2046 (2004)

A.k.a : -
Genre : Histoire(s) d'amour
Durée : 2h09
De : Wong Kar Wai
Avec : Tony Leung Chui-Wai, Faye Wong, Maggie Cheung, Zhang Zi-Yi, Gong Li, Carina Lau, Takuya Kimura, Chang Chen, Siu Ping-Lam, Dong Jie
Vidéo 1.85 - 16/9 compatible 4/3
Audio Cantonais / Mandarin / Japonais - DD 5.1
Français - DD 5.1
Sous-Titres Français amovibles
Bonus - Making Of
- Extraits de tournage
- Croquis
- Scènes coupées
- Galeries de photos
- Suppléments divers sur la musique
- Documentaires
- Teasers
- Affiches du film
- Wong Kar Wai vu par des journalistes
- Les nombres dans 2046
- Fiches techniques
- Biographies
- Bandes annonces
- Crédits
- Bonus caché
Présentation Menus animés musicaux
Chapitrage
Edition Ocean Films
Format PAL - 2 DVD
Zone 2
Prix Conseillé 24.99 €
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SCENARIO :

Qui sait, elle peut encore changer... Chow Mo Wan est maintenant un écrivain de science fiction qui s'évade dans une ville imaginaire, 2046, dont on ne revient jamais. 2046 est aussi le numéro de la chambre où il rencontra Su Lizhen il y a quelque temps. Il s'installe dans la chambre 2046 et observe ce qui se passe à côté...


COMMENTAIRES :

ERIC DRAVEN : Ca y est, le nouveau Wong KAR-WAI est arrivé. Après cinq ans d'attente… Le réalisateur était attendu au tournant par ses fans (tout comme " Happy Together " l'était en son temps), comment a-t-il su gérer la situation? La copie circulant à Cannes laissait présager le pire : pas cohérente, effet spéciaux non finis, longueurs… A ce moment là, le golden boy de Hong-Kong avait déçu son public et les critiques qui ont enterré le film un peu vite. Heureusement le montage a été revu et un nouveau film en est sorti ; les spectateurs peuvent s'en réjouir. Ce film s'inscrit dans le prolongement direct de " In The Mood for Love ". On peut le voir comme une suite.

CHOW est un écrivain frustré. Il en est réduit à écrire des histoires qu'il n'aime pas, à flirter avec des femmes qu'il n'aime pas. Il s'installe dans un hôtel, chambre 2046. C'est le numéro de chambre où il rencontra jadis l'amour de sa vie à jamais disparue, Su Lizhen (voir " In The Mood for Love "). Il réfléchit, observe les gens autour de lui, essaie de comprendre. Il décide d'écrire un livre de science fiction intitulé " 2046 " dans lequel il mettrait indirectement en scène sa frustration et sa remise en question sous les traits d'un japonais…

On sent, dans tous ses films, que Wong KAR WAI cherche à trouver l'instant magique : un mouvement, une image, arriver à capter les émotions de chaque personnage. Il tourne sans scénario, juste avec une esquisse grossière de ses personnages. Car ce qui prime chez ce réalisateur hors norme, c'est ses acteurs, cette peinture, ce portrait de gens ordinaires mais tellement humains que ça en est bouleversant. Ce sont les émotions les plus pures qui en ressortent et qui permettent de nous toucher au plus profond de nous même, dans notre coeur.
Il est vrai qu'il ne se passe pas grand-chose durant les deux heures de film, mais il faut accepter de se laisser porter par le film, par ses émotions. 2046 est un film complexe à appréhender. Le réalisateur fonctionne sur le principe de répétition des images et des moments, soit par rapport à ses personnages dans le film même, soit carrément par rapport à ses précédent films (Tony LEUNG ou Carina LAU font le lien par exemple). Cela permet de montrer plusieurs personnages réagissant différemment à des situations similaires. Ce procédé permet également au réalisateur de trouver à chaque fois de nouvelles émotions, de nouvelles sensations à faire partager aux spectateurs. Et notamment à essayer de nouveaux trucs. Un coté nostalgique se dégage également de ça : un plan aperçu dans un film précédent, un mouvement, une pose qui nous semble familière, etc…

