SCENARIO :
Séoul 2006. Hee-bong (Byun Hee-bong), patriarche d'une petite famille, tient un snack
au bord de la rivière Han où il vit avec les siens. Gang-du (Song Kang-ho), son fils
aîné, est un garçon d'une quarantaine d'années, immature et un peu primaire ; Nam-joo (Bae Doo-na),
sa fille, est championne de tir à l'arc et membre de l'équipe nationale d'archers ; Nam-il (Park Hae-il),
son fils cadet, est un lambin au chômage. Tous couvent de leur amour la petite Hyun-seo, la fille de Gang-du, dont
l'épouse a déserté le foyer depuis longtemps.
Un jour, un monstre non identifié surgit des profondeurs de la rivière Han et sème la panique, laissant derrière
lui des centaines de morts. La petite Hyun-seo est enlevée par le monstre et disparaît sous les yeux de son père.
La famille de Hee-bong vient de perdre ce qu'elle a de plus cher. Elle décide de partir en croisade contre le monstre.
COMMENTAIRES :
BUNMAN :
Après un premier film sympathique (Barking Dogs Never Bite), Bong Joon-ho avait surpris et émerveillé le petit monde du cinéma avec un polar noir et rêche sur fond de drame social : " Memories of a murder " (primé au Festival du Film Policier de Cognac).
Grand surprise quand on apprit qu'il était en train de s'atteler à un film fantastique à l'ambiance Lovecraftienne mélangeant le film de monstre, la comédie, le drame social ainsi qu'un virulent pamphlet visant la société coréenne. N'allait-il pas se brûler les ailes sur un projet aussi ambitieux annoncé d'ailleurs comme étant l'un des films le plus cher jamais produit par la Corée (avec plus de 4,6 millions de dollars rien que pour les effets spéciaux ; des grand noms étaient annoncés Weta Digital, John Cox's Creature Workshop et The Orphanage) ?
Bong Joon-ho réalise l'exploit de proposer un film quasi parfait, tant au niveau de la narration, la direction des personnages, la photographie et bien sur les effets spéciaux.
Après une scène d'exposition se déroulant plusieurs années avant le drame, représentant deux scientifiques qui seraient en partie responsable de la pollution de la rivière Han et donc par là même, à l'origine de la de la mutation de la créature, Bong Joon-ho nous présente les membres de la famille Coréenne qui va subir un drame (la capture de la plus jeune par la créature) et qui va prendre les armes et partir en chasse de ce monstre. C'est une famille coréenne tout ce qu'il y a de plus ordinaire, qui pour survivre s'occupe un snack sur un des flans de la rivière Han. Le père (Byun Hee-bong) essaie tant bien que mal d'unifier cette famille qui s'ébrèche peu à peu. On a Gang-du (Kang-ho Song, toujours aussi juste et impeccable dans ses interprétations), le fils aîné, la quarantaine et une grande immaturité ; Nam-joo (Du-na Bae), la fille, championne de tir à l'arc ; Nam-il (Hae-il Park), le fils cadet, alcoolique, et enfin Hyun-seo, la fille de Gang-du, abandonnée par sa mère il y a déjà plusieurs années.
Bong Joon-Ho rend dès le début ses personnages attachants, ceci afin de bien faire ressentir la peine de la perte d'un être cher. Après ce portrait de famille, on passe à la présentation de la créature, lors d'une journée tout ce qu'il y a de plus ordinaire, des familles, des couples, des personnes seules prennent un peu de bon temps au bord de cette rivière quand, tout à coup, quelque chose nage sous l'eau, quelque chose de sombre, de grand... qui ne tarde pas à sortir de l'eau et à commencer le carnage (ces bords de rivière sont un immense garde manger tout trouvé), et là tout bascule et s'emballe, d'une réalisation calme et tranquille, on passe d'un coup à un déluge d'image, c'est brut, violent et sans concession (les cadavres s'amoncellent, les victimes innocentes sont fauchées, sans s'y attendre, par cette chose). Bong Joon-ho, par sa mise en scène, rend la scène étouffante où les seuls moments de répits sont le visionnage sur la télé, par le père et la petite fille, du concours de tir à l'arc auquel participe Nam-joo. Mais c'est de courte durée... le carnage continue et le drame arrive : la capture de Hyun-seo par le monstre...
