LUXURY CAR (2005)

A.k.a : Voiture de luxe A.k.a Jiang cheng xia ri
Genre : Drame
Durée : 1h28
De : Wang Chao
Avec : Tian Yuan, Wu You Cai, Li Yi Qing, Huang He
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SCENARIO :

La femme de Li Houming, instituteur de campagne, est sur le point de mourir. Avant cela, elle souhaite revoir son fils, parti à la ville, une dernière fois. Li part donc pour Wuhan. Là-bas, il retrouve sa fille Yanhong, escort girl dans un bar Karaoké. Celle-ci le présente à un ami policier qui accepte de l'aider dans ses recherches. Yanhong présente également son père à son petit ami, le propriétaire du bar et ancien taulard…


COMMENTAIRES :

LIMUBAI : Voiture de luxe, film de Wang Chao ayant obtenu le Prix un Certain Regard à Cannes 2006 semble avoir un double enjeu : celui de dépeindre avec un réalisme sobre mais toujours efficace la dégradation de la société chinoise mais aussi celui de reproduire à l'écran les non-dits enfouis en chacun de nous, ces non-dits dont nous avons tant honte et qui blesseraient de manière certaine les êtres chers qui nous entourent.

Sous prétexte d'une enquête menée par un vieil instituteur enseignant en milieu rural venu à la ville rechercher son fils disparu depuis des années, Voiture de luxe se révèle assez rapidement être le miroir d'une société dans laquelle un fossé s'est creusé entre les citadins aisés des quartiers chics et les gens modestes des milieux populaire ou rural. Cet écart, cette incompréhension sont palpables à travers les rapports entretenus par le père, Wu You Cai, et sa fille Yanhong (la magnifique chanteuse Tian Yuan), escort girl dans un bordel chic déguisé en karaoké géant, ou encore à travers les moyens de déplacement utilisés par les personnages selon leur condition sociale (le vélo ou la berline de luxe).

Wang Chao dépeint assez froidement la ville de Wuhan : le bruit des voitures, de la foule, les bâtiments délabrés, etc… Le jour, tout y est grisâtre, morne, sans espoir. L'ambiance si austère du dehors contraste nettement avec celle faussement joyeuse et colorée du karaoké. Cette chaleur artificielle semble agir comme une sorte de rempart protecteur sur Yanhong. Elle se sent peu à l'aise en ce lieu qui devrait la répugner mais aussi qui lui permet de survivre. Mais l'appât du gain est trop fort et fait voler en éclat son éducation et sa moralité acquises durant son enfance. L'argent a poussé Yanhong comme les autres jeunes femmes qui travaillent au karaoké à perdre leur âme, un phénomène qui en dit long sur une société à la dérive. Yanhong sort avec le patron, He Ge, un homme bedonnant qui roule en Audi (d'où le titre du film), sorte de truand devenu caïd et accessoirement proxénète. Yanhong est enceinte son amant à la moralité et aux activités douteuses avec toutes les complications et les conséquences qu'engendre cette grossesse.

Dans Voiture de luxe, le père symbolise le garant des valeurs traditionnelles. Il y incarne la droiture, l'honnêteté, la simplicité. Il fait toujours preuve de bienveillance envers sa fille, même lorsqu'il a fini par deviner ce qu'elle ne lui avoue pas. D'ailleurs, les relations entre le père et sa fille sont magnifiquement filmées, elles transpirent l'amour, la compassion, la volonté de ne pas froisser l'autre malgré ses mensonges, malgré ses mystères ; elles sont empruntes de mélancolie qu'un simple regard du formidable Wu You Cai rend immédiatement touchante.

D'ailleurs, derrière sa caméra, via des cadrages et des éclairages qui pourraient s'apparenter au travail d'un peintre ou d'un photographe, Wang Chao s'évertue à magnifier les non-dits, les silences, les regards afin de faire ressentir ardemment au spectateur les émotions que ressentent les personnages. Ainsi, l'amour, la culpabilité, le désarroi, ces sentiments humains qui nous sont si familiers et qui, joués par les formidables acteurs du film finissent par toucher droit au coeur …

Voiture de luxe matérialise le décalage ressenti par Wang Chao face à cette Chine des individualismes, des inégalités, de la criminalité. Pourtant, si on sent bien que le cinéaste croit à la rédemption et à l'espoir, on ne peut que ressortir empli de tristesse et de mélancolie de cette expérience. 7.5/10