Sam est un visionnaire, très imbu de lui-même, un ambitieux égocentrique prêt à tout pour réussir, et qui méprise souverainement les autres. Ce sera sa perte.
- Où se situe la limite entre le bien et le mal ? Est-elle aussi mince qu'on le dit parfois ?
Je crois qu'elle l'est, et que ces notions varient d'une personne à l'autre. Quelqu'un qui est très à cheval sur les principes n'a pas les mêmes critères qu'un gangster, qui se prend pour Robin des Bois, déteste les riches et croit toutes ses actions justifiées.
- Comment jugez-vous la conduite de Sam ?
Certains pensent que "l'art imite la vie, qui imite l'art". Mais je pense que ce sont deux réalités bien différentes. Dans ce film, Sam pense avoir raison en toutes circonstances et ne voit le monde qu'à travers ses propres yeux. Dans la scène d'ouverture, c'est avec une grande émotion qu'il évoque ses six copains morts et les bons vieux jours. Mais il se montre aussi sournois qu'implacable en introduisant une taupe au sein de la police pour protéger son empire et éliminer ses rivaux, qui n'attendaient pas de lui cette basse manœuvre. Dans le monde des affaires, Sam connaîtrait d'éclatants succès ; dans celui des triades, il est destiné à être parrain. Tout dépend de la voie qu'on se choisit.
Sam est un fléau social. Il est sans pitié, il sacrifierait le monde entier pour préserver son statut. Mais lorsque je me mets dans la peau du personnage, je me surprends à justifier ses actions. Il lui a fallu commettre de mauvaises actions pour devenir ce qu'il est. Immoral? Bien sûr, mais peut-être agirez-vous de même à son âge.
- INFERNAL AFFAIRS est à l'évidence un film très masculin.
C'est le film le plus masculin depuis ceux de Chang Cheh, où les femmes n'avaient aucune incidence sur le déroulement de l'histoire. Je pense aussi que c'est le premier drame masculin qui examine en profondeur les notions de bien et de mal.
Mais à mon avis, INFERNAL AFFAIRS satisfera également les ados férus de comics, de films de gangsters et d'histoires fantastiques. Et le grand public devrait être comblé.
- A quoi le public doit-il s'attendre ?
Pour dire les choses simplement : c'est un grand film. Un film de genre, mais avec un point de vue très noir sur l'humanité. Un film qui réunit les meilleurs comédiens et idoles de Hongkong dans des rôles de méchants. Voir une telle brochette d'acteurs justifie à lui seul le déplacement.
- Que doivent attendre vos fans ?
Ils sont habitués à me voir dans des rôles comiques. Cette fois, ils vont découvrir un Eric Tsiang sérieux, qui s'essaie à un nouveau style d'interprétation. J'avais jusqu’ici joué des gangsters enjoués, et là j'incarne un parrain solennel et impitoyable. Entouré de vétérans, j'ai dû rester constamment sur mes gardes. Ce sont eux qui m'ont amené à donner le meilleur de moi-même. Nous prenions tous notre travail au sérieux, et n'avions qu'un souci : la qualité du film. Chacun espérait faire des étincelles, nous étions ravis de travailler ensemble, et nous nous sommes donnés à fond. Ne serait-ce que pour cela, le film est à marquer d'une pierre blanche.