Depuis toujours, le cinéma de Wong KAR-WAI est expérimental, tant au niveau de l'image, de la musique mais aussi au niveau des émotions et des sentiments. Malgré un coté hésitant ici, cela lui permet de toujours trouver des plans, des moments forts comme seul le cinéaste sait les emballer, même s'il ne réussi pas à tous les coups. Après qu'Orson WELLES ait quasiment inventé le cinéma, Godard était un des premier à d'expérimenter différentes techniques cinématographiques: ses films sont aujourd'hui étudiés dans le monde entier et ont atteint le statut de " classique du cinéma. Le temps nous dira si Wong KAR-WAI est un génie ou seulement un imposteur…

Comme toujours avec Wong KAR-WAI, les acteurs sont magnifiques. Tony LEUNG est, comme d'habitude, exceptionnel. Il reprend le rôle de Chow, héro du précédent film, mais cette fois ci, son personnage a changé de caractère. Il est complètement différent : il n'est plus introverti comme avant et n'hésite plus à flirter avec les femmes. Je trouve néanmoins le changement un peu brusque. J'ai eu du mal à m'y faire au début du film. Malgré sa courte apparition à l'écran, Maggie CHEUNG fait le lien entre " In the Mood for Love " et " 2046 ". Gong Li la remplace dans un autre rôle, mais de façon un peu moins convaincante. Ceci étant dit, c'est toujours agréable de la revoir, ses apparitions à l'écran se faisant de plus en plus rares. Toujours aussi charmante, Zhang Zi-yi a atteint ici une maturité et un glamour que l'on ne lui soupçonnait pas. J'irais même jusqu'à dire qu'elle fait naître une certaine pitié à travers son personnage de femme délaissée. Faye WONG, quant à elle, obtient un double rôle : celui de l'androïde du roman, prolongement fantasmé et virtuel du seul personnage féminin du film que Chow ne peut avoir et qui lui permettra d'ouvrir les yeux sur le sens de sa propre vie.

Le cinéaste filme ses acteurs avec une certaine pudeur et une certaine retenue, comme s'il ne voulait pas les dévoiler complètement : les scènes d'amour sont sensuelles sans en montrer d'avantage, les murs en premier plan permettent de cadrer uniquement les personnages et de se focaliser sur eux, voir même de cacher certaines de leurs actions aux spectateurs, comme pour leur laisser une part d'intimité.

Au niveau visuel, le film est superbe. Les effets spéciaux ajoutés dans cette dernière version sont originaux et de toute beauté (ça change des dessins fixes présentés à Cannes) mis à part la pub grossière pour une marque dans le dernier plan. La photographie, très stylisée, lorgne plutôt du coté de " In the Mood for Love " plutôt que celui de " Fallen Angels ". Dans ce film tout est beau malgré un coté un peu glacé: beaux décors, belle photo, beaux acteurs, beaux costumes, maquillage appuyé… Le rythme très lent du film permet de les contempler longuement et renforce un peu ce coté froid. Malgré cela, le montage n'en reste pas moins excellent et un modèle de précision.
Comme toujours, la musique n'est pas en reste : le thème, toujours composé par Shigeru UMEBAYASHI, apporte une puissance et un coté envoûtant au film. Mais il y a toujours chez le réalisateur l'envie d'emprunter des musiques extérieures, tout comme Tarantino sait si bien le faire (voir les superbes musiques de films de Delerue ou celle de Preisner présentes dans le métrage), Certaines sont directement reprises de ses films précédents. Elles permettent là aussi de faire le lien (en plus des images et des personnages) entre les différents films du cinéaste. A travers tous ses films, on peut ainsi dire que Wong KAR-WAI créé une œuvre cohérente et homogène, même si, d'après ce que l'on entend à droite et à gauche, on peut douter que cette cohérence soit voulue de sa part.

2046 ne plaira pas à tout le monde. C'est un fait. Il y a beaucoup de choses à dire sur ce film mais une sensation ne s'explique pas, elle se vit. C'est comme lorsque l'on fait un voyage, c'est très difficile de le raconter et de le faire partager à quelqu'un qui ne l'a pas vécu.
Comme pour " Dolls " ou " Hana-bi " de Kitano, les histoires d'amour développées, le coté romantique (les moments en suspensions notamment), le visuel, sont, pour moi, les points forts du film. Je pense, déjà, que tous les fans de Wong KAR-WAI peuvent se précipiter pour voir le film. Il n'est pas uniquement réservé aux amateurs de films d'auteurs contemplatifs (moi-même, je suis loin d'être un adepte de ce genre de cinéma pseudo intellectuel…) comme on a pu le lire dans certains journaux en presse, mais il s'adresse à tous les spectateurs, à tout les êtres humains, en fait, car l'amour (le thème principal du film) est le sentiment le plus noble de l'homme. 8.5/10


