15

Pays : Singapour
Année : 2003
Durée : 1h33 / VOSTF + VOSTA
Un film de : Royston Tan
Avec : Shaun Tan, Melvin Chen, Erick, Vynn Soh, Melvin Lee
Distribué par : Zhao Wei Films
Sorti à Singapour le : 23 Octobre 2003

PRESENTATION :

A la base, il y a un court-métrage éponyme transformé en long à la suite des nombreux prix remportés dans les festivals internationaux. Au final, il y a une œuvre scandaleuse et contestataire filmée dans le style MTV par un jeune réalisateur de 27 ans, considéré par les autorités de Singapour comme une menace pour la sécurité nationale. Interprété par de véritables adolescents issus de la rue, 15 se veut un portrait radical et hors normes de la jeunesse singapourienne en proie à une douleur constante (automutilation, suicide, combats de gangs, drogue, piercing live, manque de liberté…).


SCENARIO :

Le quotidien désenchanté de cinq jeunes singapouriens âgés de quinze ans. En quête perpétuelle de nouvelles expériences, loin du système scolaire et du carcan familial, ils vivent leur vie comme bon leur semble en recourant à toutes les formes de violence.


CRITIQUE DE YUME :

Fort du succès de son court métrage 15 en 2002, Royston Tan décide de le prolonger en une version longue en 2003. Ce prolongement ne se fera pas dans la continuité totale puisque Royston Tan divise son film en deux parties (la première étant le court métrage original) dont le seul lien est un personnage, Shaun.
Cette division, et donc le laps de temps passé entre la réalisation de chaque partie, se ressent sur le point formel. Formé à l’école du clip, Royston Tan en porte encore beaucoup de stigmates lorsqu’il filme la première partie, qui en devient totalement épileptique et coupée au couteau tant visuellement que auditivement avec les ruptures nettes au niveau de la bande son bien hype. Pourtant pleine de bonnes idées de mise en scène et de réalisations (l’entraînement au karaoké par exemple), cette première partie est malheureusement assez indigeste, et ne permet pas de suivre ou de s’attacher aux deux jeunes anti-héros. Car plus qu’un essai visuel, 15 se veut un cri de malaise, le cri de la jeunesse déboussolée de Singapour, cette jeunesse abandonnée sans repères familiaux, scolaires, sociaux qui ne vivent qu’en s’auto-détruisant avec leur bande, qu’ils appellent Frères.


C’est heureusement la longue seconde partie qui parvient à faire passer ce message, qui n’est en aucun cas moralisateur. En suivant les traces de deux amis et d’un troisième qui ne pense qu’à ce suicider dans un lieu où sa mort se verra obligatoirement commentée, on rentre de plein pied dans un réalisme étouffant. La réalisation de Royston Tan se veut alors plus calme, moins décousue, (bien que le coté clipesque soit toujours présent de façon marquée) mais il arrive à poser une ambiance nihiliste, malsaine, complètement en phase avec la fond du film. Il est presque impossible de sourire à la vue de cette seconde partie, tant le malaise se fait ressentir, et tant on est presque obligé de tourner son regard lors des scènes d’auto mutilation au cutter ou absorption de préservatifs bourrés de cachets de drogue. Pourtant malgré ce réalisme forcené (les acteurs étant tous des amateurs jouant leur propre rôle, et les scènes chocs ne bénéficiant d’aucun trucage), on reste subjugué par l’amitié que se portent les deux personnages principaux, une amitié proche de l’amour.


Ultra réaliste, bien que trop fortement clipesque, 15 est un film coup de poing à la face de Singapour, qui montre une face complètement inconnue du pays. Ames sensibles s’abstenir.


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