MEMORIES (1995)

A.k.a : -
Genre : Anthologie d'animation
Durée : 1h50
De : Morimoto, Okamura, Otomo
Avec : -
Vidéo 1.85:1 - 16/9 compatible 4/3
Audio Japonais - Dolby Digital 5.1
Français - Dolby Digital 5.1
Sous-Titres Français amovibles
Arabe amovibles
Danois amovibles
Anglais amovibles
Finois amovibles
Norvégien amovibles
Suédois amovibles
Bonus - Documentaire " Memories of Memories " (26')
- Livret illustré
- Bandes annonces
Présentation Menus fixes muets
Chapitrage
Edition Gaumont Columbia Tristar
Format PAL
Zone 2
Prix Conseillé 21.99 €
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SCENARIO :

Magnetic Rose : un vaisseau spatial capte un signal de détresse provenant d'une épave gigantesque en forme de rose. En y entrant, ils se retrouvent dans l'antre d'une ancienne diva dont les souvenirs hantent le lieu.
Stink Bomb : un employé d'une compagnie pharmaceutique avale par erreur une gélule destinée à l'usage militaire. Il se transforme en arme bactériologique invincible.
Cannon Fodder : la journée d'une famille vivant dans une cité organisée autour d'une unique activité : tirer des obus de canon sur un ennemi invisible.


COMMENTAIRES :

YUME : Memories est un projet né de l'imagination de Otomo, le pere d'Akira. Constitué de 3 sketches indépendants dont le seul point commun semble être la qualité technique et scénaristique.

Magnetic Rose. Réalisé par Morimoto, le génial créateur du Studio 4°C. C'est le seul sketch de Memories à être basé sur une histoire existante, à savoir un manga très court de Otomo (publié dans l'anthologie d'Otomo). Mais là où le manga d'origine se révèle succinct, Magnetic Rose est d'une rare densité.
En effet le scénario global est complexe, mais réussit l'exploit de ne pas perdre le spectateur en route dans cette sublime variation à la croisée du film de maison hantée et de 2001 l'Odyssée de l'Espace, dont la rose reste la thématique, de la forme du vaisseau, aux pétales, en passant par l'omniprésente couleur rouge sang, mais aussi les objets fanés qui tombent en poussière comme un simple souvenir périmé et flétrit dont tout le monde se moque. Des souvenirs que pourtant quelqu'un ne veut pas oublier, et s'amuse à les mettre en scène. D'ailleurs le titre japonais du sketch, Kanojo no omoide, annonce beaucoup mieux le thème principal : Ses souvenirs à Elle.
Souvenirs d'une diva du temps passé qui hantent littéralement le vaisseau spatial : portraits multiples, musiques classiques, décors baroques rappelant celui d'un opéra gigantesque, mais aussi apparitions, délires fantasmagoriques créés de toutes pièces par un ordinateur devenu fou, à moins que cela ne soit par l'esprit même de la diva. Une question laissée sans réponse, à l'instar du film 2001 dont le plus grand point commun avec Memories reste l'emploi de musiques classiques grandioses s'intégrant parfaitement dans le thème et l'action. A la barre de cette musique, Yoko Kanno elle même, qui s'amuse à jouer avec une réinterprétation de l'opéra Mme Butterfly auquel elle ajoute des compositions symphoniques de son cru qui subliment un anime à la qualité technique qui frôle la perfection, avec une mise en scène inspirée, une animation fluide mais aussi une intégration de la 3D bluffante (on était en 1995, et la 3D est totalement intégrée). Il ne reste plus qu'a faire comme les héros de l'anime : succomber au magnétisme implacable de ce vaisseau en forme de rose.

Stink Bomb. Réalisé par Okamura. Il est presque évident qu'a la fin du spectacle grandiose qu'est Memories, vous vous demanderez pourquoi un tel sketch que Stink Bomb. En effet, l'anime détonne, pris en sandwich entre deux pièces majeures de l'animation japonaise, ce qui ne veut pas dire qu'il soit mauvais. Bien au contraire. Mais Stink Bomb joue sur un autre registre : l'humour noir (surligné par une musique criarde). Le sketch entier est construit autour du périple burlesque d'un employé naïf, au thème immensément grave : les armes chimiques et biologiques, et l'irresponsabilité des scientifiques et des militaires (avec au passage un écorchage dans les règles des américains). Mais ici, tout semble dédramatisé par une forme en total décalage et opposition. Car il est impossible de ne pas rire de cette histoire incroyable faite de poursuites et explosions.
Même la mort ne semble pas si grave que cela, car en plus d'annihiler toutes vies animales, le virus accélère le développement de la vie végétale, créant un décor de monde apocalyptique hanté de cerisiers en fleurs et de tournesols. Des images d'une rare beauté, de la nature reprenant ses droits. En fait, le problème de Stink Bomb vient de là : cette dérision permanente qui ne se marie pas avec Magnetic Rose et Cannon Fodder. Pris à part, il ne fait aucun doute que le sketch de Okamura est un véritable petit bijou à la qualité technique surprenante, et au thème subversif (on n'est pas loin de Roujin Z). Mais il n'a pas grand chose à faire dans Memories dont il casse le rythme. Volonté de Otomo ? Sûrement, histoire d'aménager une pause, comme dans tout bon spectacle qui se respecte. Mais malheureusement Stink Bomb ne passe pas l'examen d'une seconde vision. Immédiatement jouissif à la première vision, il devient morne à la seconde. C'est peut être là sa plus grande faiblesse.

