EATING AIR

Pays : Singapour
Année : 1999
Durée : 1h49 / VOSTF + VOSTA
Un film de : Jasmine Ng et Kelvin Tong
Avec : Alvina Toh (Girl), Benjamin Heng (Boy), Joseph Cheong (Ah Gu)
Distribué par : United International Pictures Singapore
Sorti à Singapour le : 9 Décembre 1999

PRESENTATION :

Réalisé par le duo Kelvin Tong, ancien critique de cinéma, et Jasmine Ng, monteuse de formation, notamment sur le long-métrage 12 Storeys, Eating Air est une fable sur la jeunesse, à l'image de cette moto qui fonce à travers la nuit sans possibilité de s'arrêter. Pourvue d'un casting vivifiant et d'un traitement particulièrement original, avec des inserts de manga, cette histoire d'amour se situe clairement dans la veine du Outsiders de Coppola. Une "Motorcycle/Kung-Fu/Comedy" attachante et menée à 100 à l'heure.


SCENARIO :

Un garçon, une fille, une moto, aucun frein… Boy rêve d'être un héros de manga et voue une vraie passion pour sa moto et ses amis. Girl s'occupe d'une photocopieuse le jour, vend des journaux la nuit et rêve de monter à l'arrière de la moto de Boy. La romance débute à peine qu'un des amis de Boy se retrouve poursuivi par des gangsters locaux. Boy doit faire des choix qui risquent de bouleverser à jamais sa vie et celle de ses compagnons…


CRITIQUE DE RYÔ SAEBA :

Eating Air est le premier long métrage du duo Jasmine Ng / Kelvin Tong respectivement monteuse et scénariste à la base. S’il fallait rapprocher le film au sujet similaire, je dirais que Eating Air ressemble beaucoup à un Made In Hong Kong de Fruit Chan en plus délirant et psychédélique mais moins désespéré.

Le film partage plusieurs points communs avec le film de Fruit Chan, d’une part tout comme Sam Lee à l’époque ainsi que le reste du casting de Made in Hong Kong, tous les acteurs sont amateurs excepté celui qui joue le rockeur dépassé, la raison de ce choix est de pouvoir amener de la fraîcheur et du naturel dans le film mais également ne pas être obligé d’engager des acteurs de télévision car à Singapour, dont la production cinématographique est très faible, il n’y a que très peu d’acteurs professionnels car il est très dur d’en vivre, on retrouve donc toujours les mêmes acteurs dans les pubs tv, les séries et souvent également dans les films. Prendre des acteurs de télévision est donc à la fois plus coûteux mais aussi une perte de crédibilité vis à vis de l’audience locale. Le second gros point commun est le thème et les personnages du film, des jeunes en cherche de repère et d’identité qui forcément à un moment passeront par la case Triades.


Mais le ton de Eating Air reste beaucoup plus léger, le héros fan de manga se mettant souvent à délirer, se transportant dans un imaginaire où ses parents essaient de le tuer transformant ainsi par exemple, alors qu’ils sont en train de faire la cuisine, l’essoreur de salade de sa mère en une guillotine volante et son père en un pro du maniement du hachoir. A de nombreux moments, son imaginaire lui joue des tours même dans des situations les plus sérieuses qui soient.
Et puis il y a aussi le personnage de rocker qui n’a pas changé de look depuis les années 80 et nous raconte le récit de ses aventures passées avec une précision à la seconde prêt. Il est d’ailleurs question d’une scène assez incroyable dans l’un de ses récits dans laquelle environ 15 personnes sont debout en pyramide sur une seule moto en train de rouler ! Hormis la comédie on retrouve également une forte amitié et une romance sympathique, tant de thèmes que l’on retrouve dans les mangas épiques proches du Wu Xia Pian dont raffole le héros.

La réalisation est bien maîtrisée de bout en bout, des filtres sont utilisés afin de montrer la différence entre les parties rêvées et réelles et certaines scènes sont très bien montées en faisant preuve d’une belle créativité comme la longue scène en plan séquence où les actions des personnages agissent sur la bande son et le montage un peu à la manière du groupe Stomp ou comme récemment utilisé dans le Zatoichi de Kitano mais avec l’association du montage également en adéquation.

Au final, Eating Air est donc une très bonne surprise, un film plein de fraîcheur, amusant, que l’on prend beaucoup de plaisir à visionner avec une sensation de mélancolie sur le très beau plan de fin du film.


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