A partir de là, Bong Joon-ho va profiter de son histoire pour égratigner le gouvernement coréen, en montrant son incapacité à gérer une situation et à répondre par l'oppression et le parcage des individus en contact avec la créature.
Parlons en, d'ailleurs, de la créature. Un boulot formidable a été fait sur cette bête qui est à la fois animatronique et synthèse, le meilleur des deux mondes a été utilisé pour donner naissance à une chose effrayante de crédibilité et de réalisme. La chose serait une sorte de Guivre qui aurait des pattes et un immense queue à l'autonomie propre ; on est en plein dans le bestiaire lovecraftien avec ses créatures innommables. Le travail effectué par les boites de Sfx (Weta Digital, John Cox's Creature Workshop et The Orphanage) est vraiment de toute beauté, un effort particulier a été porté sur le rendu de la peau, sur les déplacement de la créature (aussi à l'aise sur terre que dans les airs, elle se déplace par bonds successifs s'agrippant avec sa queue à tout ce qu'elle peut atteindre, avec des mouvements proches de ceux des athlètes aux anneaux suspendus). Ces efforts concernant le rendu de la peau, ainsi que ces déplacements sont sublimés par une utilisation de l'animatronique sans faille. Bong Joon-ho en est fier et il a de quoi, d'ailleurs au début de la projection (vu au Festival de Cannes), il nous a remercié d'être là à une heure aussi tardive pour la projection de son film et que normalement avec les fx et le son qu'il y avait dans le film on devrait arriver à ne pas s'endormir, il avait raison le bougre... quel son, un soin minutieux a été apporté aux pistes et à l'environnement sonore.
En ce qui concerne le récit en lui-même, pour ma part, j'ai trouvé qu'à la différence de beaucoup de films de monstres, où la créature est vedette, ici c'est le récit et le drame familial qui prévaut sur une exposition excessive du monstre.
On ressort de ce film abasourdi et avec plein d'images en tête. Un film a découvrir réalisé par quelqu'un en pleine possession de ses moyens et d'une rare humilité.
9/10
LIMUBAI :
Après le succès public et critique récolté par le polar MEMORIES OF MURDER, le talentueux et réalisateur coréen Bong Joon-Ho a décidé de s'atteler à au cinéma fantastique à effets spéciaux donc à gros budget.
Si THE HOST demeure au jour d'aujourd'hui le plus gros succès de tous les temps au box-office au Pays du Matin Calme, c'est parce qu'il surprend à plus d'un titre. En effet, il s'abroge volontairement de tout genre bien défini pour puiser ci et là dans le film d'aventures et plus particulièrement de monstre (on pense inévitablement à ALIEN ou GODZILLA), les comédies ou encore le cinéma à portée sociale pour en faire une sorte de satire de la société coréenne sans oublier de pointer du doigt le droit d'ingérence américain dans le pays.
Il faut d'abord dire un mot de la créature sur laquelle a été effectué un travail formidable. Créée par quatre sociétés spécialisées dans les effets spéciaux, Weta Digital, John Cox's Creature Workshop et The Orphanage, la bête est hideuse et effrayante à souhait mais aussi bluffante de réalisme. Un soin tout particulier a été apporté aux déplacements du monstre, capable de marcher, bondir, rester un temps dans les airs : l'animation est fluide et sans faille et apporte une touche très spectaculaire au métrage.
Mais THE HOST n'est pas seulement un film fantastique, le monstre ne constituant finalement pas l'intérêt central du film. THE HOST, c'est surtout l'histoire d'une famille composée de gens simples et ordinaires qui vont se transformer en véritables combattants pour venir en aide à l'une des leurs, la petite Hyun-Seo. Les personnages dépeints par Bong Joon Ho sont très attachants, du grand-père qui symbolise les valeurs de la famille en passant par ses enfants respectivement diplômé au chômage, sportive de haut niveau et serveur dans un snack-bar. Ce dernier, anti-héros notoire et père de Hyun-Seo interprété par un Song Kang-Ho qui fait valoir toute l'étendue de son talent.
Les comédiens jouent juste et se mettent pleinement au service du réalisateur. Ils réussissent à jouer tour à tour scènes d'action, scènes dramatiques intenses et scènes comiques hilarantes … et parfois tout ceci à la fois. Car oui, l'incroyable tour de force qu'a réussi Bong Joon-Ho, c'est d'avoir su conjuguer les genres en les sublimant car le film fourmille de scènes absurdes qui viennent au secours de la tragédie (la scène de deuil en est un exemple parfait) et instaurer une légèreté bienvenue à une atmosphère qu'on imagine tendue.
