SCENARIO :
Igashi (Terajima Susumu) se retrouve chomeur dès son premier jour de travail à
l’usine. Dès lors il va se laisser porter par ses pas, et les rencontres heureuses et malheureuses qu’il fera
lors de son trajet.
COMMENTAIRES :
YUME :
On le sait tous depuis Postman Blues, Sabu est un des jeunes réalisateurs Japonais les plus formidables
de ces dernières années.
Il a un style visuel et narratif très éthéré, poétique, intimiste proche de celui de Kitano, la violence
crue en moins. Et Blessing Bell amène ce style à son paroxysme.
Pendant toute la durée du film, on suit les pas d’un personnage muet qui marche au gré des rencontres et
évènements sans but précis. Durant la longue première partie on assiste à des tableaux successifs donnant
un aperçu des tabous de la vie japonaise : le chômage, la mort, le suicide, la maladie, la pauvreté. Le héros
est un observateur, un média par lequel nous, spectateurs, assistons à ces scénettes douces et intimistes. Car
c’est là que Sabu fait montre de sont talent de conteur. Aucune des scènes n’est racoleuse ni ne prête à un
jugement positif ou négatif, il s’agit juste de constatations sur les dessous de la vie au Japon. Un
questionnement sur la solitude individuelle dans une société qui nie la personne au profit du groupe.
Mais au-delà de ce message on peut aussi saluer la formidable mise en scène de Sabu. Il maîtrise chaque plan
à la perfection, renforçant la poésie du film mais aussi l’impression de vide. Mon moment préféré restera
celui où le film change de direction, avec la renaissance du héros mise en image par son sommeil en position
fœtale dans un trou puis un touchant levé de soleil sur une calme plage. Cette renaissance s’accompagne de
la première plage musicale du film qui jusqu’à lors était dénué de musique laissant place aux bruits de la
ville. Le héros fait demi-tour, et Sabu nous fait vivre son trajet inverse jusqu’à son point de départ. Mais
le héros semble pour la première fois maîtriser sa direction, ses pas. Il sait où il va, et est enfin maître
de son destin.
J’aimerais aussi saluer la performance de Susumu Terajima, touchant par la seule force de son regard puisque
son personnage ne parle pas. Une performance unique, toute en douceur et nuances, qui montre qu’il fait partie
des grands acteurs japonais actuels.
Au final je pense sincèrement que Blessing Bell est une fable poétique qui vient d’un coup se placer au niveau
des grands films japonais. Je suis resté ébahi tout le long, comme projeté dans le film. Et la douceur du message
fait que je suis ressorti reposé. Sabu entre avec ce film au panthéon des mes réalisateurs préférés. A voir et à
revoir au gré des envies pour oublier les problèmes ou tout simplement parce que ce film est une œuvre majeure.
10/10