Cannon Fodder. Réalisé par Otomo lui meme. Le plus court des 3 sketch, 22mn qui passent à la vitesse de la lumière, rendant l'expérience Cannon Fodder horriblement courte, mais immensément jouissive. Comment décrire ce sketch ? Tache ardue tant l'originalité est le maître mot.
Imaginez une ville dont les toits sont parsemés de canons géants que les habitants vénèrent comme des dieux. Des dieux de la destruction qui tirent sur l'Ennemi, un ennemi invisible, fantomatique. Mais qu'importe, personne ne se pose de questions, puisqu'il faut que chaque jour les détonations se fassent entendre. La société tout entière, complètement déshumanisée, est tournée vers le bien des canons. L'ambiance dénuée de tout humour est terrifiante, Otomo arrivant au paroxysme de ses thématiques noires : des pantins inconsistants ont comme activité la guerre, même sans ennemi. Le thème fait froid dans le dos, et fait penser à 1984 ou au meilleur des mondes. Une société où la logique est de tirer des obus. Des zombies qui repentent jour après jour cette tache absurde, mais gratifiante. Un cycle sans fin dont Otomo ne montre qu'une journée, une journée qu'on imagine être la même jour après jour.

Mais outre ce fond extraordinaire, Cannon Fodder est aussi un défi technique hallucinant, au service total des thèmes. Ainsi les personnages sont plats, en 2D, pour surligner leur déshumanisation, leurs traits et contours sont hachés, leurs yeux sont vides. Le style est d'ailleurs proche de celui de Tardi, en tous cas à l'opposé du style manga. Les décors quant à eux sont métalliques, gigantesques, froids, sombres, torturés, sales et leurs détails sont tous voués à rappeler les canons, ces dieux métalliques les dominants (la ville se rapproche beaucoup de celle de Metropolis de Lang, avec ses montées d'ouvriers allant travailler). Même la musique de fond est faite de bruits métalliques, pour une immersion totale. Dernier point important de Cannon Fodder, et pas des moindres : l'anime tout entier n'est qu'une suite de longs plans séquences. Un défi technique ahurissant, relevé avec brio car d'une fluidité et lisibilité totale. Et pourtant il a du falloir un énorme travail aux personnes en charge des décors pour y arriver.
N'ayons pas peur des mots forts, Cannon Fodder est tout simplement un chef d'oeuvre. Preuve, pour ceux qui en douteraient encore, que Otomo est un maître de l'Animation, avec un grand A. 9/10


GALLY :
MAGNETIC ROSE : En 2092, un vaisseau composé de quatre membres d’équipage intercepte un message de secours. Ils vont alors porter secours au vaisseau en détresse en plein champ magnétique. A l’intérieur, d’étranges phénomènes se déroulent et tout semble à penser que le vaisseau est habité par la mémoire d’une cantatrice.

Comment prouver son existence si ce n’est par celle des autres ? L’amour peut-il survivre à la mort ? A-t-on besoin des autres pour vivre ? Telles sont quelques une des questions que soulève « Magnetic rose ».

Sûrement le plus poétique des trois animes. M. Otomo est bien présent et ça se ressent sur les graphismes surtout sur les personnages. L’animation est très belle et sans défaut. Les dessins de toute beauté, nous plongeant dans le mémoire de la cantatrice sans problème. Le choix des couleurs est très bien rendu, des couleurs claires et vives pour la partie rêve et des couleurs sombres et ternes pour la réalité, nous posant cette question, vaut-il mieux vivre dans une réalité morose ou se réfugier dans ses rêves magnifiques ?
A souligner, la sublime narration de M. Satochi Kon (Perfect blue et Millenium actress) qui confirme bien son excellence dans ce domaine.

STINK BOMB :
M. Tanaka travaille dans un laboratoire. Enrhumé, on lui conseille de prendre une capsule rouge contenu dans un bocal bleu dans le bureau de leur directeur. Ceci fait, il s’endort, mais lorsqu’il se réveille, c’est pour constater la mort de tout le personnel du laboratoire.

Sévère critique des recherches de l’armement chimique, Stink bomb (la bombe puante, le titre est assez explicite) nous montre, de façon assez humoristique, les risques liés à la recherche et à l’utilisation des armes chimiques. L’anime démontre également la bêtise de l’emploi de la force au lieu du dialogue pour désamorcer une situation de crise.
L’anime nous rappelle également que, même si l’homme se détruit, la nature survivra.

L’animation est fluide et volontairement d’un style « commun » afin de toucher le plus grand nombre de personnes.

CANNON FODDER :
Cannon fodder nous emmène dans un monde où les armes sont totalement intégrées dans la vie commune. Tout le travail soit pour les fabriquer soit pour les faire fonctionner. Mais seul un homme en uniforme (de cérémonie) militaire rappelant les dictateurs les utilise.
Nous remarquons également l’écriture qui se rapproche beaucoup de l’alphabet cyrillique, et aussi les deux « s » fait à la manière des SS.

Cette fois ci, c’est le totalitarisme qui est pointé du doigt. Sans parti pris, M. Otomo nous livre sa vision de la dictature, une population prisonnière de la propagande et une recherche insensée de l’accroissement du nombre d’arme.

Les couleurs sont fades et sans vie, seul le rouge du canon est éclatant renforçant sa domination sur la vie dans la ville. L’animation est toujours impeccable. Notons, la magnifique précision des mécanismes du canon.


Memories est un chef d’œuvre de l’animation japonaise. Je le recommande vivement à tous. -/10