A la base, il y a un court-métrage éponyme transformé en long à la suite des nombreux prix
remportés dans les festivals internationaux. Au final, il y a une œuvre scandaleuse et contestataire
filmée dans le style MTV par un jeune réalisateur de 27 ans, considéré par les autorités de Singapour
comme une menace pour la sécurité nationale. Interprété par de véritables adolescents issus de la rue,
15 se veut un portrait radical et hors normes de la jeunesse singapourienne en proie à une douleur
constante (automutilation, suicide, combats de gangs, drogue, piercing live, manque de liberté…).
Le quotidien désenchanté de cinq jeunes singapouriens âgés de quinze ans. En quête perpétuelle de
nouvelles expériences, loin du système scolaire et du carcan familial, ils vivent leur vie comme
bon leur semble en recourant à toutes les formes de violence.
Fort du succès de son court métrage
15 en 2002,
Royston Tan
décide de le prolonger en une version longue en 2003. Ce prolongement ne se fera pas dans la continuité
totale puisque
Royston Tan divise son film en deux parties (la
première étant le court métrage original) dont le seul lien est un personnage, Shaun.
Cette division, et donc le laps de temps passé entre la réalisation de chaque partie, se ressent
sur le point formel. Formé à l’école du clip,
Royston Tan en
porte encore beaucoup de stigmates lorsqu’il filme la première partie, qui en devient totalement
épileptique et coupée au couteau tant visuellement que auditivement avec les ruptures nettes au
niveau de la bande son bien hype. Pourtant pleine de bonnes idées de mise en scène et de réalisations
(l’entraînement au karaoké par exemple), cette première partie est malheureusement assez indigeste,
et ne permet pas de suivre ou de s’attacher aux deux jeunes anti-héros. Car plus qu’un essai visuel,
15 se veut un cri de malaise, le cri de la jeunesse déboussolée de Singapour, cette jeunesse
abandonnée sans repères familiaux, scolaires, sociaux qui ne vivent qu’en s’auto-détruisant avec
leur bande, qu’ils appellent Frères.
C’est heureusement la longue seconde partie qui parvient à faire passer ce message, qui n’est en
aucun cas moralisateur. En suivant les traces de deux amis et d’un troisième qui ne pense qu’à ce
suicider dans un lieu où sa mort se verra obligatoirement commentée, on rentre de plein pied dans
un réalisme étouffant. La réalisation de
Royston Tan se veut
alors plus calme, moins décousue, (bien que le coté clipesque soit toujours présent de façon marquée)
mais il arrive à poser une ambiance nihiliste, malsaine, complètement en phase avec la fond du film.
Il est presque impossible de sourire à la vue de cette seconde partie, tant le malaise se fait
ressentir, et tant on est presque obligé de tourner son regard lors des scènes d’auto mutilation
au cutter ou absorption de préservatifs bourrés de cachets de drogue. Pourtant malgré ce réalisme
forcené (les acteurs étant tous des amateurs jouant leur propre rôle, et les scènes chocs ne
bénéficiant d’aucun trucage), on reste subjugué par l’amitié que se portent les deux personnages
principaux, une amitié proche de l’amour.
Ultra réaliste, bien que trop fortement clipesque,
15 est un film coup de poing à la face
de Singapour, qui montre une face complètement inconnue du pays. Ames sensibles s’abstenir.