Toujours rythmé, souvent drôle, parfois haletant, le blockbuster de Bong Joon-Ho n'est pas une production creuse comme des dizaines d'autres qui voient le jour chaque année. La première scène du film lors dans laquelle on y voit un scientifique américain donner les ordres qui engendreront l'aberration génétique se suffit à elle-même. THE HOST restera une oeuvre habilement mise en scène avec une subtilité et une maîtrise qui échapperont certainement toujours au pachyderme hollywoodien qui a d'ailleurs déjà prévu, fort malheureusement, d'en faire un remake …
8/10
SANJURO :
N'y allons pas par 4 chemins, The host constitue d'emblée une nouvelle référence du film de monstre en nous proposant
un gloumoute parmi les plus beaux vus sur un écran. Soutenues par une animation incroyable (le plan où le monstre se
retourne sur lui même afin de chopper la fillette !), de purs moments de tension et une réalisation en tout point
virtuose, les (nombreuses) apparitions de la bête s'imposent comme de pures scènes d'anthologie et, sans hésitation
possible, les morceaux de cinoche les plus excitants vus en cette année 2006. Que dire de la première apparition de
la bestiole (notez la variété de termes employés pour designer notre grosse poiscaille !) si ce n'est qu'elle parvient
même à surpasser en termes de mise en scène l'attaque des Gyaos sur Shibuya dans le Gamera 3, Revenge of Iris de Kaneko,
c'est dire si ça débourre !
Aussi, comment ne pas être conquis face à cette inventivité de chaque instant, ce fourmillement d'idées qui prend
souvent forme via une multitude de petits détails vachement chouettes comme, par exemple, la créature -née de la
pollution- qui s'enfile, avec délectation (comme s'il s'agissait d'une friandise), le contenu du jerricane d'essence
dans le gosier lorsque le clochard l'asperge afin de la faire cramer. Je le répète à nouveau, The host, c'est du bonheur
en barre pour tout amateur de films de streums (n'en déplaise aux aigris^^) ! Et ce malgré une poignée de CGI de facture
plutôt moyenne durant le final (je pense en particulier au gloumoute en feu)...Ne chipotons pas, dans l'ensemble les gars
de The orphanage ont vraiment fait un boulot...monstre !
Mais The host ne se contente pas d'être un putain de film de GROS monstre que l'on rangera sans sourcilier aux côtés
de Godzilla (celui de Honda pour les 2 du fond !), Jaws ou Revenge of Iris, si, si je vous assure...On en reparle dans
quelques années ?^^ Le métrage de Bong Joon-Ho se présente aussi comme un véritable "rollercoaster émotionnel" (paye
ton expression galvaudée !) qui, par ses incessantes ruptures de ton, (comme dans la vraie vie dira t'on vite fait)
implique le spectateur comme rarement et nous fait aimer cette famille "tuyau de poêle", ces losers magnifiques aussi
attachants que drôles. Dans The host, le comique et le tragique se lient de façon miraculeuse, imprévisible et sans
cesse surprenante. A ce titre la scène qui suit la disparition de la petite fille fait mon(s)tre d'une maîtrise
impressionnante dans l'enchevêtrement rires/larmes. Loin d'être une simple bouffonnerie, cette séquence d'hystérie
collective se révèle finalement poignante, l'humour n'est pas là pour nous faire sortir de ce qui se déroule à
l'écran (et regarder tout ça de haut dans une attitude que l'on qualifiera de cynique) mais au contraire pour nous
impliquer d'avantage. Rire pour s'empêcher de pleurer en quelque sorte.
Ce portrait de famille va de paire avec la charge politique menée par Bong puisque le film nous montre un petit groupe
de personnages (qui semblent, à priori, complètement à la masse) faisant preuve de solidarité, d'altruisme et de
dépassement de soi (en ce qui concerne le père de famille il s'agit d'une véritable quête initiatique) dans un pays
bouffé par l'individualisme forcené et la soumission aux puissants. Plus que les USA (qui en prennent quand même
pour leur grade), Bong Joon-Ho dénonce surtout l'attitude servile de la Corée vis à vis de ces derniers.
