Un garçon, une fille, une moto, aucun frein… Boy rêve d'être un héros de manga et voue une vraie
passion pour sa moto et ses amis. Girl s'occupe d'une photocopieuse le jour, vend des journaux la
nuit et rêve de monter à l'arrière de la moto de Boy. La romance débute à peine qu'un des amis de
Boy se retrouve poursuivi par des gangsters locaux. Boy doit faire des choix qui risquent de bouleverser
à jamais sa vie et celle de ses compagnons…
Eating Air est le premier long métrage du duo
Jasmine Ng / Kelvin Tong
respectivement monteuse et scénariste à la base. S’il fallait rapprocher le film au sujet similaire, je dirais
que
Eating Air ressemble beaucoup à un
Made In Hong Kong de
Fruit Chan
en plus délirant et psychédélique mais moins désespéré.
Le film partage plusieurs points communs avec le film de
Fruit Chan,
d’une part tout comme
Sam Lee à l’époque ainsi que le reste du casting
de
Made in Hong Kong, tous les acteurs sont amateurs excepté celui qui joue le rockeur dépassé,
la raison de ce choix est de pouvoir amener de la fraîcheur et du naturel dans le film mais également ne
pas être obligé d’engager des acteurs de télévision car à Singapour, dont la production cinématographique
est très faible, il n’y a que très peu d’acteurs professionnels car il est très dur d’en vivre, on retrouve
donc toujours les mêmes acteurs dans les pubs tv, les séries et souvent également dans les films. Prendre
des acteurs de télévision est donc à la fois plus coûteux mais aussi une perte de crédibilité vis à vis de
l’audience locale. Le second gros point commun est le thème et les personnages du film, des jeunes en
cherche de repère et d’identité qui forcément à un moment passeront par la case Triades.
Mais le ton de
Eating Air reste beaucoup plus léger, le héros fan de manga se mettant souvent
à délirer, se transportant dans un imaginaire où ses parents essaient de le tuer transformant ainsi
par exemple, alors qu’ils sont en train de faire la cuisine, l’essoreur de salade de sa mère en une
guillotine volante et son père en un pro du maniement du hachoir. A de nombreux moments, son imaginaire
lui joue des tours même dans des situations les plus sérieuses qui soient.
Et puis il y a aussi le personnage de rocker qui n’a pas changé de look depuis les années 80 et nous
raconte le récit de ses aventures passées avec une précision à la seconde prêt. Il est d’ailleurs
question d’une scène assez incroyable dans l’un de ses récits dans laquelle environ 15 personnes
sont debout en pyramide sur une seule moto en train de rouler ! Hormis la comédie on retrouve
également une forte amitié et une romance sympathique, tant de thèmes que l’on retrouve dans les
mangas épiques proches du Wu Xia Pian dont raffole le héros.
La réalisation est bien maîtrisée de bout en bout, des filtres sont utilisés afin de montrer la
différence entre les parties rêvées et réelles et certaines scènes sont très bien montées en faisant
preuve d’une belle créativité comme la longue scène en plan séquence où les actions des personnages
agissent sur la bande son et le montage un peu à la manière du groupe Stomp ou comme récemment utilisé
dans le
Zatoichi de
Kitano mais avec l’association du
montage également en adéquation.
Au final,
Eating Air est donc une très bonne surprise, un film plein de fraîcheur, amusant,
que l’on prend beaucoup de plaisir à visionner avec une sensation de mélancolie sur le très beau plan de fin du film.