OLI : D'avantage qu'un simple film sur l'amour, 2046 est un film sur son souvenir. Parfois heureux, le plus souvent douloureux, comme ces peines malignes et lancinantes que peuvent causer les blessures profondes, une flèche par exemple, que Cupidon aurait bien envoyée mais qu'il n'aurait jamais pris la peine de retirer des chairs meurtries de l'amant éconduit. Dans 2046, cet individu se nomme Chow Mo Wan, il nous apparaît sous les traits de l'acteur Tony Leung Chiu Wai. Mais il y aussi un peu de Wong Kar Wai dans cet homme là, un peu de cette nostalgie nimbée de tristesse ou de regret, puisqu'à la manière de son personnage masculin principal, qui se remémore sans cesse ses amours passées, le réalisateur se retourne irrémédiablement sur ses anciennes œuvres, ces si doux visages : Maggie Sheung, Faye Wong, Carina Lau, toutes ces actrices qu'il a pris soin de magnifier hier, qu'il retrouve aujourd'hui dans le cadre de 2046 pour les sublimer jusqu'à cet excès si artificiel, s'amusant à les représenter sous la forme d'androïdes sans vie. Si le souvenir reste vivace, il ne réchauffe guère plus que l'esprit.

Durant l'essentiel film, au travers de toutes les rencontres féminines qu'il connaîtra, Chow Mo Wan n'aura d'yeux que pour une entité invisible, cette ombre mystérieuse qui parvient aujourd'hui encore à faire pâlir le plus rayonnant soleil qui soit, faisant couler des larmes sur le visage de Bai Ling, éclipsant jusqu'à son merveilleux sourire. Cette femme, ce souvenir impalpable, apparaîtra parfois. Fugace, un peu traître, profitant de ces moments d'égarement où Chow Mo Wan, l'esprit imbibé, navigue entre rêve et réalité : serrant ainsi tendrement la main de Bai Ling, il s'imaginera en fait bercé par sa première maîtresse, celle qu'il n'a jamais pu oublier. Elle s'appelait Su Li Zhen. La première Su Li Zhen, car il y en aura une deuxième. Une femme du même nom, une classe presque semblable, comme une sombre ironie du sort. Mais une nouvelle fois Chow Mo Wan n'aura pas la force de se libérer de son passé, de l'étrange prison dorée qu'est devenu le souvenir de son premier amour. Alors cet homme au sourire si facile, mais aussi si discrètement crispé, va commencer à se jouer de lui-même, de son imagination, de ces souvenirs, trompant ainsi son ennui, sa solitude aussi. Parce que comme il le dit lui-même, pour avoir rencontré l'amour trop tôt, ou peut-être trop tard, il finira sans doute seul. A moins qu'il ne change la fin de son roman, 2046. A moins qu'il ne reprenne en main les rênes de sa vie. Mais le souvenir est toujours là, quelque part, tapi dans l'ombre. Ce souvenir avec lequel Chow Mo Wan a maintenant appris à vivre, s'en amusant presque aussi. Toutes ces femmes qui auront traversé sa vie, tous ces instants volés à l'ennui, Chow Mo Wan les garde à jamais ancrés en lui. Quelques plans, certains détails presque anodins, se révèlent alors essentiels : car Chow Mo Wan se souvient. Les hauts talons de Wang Jing Wen, la main gantée de Su Li Zhen, la simple banquette arrière d'un taxi ou encore le toit d'un hôtel familier…au travers de chacun de ces éléments, de ce fétichisme affiché, Chow Mo Wan garde un pied dans son passé.

Œuvre ambitieuse et relativement complexe, 2046 se révèle au final peut-être un peu moins touchante que quelques unes des précédentes histoires du réalisateur hongkongais. Il n'en demeure pas moins que ce film reste incontournable, puisqu'il s'inscrit directement comme l'un des rouages essentiels de la filmographie de Wong Kar Wai. Il faut alors imaginer celle-ci comme s'agissant d'un univers à prendre dans son ensemble, et le spectateur averti appréciera d'autant plus 2046 s'il connaît déjà les autres films du réalisateur, en particulier IN THE MOOD FOR LOVE et DAYS OF BEING WILD. 8.5/10