SCENARIO :
Han-Gi travaille pour une proxénète.
Une journée, il traîne dans le centre ville. Son regard est attiré par une jeune femme du nom de Jim San-Hwa
assise sur un banc. Alors qu'elle retrouve son petit ami, le couple est surpris par Han-Gi qui embrasse
brutalement la demoiselle. Repoussé par le petit ami de cette dernière, il est humilié par des agents le
contraignant à s'excuser. Et comble de l'humiliation, San-Hwa lui crache au visage...
Profitant de la malhonnête de celle-ci, Han-Gi et ses deux associés la font passer pour une pickpocket pour
se venger. Mais Han-Gi ne compte pas s'arrêter là et contraint celle-ci à se prostituer...
Mais malgré cette haine farouche pour la jeune femme, il semble éprouver quelque chose d'autres pour San-Hwa,
jusqu'à tabasser violemment à coup de battes de base-ball le premier client de cette dernière...
COMMENTAIRES :
KAMI :
Le Bad Guy de Kim Ki-Duk est légèrement décevant. Après le médiocre The Isle, j'étais agréablement
surpris par Address Unknown mais ce "garçon pas très gentil" est inégal ; des moments très intéressants
laissent place à des scènes sans intérêt.
Des qualités malgré tout : un acteur assez charismatique et ce malgré son mutisme, une belle photographie,
une bande-son excellente (à part l’utilisation d’une musique décalée par rapport au moment où elle est
utilisée, la fois où ivre Han-Gi s'endort auprès de Jim San-Hwa).
Bad Guy nous plonge dans la perversion à la De Palma (Scarface… un autre Bad Guy) et dans le sadisme à
la euh... Kim Ki-Duk pardi. Mais comme dans L’Ile, le réalisateur coréen utilise des scène-chocs afin de
relancer le récit qui s’essouffle quelques fois comme la fois où Han-Gi se fait planter par un type armé
d’une très grosse plaque de verre en forme de pointe.
Il en résulte un film de bonne qualité mais trop inégal à situer entre L'Ile et Adresse Inconnue...
Après il faut savoir si l’ambiance lugubre de ce Bad Guy vous charmera, ce fût mon cas (ah, quelle belle
et envoûtante chanson-générique !!!)…
8/10
OLI :
Il y a des films de Kim Ki-Duk que je n’aime pas vraiment, et pourtant, à chaque fois, je ne peux m’empêcher
de trouver des choses saisissantes à retirer de ses œuvres, des détails qui font de cet homme le réalisateur
coréen que j’apprécie le plus actuellement (et d’assez loin).
Et BAD GUY ne déroge pas à la règle : je lui ai en effet trouvé quelques défauts. Le premier et pas des moindres,
le scénario : tout commence par un évènement assez absurde, puisque la jeune Jim San-Hwa va préférer signer
une reconnaissance de dette équivalant à la vente de son corps pour les années à venir plutôt que d’accepter
d’être conduite au poste de police pour reconnaître le vol. Bon, c’est un peu gros, on passe quand même.
Ensuite on ne peut ignorer quelques grosses ficelles dont abuse le réalisateur (la photo déchirée sur la
plage que Jim va reconstituer petit à petit, le passage dans la prison un peu trop vite expédié, d’autres
évènements qui se précipitent également un peu artificiellement, des chansons sirupeuses, etc.).
Mis bout à bout, ces petits défauts font qu’au final, on ne croit pas toujours aux personnages (et ça,
c’est dommageable). Je n’ai ainsi jamais ressenti la moindre émotion (et pourtant il s’en passe des crasses),
que ce soit pour cette jeune femme qui va petit à petit être forcée à se complaire dans la soumission,
ou encore pour l’énigmatique Han-Gi, qui lui aussi va cumuler les coups durs (bien fait pour lui diront
certains).
Han-Gi, puisque c’est de lui dont il s’agit, n’est heureusement pas sans intérêt. Son personnage n’est
d’ailleurs pas sans point commun avec Hee-Jin, la femme torturée de THE ISLE (meilleur film de Kim Ki-Duk
à mes yeux). Tous deux sont en effet muets, méconnaissant l’outil le plus simple et le plus direct pour
exprimer leur amour. Dans THE ISLE, les protagonistes se font souffrir mutuellement pour révéler au grand
jour ce sentiment (l’amour comme cri de douleur ; la douleur par amour). Dans BAD GUY, Kim Ki-Duk rejoint
un peu cette idée, et Han-Gi qui aime à la folie mais qui garde tout prisonnier en lui ne parvient à
s’exprimer qu’au travers de la violence, et la provocation. Pour ramener à lui cette femme qui lui rappelle
un évident souvenir, il ne trouvera d’autres solutions que de la rabaisser à son niveau, c'est-à-dire pas
bien haut. Il va la plonger dans cette misère qu’il côtoie depuis toujours pour la protéger parfois,
l’humilier aussi. Mais également pour, très égoïstement, se sentir exister.
Malgré d’évidentes qualités, ce mauvais garçon n’a pas le charisme d’un Tony Montana (SCARFACE), ni cette
crasse désespérée et presque fascinante qui habite le flic de BAD LIEUTENANT. Le difficile équilibre
« fascination/répulsion » indispensable à tout film qui dresse le portrait d’un pourri n’est donc pas
atteint, on en est même parfois assez loin : le spectateur prend trop de distance par rapport aux
personnages, à l’intrigue, et l’ambiance froide, presque aseptisée, rend difficile l’éclosion de tout
sentiment. Il faut néanmoins reconnaître que l’exercice de style était périlleux, et on peut être
indulgent, surtout que l’admirable réalisation de Kim Ki-Duk fait agréablement passer la pilule.
5.5/10
TEQUILA :
Bad Guy est un film dans lequel j'ai eu beaucoup de mal à m'investir : en effet l'intrigue ne tient
pas debout. C'est assez génant dans le sens où l'horreur du récit (l'entrée forcée d'une jeune étudiante
dans le monde de la prostitution) repose sur une amorce faible : le vol monté de toute pièce d'un
portefeuille et le prêt ridicule qui s'en suit, gagé sur le corps de la pauvre victime. A part le vol
d'un Carambar dans une épicerie et le décollage immédiat pour un bordel de Bombay, on ne pouvait pas
faire moins crédible.
Toutefois, le film présente de nombreux aspects intéressants par l'entremise d'une réalisation riche
en symbolique : l'utilisation de la vitre sans teint et l'image du voyeur renvoyé du personnage au
spectateur est à ce titre assez troublante. Il faut bien avouer que dans ce film de Kim Ki Duk,
l'interêt du spectateur repose avant tout sur la curiosité un brin malsaine pour l'histoire torturée
dans laquelle l'heroine se complet.
Parmi les éléments positifs que je retiens de ce bad Guy, je citerais également le tableau de personnages
écorchés vifs et la construction d'une histoire "romantique" basée sur un principe peu ordinaire : la
coexistence de l'amour et de la haine. Néanmoins, cette combinaison nous est imposée par le réalisateur
à coup de scènes plus ou moins crédibles et il ne reste aucune marge au spectateur pour s'investir dans
des personnages auxquels il ne croit pas une seconde.
Finalement, Bad Guy est un enchainement de scènes assez sordides qui attisent la curiosité sans jamais
provoquer l'implication du spectateur.
6.5/10
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