- Décrivez-nous votre personnage.
Yan est un gars qui connaît bien l'univers urbain, le monde de la rue. Il s'adapte très facilement et possède un naturel optimiste ainsi qu'une excellente mémoire. Au départ, il n'a aucun désir d'infiltrer les triades, mais il a été désigné pour cette mission et n'a pu s'y soustraire. Il n'a pas rejeté sa nouvelle identité, de crainte de se trahir : une bonne "taupe" doit s'imprégner totalement de son personnage, pousser si loin la transformation que même les vrais gangsters s'y laissent prendre.L'acteur accomplit le même travail. Si je ne croyais pas en mon personnage, je serais incapable de le jouer de façon convaincante. Pour moi, Yan est un homme habile, qui se donne à 100% à ce qu'il entreprend. C'est comme ça qu'il arrive à survivre au sein de triades.
- Mais y a-t-il accompli quelque chose de valable ?
Difficile de dire si c'est valable. En fait, il n'a pas le choix, ce qui explique son extrême passivité en la matière. On serait tenté de confondre son habileté avec de la pure et simple stupidité.
- Comment se protège-t-il au sein de la pègre ?
En se fondant totalement dans son emploi. Il est en sécurité aussi longtemps qu'on le prend pour un membre des triades.
- Comment avez-vous abordé ce rôle ?
J'analyse rarement mon jeu car c'est généralement sur le plateau, dans l'urgence du tournage, que tout se décide pour moi. Vous ne pouvez pas anticiper l'état d'esprit des autres acteurs ni les changements de dernière minute introduits par le réalisateur. C'est pourquoi je me prépare peu, afin de pouvoir mieux m'adapter aux circonstances.
- Que vous inspire ce personnage ?
J'ai déjà incarné plusieurs "taupes", notamment dans HARD-BOILED de John Woo. Ce sont généralement des rôles sombres, douloureux, pleins de frustrations. Cette fois, c'était différent, car Andrew Lau m'a demandé de jouer cela de façon plus légère, d'être en somme une "taupe" heureuse.
- Parlons de vos partenaires.
J'avais déjà travaillé avec Andy Lau sur plusieurs séries télé. C'est un acteur vraiment sérieux et c'est toujours agréable d'avoir ce genre de partenaire. Anthony Wong et moi partagions quantité de scènes de HARD-BOILED. Nous n'avons besoin que d'un minimum de répétitions pour mettre en place une scène. C'est l'avantage de jouer avec des professionnels : un rapport se crée spontanément et sans effort. Eric Tsiang est un grand farceur, qui met tout le monde en joie sur le plateau. C'est très relaxant et pas du tout perturbant du fait que nous sommes tous des comédiens aguerris. Je connais aussi la plupart des personnes de l’équipe technique depuis une bonne décennie : le chef opérateur, le chef électricien, les accessoiristes¼ Nous avons tous lié connaissance sur les films de Wong Kar-wai. Il n'y a donc aucun problème de communication entre nous.
- INFERNAL AFFAIRS est une production 100% hongkongaise. En quoi diffère-t-elle des coproductions sur lesquelles vous avez travaillé ?
Les ambiances varient selon les équipes et chacune a son style propre. HERO de Zhang Yimou, par exemple, bénéficiait d'un financement solide et du meilleur équipement technique. La charge de travail quotidien était minimale. Avec Wong Kar-wai, un tournage peut s'étaler sur quatre ans sans que vous aperceviez l'ombre d'un script. Quant à Andrew Lau, c'est un réalisateur très précis, qui travaille vite et obtient des résultats très différents des autres. Avec un gros budget et un plan de travail serré, il a atteint un niveau de qualité exceptionnel.
- Quel jugement portez-vous sur ce film ?
INFERNAL AFFAIRS est à la base une histoire de flics et de gangsters, mais avec une dimension humaine
et sentimentale. Davantage qu'une scène isolée, c'est la totalité de la structure narrative qui m'a
attiré. Ce film est une exception au sein de la production hongkongaise. Il mérite d'être vu.