SCENARIO :
Lamu (ou Lum si vous préférez), Ataru et leurs amis préparent la grande fête annuelle du collège
Tomobiki. Pourtant un professeur semble se rendre compte que tout ce petit monde revit sans cesse
le même jour. Il met au courant l’infirmiere Sakura.
COMMENTAIRES :
YUME :
Rumiko Takahashi est sans conteste une des mangaka les plus connues à travers le
monde, et une des plus reconnue au Japon même, ses séries remportant des succès
continus en terme de vente. Cette popularité, Takahashi la doit à sa premiere grande
série (1978 à 1987) : Urusei Yatsura plus connue sous nos latitudes comme Lamu, dont
une grande partie des 218 épisodes ont été diffusés sur TF1.
Avec cette série, Rumiko Takahashi pose les marques bien définies de ce que sera son
style : du burlesque délirant, des situations absurdes, et une tendance marquée aux
allusions à la culture japonaise. Rien que le titre même de la série est déjà un jeu
de mot assumé, Urusei Yatsura voulant dire litteralement Les gens de la planète Uru,
mais pouvant aussi s’entendre comme Les gens bruyants. De part cet aspect, Urusei
Yatsura peut donc facilement paraître hermétique ou peu drôle aux yeux des occidentaux.
Et pourtant, lorsqu’on apprécie la culture japonaise, il est assez difficile de ne
pas s’intéresser aux oeuvres de Takahashi, ces dernières apportant finalement beaucoup
d’informations utiles, comme celles sur la mythologie pour ce qui est de Urusei Yatsura.
En effet l’héroine est une sorte d’Oni, démon japonais, tout comme sa famille entière,
et la série regorge d’apparitions de personnages mythologiques comme Benten, déesse de
la chance, des Kitsune etc... un véritable vivier d’informations pour qui se penche
dessus.
Malgré tout cela, il est évident que le premier but de la série, manga ou animé, est de
divertir, ce à quoi elle parvient aisément grace à un rythme éffréné, et des situations
abracadabrantes continuelles.
Devant le succès, les producteurs décident de faire des longs métrages animés, dont le
premier opus est confié à un jeune réalisateur ayant dejà travaillé sur la série. Mamoru
Oshii réalise donc Only You en 1983, sur un scénario de Tomoko Konparu. L’année suivante,
la Toho lui redonne les clés du second film de Urusei Yatsura, et de plus Oshii se voit
chargé de l’histoire. Ayant les mains libres, Mamoru Oshii va faire comme dans toutes ses
adaptations futures, prendre à son compte le background général, et l’adapter à ses envies
scenaristiques.
Bien evidemment, pour ce second film intitulé Beautiful Dreamer, il ne faut pas s’attendre
aux questionnements philosphiques qui seront sa marque de fabrique dans les années à venir,
mais ce long métrage se démarque largement de la série de Rumiko Takahashi.
Alors que tout commence dans un rythme infernal avec une préparation de la fête du collège
(mention spéciale au véritable défilé digne d’un cosplay qui nous est offert pendant moins
d’une minute), le film va rapidement déraper vers une ambiance plus mystérieuse et onirique.
On retrouve alors les prémices des gimmicks de Oshii comme des plans fixes assez larges sur
des décors vidés de vie de toute beauté, et lui et son équipe font un véritable travail pour
poser une atmosphere lourde qui contraste vraiment avec le loufoque des premiers instants.
J’ai vraiment adoré le passage en voiture où on ne voit que ce que qu’eclaire le faible halo
des phares (un joli exercice de style) et la visite du collège et son délire complet, mettant
à mal nos sens.
Puis le film devient un temps plus léger, le temps semblant vraiment ne plus avoir aucune
emprise sur la vie, jusqu’à un final en complet décalage avec ce à quoi on était en droit
de s’attendre. En toile de fond, un mystère assez opaque, résolu à petits pas, qui reprend
des éléments mythologiques japonais. Oshii se rapproche donc sur ce point de Takahashi. Il
est donc question d’une ancienne légende japonaise sur Urachima Taro, qui sauva une tortue
et fut emmené par celle ci au palais du roi des dragons. Sur place, il se maria avec la fille
de ce dernier, mais fut pris d’envie au bout de 3 années de revenir voir sa famille. Sa femme
accepta et sur place, il se rendit compte que le temps avait passé beaucoup plus vite, personne
à part une très vieille femme ne se souvenant qu’avec peine de son nom.
Et c’est avec delectation qu’on retrouve l’adaptation de cette légende, le temps jouant un role
principal dans le film. Mais on y retrouve aussi la tortue (dans un registre à double emploi
pouvant tout aussi bien rappeler les croyances venant d’Inde), et quelques animaux mythologiques.
En fait Beautiful Dreamer prend une tout autre dimension dans sa toute derniere partie, jouant
différentes scénettes successives ou le rêve devient réalité, jusqu’à cette discussion dans un
décor psychédélique, avec le héros assis sur ce qui semble etre une chaine chromosomique.
Beautiful Dreamer s’impose donc d’emblée comme un grand film où le seul défaut que l’on pourrait
trouver est la qualité globale de l’animation, supérieure aux série TV de l’époque, mais qui de
nos jours parait complètement désuette, tout comme la sonorité des musiques faites par clavier,
assez étonnantes au départ, mais s’intégrant malgré tout plutôt bien.
Oshii pose ici les bases de son travail sans réellement trahir l’oeuvre de base de Urusei Yatsura.
Tout comme dans cette série, on y rit, on assiste à des situations burlesques, mais il y a le petit
plus qui permet juste de différencier ce film d’animation des quatre autres films de Urusei Yatsura.
La touche Oshii en quelque sorte... Tout bonnement génial et attachant.
9/10
OLI :
Je me suis lancé dans l'aventure BEAUTIFUL DREAMER sur les conseils d'un ami et le seul nom d'Oshii. Certes je connaissais la série LAMU, pour ce qu'il en est passé sur nos chers écrans de télé il n'y a pas si longtemps encore. J'appréciais cette série, sans la suivre assidûment je dois le reconnaître. Dans le cas qui nous intéresse la présence d'Oshii Mamoru à la tête de ce long métrage m'invitait à penser qu'il y aurait sans doute quelque chose de plus par rapport à l'anime de base…et c'est en effet le cas. Le long métrage BEAUTIFUL DREAMER se démarque ainsi la plupart du temps de l'ambiance grotesque et loufoque de la série, pour nous offrir un véritable conte onirique, constamment tiraillé entre le réel et l'imaginaire.
BEAUTIFUL DREAMER est par conséquent un film intéressant à plus d'un titre, et pour vous donner une idée de son importance, sachez simplement que ses grandes lignes seront reprises et approfondies dans AVALON. On peut également penser, à la vue de quelques idées et scènes développées dans ce long métrage dédié à Lamu, qu'un certain Alex Proyas s'est peut être inspiré de certains détails avant de signer l'histoire de DARK CITY…
8/10
|
|