SCENARIO :
Le Japon traverse une grave récession, et aucune famille n'est épargnée. Errant ainsi à la recherche d'un travail avec ses deux enfants, Kihachi doit chaque jour faire un terrible choix lorsque le soleil se couche enfin : payer un repas à ses enfants, ou bien leur offrir un toit pour la nuit…
COMMENTAIRES :
OLI :
Film muet mais sonorisé avec une musique de circonstance (c'est une première), UNE AUBERGE A TOKYO est un titre qui parvient à trouver ce si délicat équilibre entre le pénible poids d'une vie qui ne vaut plus rien, et les jeux d'enfants qui ne sont peut-être pas encore totalement conscients des épreuves qui les attendent demain.
Cette magique alchimie, qui fait allégrement basculer le cœur du spectateur entre rires et pleurs, Ozu Yasujirô la maîtrisait déjà donc à l'époque du cinéma muet. Précisons néanmoins qu'UNE AUBERGE A TOKYO est un film qui demeure très sombre puisqu'on y parle de suicide collectif…et qu'à la manière de ce pauvre homme qui dessine une maison en rêve à son enfant malade dans DODESKADEN, ici un père de famille mime des bols de riz afin de les donner à manger à ses jeunes fils… Un film grave donc, et des sujets extrêmement préoccupants qui ne traverseront plus la filmographie d'Ozu que de manière anecdotique (la nostalgie et les problèmes familiaux occuperont bientôt l'essentiel des histoires à venir du réalisateur japonais).
Traitant donc à la fois de thèmes terribles (le chômage, la maladie, le rejet par la société japonaise de celles et ceux qui ne réussissent pas) mais aussi de sujets un peu plus légers (l'innocence des enfants), UNE AUBERGE A TOKYO est un film d'un grave et cruel réalisme, qui respire pourtant un humanisme certain et très touchant. Comment interpréter autrement les actes de Kihachi, homme qui survit péniblement avec ses deux fils après avoir presque tout perdu, et qui demeure malgré tout prêt à tous les sacrifices pour sauver la fille d'une femme qu'il ne connaît pourtant quasiment pas ?
Là où la société japonaise fait preuve d'égoïsme, là où le nanti paraît prêt à fermer les yeux pour ignorer le plus miséreux, c'est celui qui n'a rien qui se révèlera capable de perdre le peu qui lui reste (ses enfants, sa liberté) pour tenter de sauver une vie, une simple petite vie… Le film d'Ozu, malgré l'absence de dialogues, se révèle alors profondément touchant.
UNE AUBERGE A TOKYO est donc une œuvre quelque peu à part dans la filmographie d'Ozu Yasujiro. Le réalisateur japonais s'y révèle pourtant très à l'aise, sur le fond autant que sur la forme. Car techniquement Ozu semble avoir déjà trouvé ses marques : caméra fixe, montage savant et scènes d'une précision absolue, le tout sans aucun mouvement ou presque (de mémoire, il me semble qu'il ne doit y avoir que deux travellings).
Un film à ne pas manquer, donc, même s'il n'est pas très représentatif des thèmes d'Ozu.
8/10
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