SCENARIO :
Japonais installé à Bangkok, Kenji mène une vie solitaire, seulement ponctuée par son travail routinier
de bibliothécaire et ses multiples – et infructueuses – tentatives de suicide. Un soir, son frère fait
irruption chez lui, accompagné d'un autre homme. Soudain, l'intrus dégaine une arme et tire à bout portant
sur son compagnon. Menacé à son tour, Kenji a juste le temps de s'emparer d'un revolver et d'abattre
l'assassin de son frère. Fuyant à travers la nuit, Kenji croise Noi, une jeune prostituée dont la sœur
vient d'être tuée dans un accident de voiture. Alors que tout les sépare, y compris la barrière de la
langue, ces deux êtres déboussolés vont apprendre à se connaître et, peut-être, à s'aimer…
COMMENTAIRES :
YUME :
Premier film de la société Bohemian Film Company, Last Life in the Universe est, coupons court
à tout suspens, une réussite totale. Il faut dire que ce film est l’adéquation parfaite de talents
divers et incontestables.
Derrière la caméra on trouve Pen-ek Ratanaruang, réalisateur talentueux de la nouvelle génération
thaïlandaise, et déjà responsable de 6ixtyNin9 ou Mon-rak Transistor. Son oeil est minutieux,
attentif aux détails, et arrive à faire passer la maison où se déroule la majeure partie du film
comme un personnage presque à part entière. Son talent est magnifié par le travail, encore et
toujours parfait, de Christopher Doyle en tant que directeur de la photographie. Leur travail
combiné donne alors l’ambiance si spécifique du film. Car Last Life in the Universe est un film
que certains trouveront lent. Mais c’est plutôt véritablement un film contemplatif qui laisse le
temps aux événements, aux gestes, aux regards, aux paroles. Une ambiance réellement envoûtante
se dégage alors de cette mise en scène subtile et tout en retenue.
On ressent le spleen, les joies, les hormones, les odeurs... et on se laisse bercer par cette
monotonie simple. Une simplicité qui reste finalement le maitre mot du film. Le vieil adage a
bien raison : c’est avec des ingrédients simples que l’on fait les meilleurs plats. Et la trame
du film applique cette phrase à la lettre. Car la relation entre les deux personnages se joue et
se noue par ses petites joies simples de la vie : la gentillesse, les regards, les sourires, les
conversations, les rires, tous ces petits rien qui sont le seul moyen de communication entre ces
deux êtres fragiles, déboussolés, qui vivent leur solitude à deux et à leur manière. Et le miracle
se produit aussi bien dans la trame que dans le ressenti du spectateur : l’alchimie entre ses deux
personne est palpable. Une magie qui n’aurait pas été possible sans le talent des deux acteurs
principaux : Sinitta Boonyasak en jeune fille touchante, au ton toujours juste, mais aussi et surtout
Asano Tadanobu tout en retenu subtile. Et pour finir de charmer le spectateur, Last Life in the
Universe est doté d’une bande son lascive, qui est à l’image même du film : envoûtante.
Pen-ek Ratanaruang signe ici sans conteste un film magistral, sensible, triste malgré ses moments de
joies simples. Et son succès critique est amplement mérité de festival en festival, car malheureusement
il est passé assez inaperçu dans son pays, éclipsé par la sortie du One Night Husband.
PS : certains trouveront sûrement bêtement que une des raisons de voir ce film est la présence de Takashi
Miike et Riki Takeuchi dans un cameo de Yakusa. Si c’est votre seule motivation pour voir ce film, s’il
vous plait passez vite votre chemin !
9.5/10
OLI :
LAST LIFE IN THE UNIVERSE est un film lent et contemplatif, et malgré le temps qui passe si lentement,
jamais l’ennui ne semble pouvoir gagner le spectateur. LAST LIFE IN THE UNIVERSE porte donc la marque
des grands réalisateurs, car Ratanaruang parvient à plonger son audience dans une intrigue assez simple,
qui ne compte pas de réels rebondissements, il parvient à titiller son intérêt et à le maintenir éveillé
pendant presque deux heures de film alors que l’histoire évolue peu, en tous les cas très lentement, et
que les lieux mêmes de l’intrigue se comptent sur les doigts d’une seule main.
Un jeune homme suicidaire, miné par des troubles obsessionnels compulsifs, semble possédé par un passé
flou qui ne refera surface qu’en des occasions si rares qu’il apparaît évident que le réalisateur a
souhaité jouer avec l’imagination du spectateur. Hésitant constamment entre rêve et réalité, entre
sens et inconscient, le personnage de Kenji va déambuler dans l’intrigue comme une âme en peine…ou
peut être plutôt comme un corps sans âme (une nouvelle fois les quelques indices donnés sur le passé
du personnage font croire que celui-ci a peut être subi quelques traumatismes).
Kenji parviendra-t-il à se réveiller ? Le souhaite-t-il ? Ce sont là, me semble-t-il, les principaux
enjeux du récit.
Ratanaruang nous livre donc ici un bon film, moins déjanté que son excellent petit thriller 6ixty Nin9,
mais bien mieux maîtrisé. Certes on sent parfois poindre, de ci de là, les ombres d’un Tarantino pour
le grotesque inattendu et violent, ou encore celle de Kitano et son sens si parfait de l’ellipse. Mais
si Ratanaruang a visiblement de glorieux modèles, il a également un style propre et intelligent qui fait
de lui un des réalisateurs du continent asiatique à ne surtout plus perdre de vue.
8/10
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