un genre familier, avec l’introduction d’une pincée de bouddhisme et de thèmes inédits comme le choix, la pitié, l’esprit chevaleresque."


- Comptez-vous vous engager dans la même voie que des réalisateurs de la Nouvelle Vague hongkongaise des années 80 comme Tsui Hark ou Ann Hui ?

LAU : Je ne me comparerais pas à ces auteurs. Je pense par contre que l’industrie du cinéma traverse une phase de déclin comparable à celle qui précéda l’éclosion de cette Nouvelle Vague. Il faudra que des professionnels s’engagent, unissent leurs efforts, développent des films novateurs et de qualité, comme le firent les réalisateurs de la Nouvelle Vague, pour que l’industrie retrouve son élan. C’est à cela que nous nous attachons."

MAK : "Je suis d’accord avec Lau sur le fait qu’il est temps de révolutionner notre industrie. Mais l’innovation n’est pas garante de prospérité. Les réalisateurs de la Nouvelle Vague avaient réinventé divers genres et donné au public l’envie d’aller au cinéma. Aujourd’hui, il nous faut faire plus que rétablir la fréquentation. Il nous faut susciter des changements internes qui soutiendront l’industrie sur le long terme. Nous pouvons, à notre modeste échelle, faire preuve d’imagination sur tel ou tel film, mais c’est toute l’industrie du cinéma qui doit maintenant se structurer et s’impliquer dans l’élaboration d’un modèle propre à assurer sa croissance."


- A-t-il été difficile de faire INFERNAL AFFAIRS dans ce contexte tourmenté ?

MAK : "Il m’a fallu trois ans pour développer l’histoire, puis écrire le scénario, sans savoir si quelqu’un prendrait en charge le projet. Ayant essuyé de nombreux refus, j’avais décidé de renoncer au cinéma si j’échouais cette fois-là."
Par chance, INFERNAL AFFAIRS a bien marché et j’ai pu persévérer, mais je connais beaucoup de collègues qui ont encore les même soucis. Cela ne tient pas à la qualité de nos films, mais à la mauvaise situation économique de la région qui n’encourage pas les gens à se rendre au cinéma. D’autant qu’il leur suffit d’attendre un mois pour voir surgir cassettes et DVD pirates qui ont significativement aggravé la situation."

LAU : "Nous nous posions des questions sur notre avenir lorsque nous avons fait INFERNAL AFFAIRS, mais nous avons tenté de nous accrocher et de faire de notre mieux en surmontant les carences traditionnelles de notre cinéma en matière d’écriture, de casting et de postproduction."


- Que pouvez-vous nous dire d’INFERNAL AFFAIRS II et III (respectivement le prologue et la conclusion d’INFERNAL AFFAIRS) ?

LAU : "La pratique courante consiste à analyser les résultats d’un film et, lorsqu’ils sont bons, à donner le feu vert à une suite ou deux. Ce n’est pas ainsi que nous avons abordé notre trilogie. Nous avons mis au point les intrigues des épisodes II et III durant le tournage du premier film, et avons décidé de les tourner à la suite l’un de l’autre parce que nous avions pleinement confiance en eux. Cela a été considéré comme un changement significatif dans l’histoire du cinéma de Hongkong."

MAK : "La trilogie INFERNAL AFFAIRS n'est pas constituée de trois histoires distinctes. C'est une seule histoire dotée d'une structure circulaire, bouclée sur elle-même. En fait, nous avons commencé par écrire le I et le III, et c'est durant le tournage du I que nous avons eu l'idée du II. Ce épisode-prologue dévoile au spectateur les débuts des personnages interprétés par Andy Lau et Tony Leung, explique comment ils sont devenus des taupes, l'un au service de la loi, l'autre de la pègre.
Il explicite aussi la rivalité entre les personnages d'Anthony Wong et Eric Tsiang. INFERNAL AFFAIRS III est le dernier volet de l'histoire, qui traite d'épisodes situés avant et après le premier film et dévoile de nouveaux secrets et de nouvelles relations. Le public découvrira ainsi l'histoire dans toute son ampleur, et devrait ressentir son dénouement comme un choc majeur; Il faut le voir pour le croire !"


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