JING ZHE (Da Zhang Fu)
Pays : Chine
Année : 2003
Durée : 1h55 / VOSTA
Un film de : Wang Quanan
Avec : Yu Nan (Ermei), Liu Yanbing (Qiao Liansheng), Shi Xiaoxia (Maonu)
Distribué par : The Film Library
Sorti en Chine : 2003
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PRESENTATION :
A l'époque de la Chine ancienne, une année correspondait à 24 périodes solaires. "Jing Zhe"
était le nom donné à la troisième période du printemps où les premiers coups de tonnerre
réveillaient symboliquement toutes vies sur terre (les animaux sortaient alors de leur
hibernation). Entièrement tourné au Nord de la Chine, Jing Zhe suit de manière réaliste
la destinée d'une paysanne douce et naïve en proie à des rêves inaccessibles. Pour l'occasion,
Wang Quanan, réalisateur mais aussi producteur et
scénariste sur ce film, retrouve son actrice de Lunar Eclipse, Yu Nan.
En 2003, cette dernière partageait l'affiche de Fureur, aux côtés de Samuel Le Bihan.
L’actrice a d’ailleurs remporté le prix de la meilleure actrice au 23e Golden Rooster Film
Awards Winners Chinois pour sa performance dans Jing Zhe.
SCENARIO :
Le grand-père de Ermei est mourant. Sa famille veut lui offrir des funérailles convenables en achetant
un coûteux cercueil en cyprès. Mais l'argent manque et cette dernière décide donc de vendre Ermei à un
villageois, en vue d'un mariage. Ermei s'enfuit alors pour rejoindre son amie Maonu qui l'aide à trouver
un travail dans un restaurant et qui la présente à Qiao, un charmant jeune homme. Malheureusement, les
apparences s'avèrent vite trompeuses…
CRITIQUE DE RYÔ SAEBA :
Dans son film, Wang Quanan nous montre à travers le personnage
de Ermai joué par Yu Nan, la destinée d’une jeune fille d’à
peine une vingtaine d’année jusqu’à ce qu’elle devienne une jeune mère.
Filmé de manière extrèmement réaliste d’une manière très proche du documentaire, sans maquillage,
parfois caméra à l’épaule, le réalisateur filme quasi exclusivement toutes ses scènes en plan
séquence ce qui est remarquable étant donné la prestation des acteurs et en particulier celle
de Yu Nan qui est absolument grandiose dans ce rôle. Le
fait d’utilisation de telle technique est aussi peut être pas seulement due à un soucis de
réalisme mais de manque de moyen. Mais au final le procédé reste efficace et quelle que soit
la raison de son utilisation, à aucun moment ne film fait « amateur ».
Il n’est d’ailleurs pas sans rappeler le Qiu Ju de Zhang Yimou
et la vision du personnage interprété par Yu Nan fait
irrémédiablement penser à Gong Li dans ce même Qiu Ju.
Une jeune paysanne qui va tenter sa chance en ville en travaillant d’arrache pied la tête pleine
de rêves représentés parfois par de petits détails anondins comme des posters d’idoles tel que
Andy Lau ou Norika Fujiwara
dans la petite chambre où elle loge. Elle rêve de liberté et d’épanouissement mais elle va vite
se rendre compte qu’aucun compromis n’est possible et même en acceptant ces compromis la vie est
loin d’être un conte de fée.
Le métrage dans son ensemble reste terriblement pessimiste ou, malheureusement comme l’a rappelé
le réalisateur avant la projection du film, tout simplement réaliste. La Chine est un pays où
règne encore le mariage forcé, ainsi que la stérilisation afin de ne pas dépasser le quota d’un
enfant par foyer. Les femmes dans cette société actuelle n’ont aucun avenir, à l’image du personnage
de Ermai qui essaie de fuir cette réalité mais qui au final se rend compte qu’elle n’a pas
d’autre choix que d’accepter ce mariage. Son seul échappatoire, son enfant dont le sexe est
primordial pour éviter qu’en cas d’accouchement d’une fille, le cycle se reproduise à nouveau.
Mais Ermai accouche d’un garçon et ce sera finalement sa seule raison de vivre, son seul espoir,
chose traduite par un très beau plan final où elle parle à son enfant sur un manège, vivant à
travers lui les rêves de ses 20 ans et qui sont maintenant derrière elle.
Un film magnifique qui n’est pas sans rappeler les films de Zhang Yimou
à ses débuts, d’une manière très réaliste Wang Quanan nous fait
voyager en Chine tout en nous montrant le quotidien de la vie sur place dans les campagnes et
en profitant pour dénoncer la place de la femme dans la société Chinoise sur qui finalement tout
repose mais qui est littéralement sacrifié aux services des autres.