En résumé je dirais juste que The host est une réussite totale, un "monster movie" tendu et jouissif qui parvient
à nous fait rire, pleurer, trembler et réfléchir sans qu'a aucun moment les différents aspects ne s'annihilent
mutuellement comme ça aurait pu être le cas...Bref, un idéal de "blockbuster" fun et intelligent aussi audacieux
qu'habile dans son approche particulière de différents genres.
9.5/10
OLI :
Phénomène cinématographique et presque social en Corée du Sud en raison de son succès que je qualifierais de
gargantuesque, tant THE HOST a trusté de manière parfois presque déraisonnable les salles de cinéma en Corée
du Sud (se heurtant aux vaines protestations de cinéastes plus indépendants), le film de Bong Joon-Ho demande
malgré tout que l'on prenne du recul par rapport à tout cela.
Car THE HOST est un bon film, il ne mérite pas qu'on le dévalorise simplement parce les médias en ont trop fait,
trop parlé, trop éclipsé les autres longs métrages en Corée du Sud (un peu à l'image de ce qui s'était passé en
France avec AMELIE POULAIN : mais là c'est différent, car le film m'avait vraiment saoulé).
On peut malgré tout s'interroger sur le mode de fonctionnement du box office coréen et de son public, que l'on
pourrait facilement comparer à un beau troupeau de moutons. Comment expliquer autrement que chaque année un
nouveau film du cru renverse le record précédent du box office local ? En gros, un film marche, est bien distribué
(voire trop), les médias font le reste et les gens se bousculent dans les salles obscures. Ma vision est
évidemment simpliste et provocatrice, mais je ne m'explique pas vraiment ces records sans cesse renouvelés en
Corée du Sud, surtout que la plupart du temps les films qui marchent du tonnerre de Dieu n'ont rien de chefs
d'oeuvre. Et il en va de même avec THE HOST, qui est certes un très bon film mais qui ne révolutionne pas pour
autant l'histoire du cinéma (bien évidemment ce n'est que mon humble avis). On est donc bien loin du meilleur
film coréen de tous les temps, à dire vrai pour moi THE HOST n'est même pas le film de l'année, c'est dire si
tout le buzz autour du long métrage de Bong Joon-Ho m'a quelque peu exaspéré.
Tout cela étant précisé, je peux à présent m'attarder sur le point le plus intéressant, c'est à dire le film.
La plus grande réussite de Bong Joon-Ho sur THE HOST est sans contestation possible la maestria dont il fait
preuve pour alterner les scènes comiques et dramatiques. On passe ainsi d'un fou rire (immenses moments dans
le gymnase) à une scène qui prend aux tripes. Le réalisateur avait déjà prouvé avec son excellent MEMORIES OF
MURDER qu'il maîtrisait cet art difficile du contre-pied, et bien avec THE HOST il va encore plus loin : en
effet, malgré les terribles enjeux du récit, les larmes et les morts, on rit parfois aux éclats.
Bien entendu, par dessus ce savant mélange des genres, nous avons droit à un vrai film de monstre dont les codes
sont savamment détournés. Prenons la bestiole par exemple : elle se casse parfois la gueule, paraît peu sûre
d'elle mais quand elle doit gober, elle gobe. La surexposition du monstre est également plutôt originale,
puisque dès les premières minutes du film on aperçoit la bête en gros plan. Pas de jeu de la suggestion avec
Bong Joon-Ho, non, car l'intérêt est évidemment ailleurs, et notamment dans tout ce que j'ai pris le temps
d'expliquer dans le paragraphe précédent.
Drôle, hyper rythmé, parfois effrayant et porté par des acteurs maîtrisant parfaitement leur sujet (sans parler
des cameo), THE HOST constitue donc une grande réussite. Encore faut-il faire preuve de largesse d'esprit et
pouvoir rire d'un film souvent noir (ce qui, visiblement, gênait considérablement une partie du public dans ma
salle de cinéma). Dommage néanmoins que le fond de l'histoire ne suive pas, et se contente d'un discours politique
complètement au ras des pâquerettes (qui ne fait pas honneur à son talentueux réalisateur). Très curieusement,
en France, peu de personnes se sont élevées contre cela... et pourtant, souvenez-vous, combien à l'époque
s'étaient outrées de voir les français responsables du réveil de Godzilla dans le film éponyme de Rolland Emmerich...
8/10