Après des études de théâtre en Angleterre et de cinéma à la New York University, suivies d'une
collaboration avec Jean-Jacques Annaud sur L'Amant et
même d'un passage éclair en 1997 devant la caméra de Frances-Anne Solomon
pour Peggy Su!, Glen Goie signe là sa première réalisation.
Forever Fever est le premier film singapourien à avoir connu une distribution aux Etats-Unis,
dans un circuit réduit de salles, en octobre 1999. Pour l'occasion, le film fût d'ailleurs retitré
That's the Way I Like It. Cette comédie nostalgique pourrait être définie comme l'improbable
mais réussi croisement entre La Fièvre du Samedi Soir et Shaolin Soccer.
Singapour, 1977. Hock, jeune employé de supermarché, mène une vie bien monotone. Coincé entre un
job sans avenir, les réprimandes de son patron, les critiques de son père et un frère trop parfait,
il ne trouve l'évasion que dans sa passion du kung-fu et son rêve de posséder la moto dernier cri.
La vague disco qui déferle sur l'île va changer sa vie et celle de ses amis. Grâce à un concours de
danse organisé par la discothèque du coin et les conseils d'un mystérieux ange gardien, le jeune
homme peut enfin entrevoir un nouvel avenir et se payer l'objet tant convoité. Mais rien ne se
passe jamais comme prévu...
Dans
Forever Fever, comme souvent dans le cinéma Singapourien, on retrouve un mélange de
genres et de cultures qui apporte énormément de richesse au film. Comme l’a rappelé le réalisateur
avant la projection, la langue officielle de Singapour est l’anglais même si à travers le cinéma,
les réalisateurs tentent d’imposer le mandarin comme langue principale associée avec des dialectes
tel que le Hokkien. Cependant
Glen Goei lui a décidé de
tourner son film intégralement en anglais, seul le personnage de la grand mère de Hok parle une
autre langue et uniquement dans le but de créer un effet comique. Le réalisateur a voulu rendre
hommage aux deux idoles de sa jeunesse :
Bruce Lee et
John Travolta, l’icône orientale et l’icône occidentale
des années 70.
Hok, le personnage principal joué par
Adrian Pang, est un
vrai fan du petit dragon, reproduisant les mouvements des combats de ses films et allant même
jusqu’à citer des morceaux de célèbre interviews de
Bruce Lee
dans ses conversations. Mais sa vie va véritablement changer lorsque par hasard il assiste à une
séance du film
Forever Fever qui n’est qu’en fait que le film
La Fièvre du Samedi Soir.
Grâce à la danse qui au départ n’était que le biais par lequel Hok devait obtenir la moto de ses
rêves, il va finalement arriver bien plus que ça : le moyen pour Hok de s’affirmer et trouver le
courage pour affronter les problèmes de la vie.
Comme je le disais au début, le film combine les cultures orientales et occidentales, tout comme
Singapour étant à la base d’une majorité ethnique chinoise mais dont le langage officiel est
l’anglais. Les personnages tout comme le réalisateur puisent dans le meilleur des deux cultures,
le meilleur exemple est donné par Hok qui, lorsqu’il fait son show sur scène, associe les pas de
danse disco de
John Travolta avec des coups de pied de
Bruce Lee et tout ça sur la musique Kung Fu Fighting. Il
n’hésite pas également à prendre un nom occidental (Tony) lorsqu’il s’agit de draguer la belle
Julie alors que peu de temps auparavant il refusait d’appeler son frère Leslie, trouvant
qu’il n’était pas fier d’avoir un nom Chinois.
Bien plus qu’une parodie de
La Fièvre du Samedi Soir,
Forever Fever est une relecture
du film ajoutant de nombreux hommages et clins d’œils ainsi que des thèmes dramatiques propres
au métrage. Dans les hommages, on notera celui à «
La Couleur Pourpre du Caire » de
Woody Allen avec la scène où le faux
John Travolta
sort de l’écran afin de donner des conseils à Hok.
Mélangeant un peu tous les genres, du drame à la comédie en passant par la romance, on regrettera
cependant que certains points du film soient sous exploités mais le film, se voulant avant
tout une comédie et un divertissement, réussit son pari, on regarde chaque scène de danse avec
un énorme sourire à la fois moqueur par son coté kitch et admiratif car le disco n’est tout
de même pas une danse facile. Toute la galerie de personnages est attachante, de la sœur qui passe
son temps à lire des roman à l’eau de rose à la grand mère ne comprenant absolument jamais rien
de ce qui se passe autour d’elle.
Au final, le film est donc un excellent moment à passer même si vous n’êtes pas forcément fan de
disco, la bande son, réenregistré avec talent, proche des originales vous transportera dans une
comédie au pays du disco et du kung fu pour 1h30 de bonheur dont on ressort le sourire au lèvre.