SCENARIO :
Shun et son frère Kei jouent ensemble dans les rues de Nara. Shun rentrera pourtant seul chez ses parents, on n'entendra alors plus jamais parler du jeune Kei.
Quelques années plus tard, Shun est un adolescent intéressé et cultivé, mais qui n'a toujours pas oublié. Un policier frappe alors un jour à la porte de la maison familiale. Kei a été retrouvé…
COMMENTAIRES :
YUME :
Troisième film de Naomi Kawase, caméra d’or à Cannes en 1997 pour Suzaku, Shara se déroule
exclusivement comme ses précédents opus dans sa ville natale de Nara, ancienne capitale
impériale japonaise, et en utilise une partie de son folklore particulier.
Si il y a un gros reproche à faire à Shara, c’est son rythme presque plat, contemplatif.
Mais dans Shara, ce rythme se cale parfaitement à l’ambiance caniculaire sévissant sur
Nara durant l’été, mais aussi et surtout au propos de la réalisatrice. Car Shara ne fait
pas partie de ces films bavards, tout passe plutôt par des non-dits et des explosions
d’émotions souvent de façon violente. Malheureusement, ce déroulement lent du film pourra
provoquer un réel assoupissement du spectateur qui ne saisira pas ou n’accrochera pas à
cette tranche de vie tout en finesse et émotion d’une famille normale qui n’arrive pas à
exprimer par des mots sa détresse profonde.
Pourtant Naomi Kawase brosse des portraits psychologiques et relationnels qui sonnent juste.
En effet le personnage principal du film, Shun, est extrêmement marqué par la disparition
soudaine de son frère des années auparavant et n’arrive pas à exprimer son mal-être face à
cet événement. Il lui faudra une peinture, et la fête du Basara pour que cela sorte enfin.
Cette fête ancienne, en plus d’être le détonateur psychologique, est une véritable explosion
rythmique qui sort le spectateur de sa léthargie contemplative.
Pur moment de bonheur sur fond de musique tribale rythmée au tambour et aux voix, à la chorégraphie
nerveuse (l’actrice principale est de plus danseuse de formation), aux costumes colorés, cette fête
apporte une énergie immense au film. L’énergie des émotions qui sortent enfin. Puis tout retombe,
mais la malaise n’est plus là. Et Naomi Kawase n’a plus qu’à lentement éloigner sa caméra des rues
de Nara sur une note finale de bonheur
8/10
OLI :
Troisième film de Kawase Naomi et troisième réalisation puisant ses racines dans la région de Nara. Originaire de ce qui a été la première capitale fixe du Japon, Kawase Naomi nous dépeint cette fois ci Nara avec une tendresse qui crève l'écran. Regardez le film en hiver et SHARA pourrait fort bien réchauffer votre intérieur, tant sa chaleur, humaine et naturelle, irradie constamment l'écran.
Loin d'user des beautés architecturales de Nara (qui dispose quand même de trésors uniques au monde, notamment le Tôdai Ji), Kawase Naomi nous conte ici la vie toute simple des gens de la vieille ville, faite de multiples ruelles qui s'enchevêtrent les unes sur les autres, et de centaines de maisonnées. Nara c'est aussi cela : un visage vrai et authentique, loin des allées bétonnées des mégalopoles nippones.
Au sein de ces habitations, aux cotés de leurs habitants, nous respirons. Tout simplement. La réalisatrice étire ainsi son film de telle manière qu'elle nous oblige à prendre notre temps. Oui, pendant un peu plus d'une heure et demie, nous avons l'étrange impression d'habiter à Nara. On aurait presque envie, parfois, de fermer les yeux et de rêvasser…et prolonger ainsi le si doux voyage proposé par Kawase Naomi.
Un voyage parfois léger oui, mais également très lourd de sens. Fortement ancré dans les croyances locales (le rapt d'enfants par des divinités) et dans le simple quotidien des habitants de Nara (les artisanats, la fête de Basara…), SHARA distille de nombreuses variations sur des thèmes délicats : la perte d'un enfant, le deuil, l'adoption, le premier amour, l'affirmation de soi… A ce titre, la scène de danse est parfaitement révélatrice de cette affirmation, comme une libération. Shun et la jeune Yu y apparaissent pour la première fois plus légers. Le premier commence enfin à apprendre à vivre avec son deuil, la seconde a pris conscience de la valeur d'un amour maternel. Une autre scène clef est celle de l'accouchement. Si elle m'a tout d'abord laissé perplexe, il faut bien avouer qu'à la fin, la réalisatrice réussit son pari : transmettre des rires et des sourires, par le biais d'un nouveau souffle de vie. Une scène particulièrement réussie donc, en partie grâce à l'abnégation de Kawase Naomi, qui pour retranscrire la réalité des évènements au plus près avait assisté à un accouchement comme celui-ci dans une maison de la banlieue de Nara.
La vérité, certes toute simple, semble donc être le mot d'ordre de la réalisatrice pour retranscrire sa ville comme elle-même la voit, la vit.
Kawase Naomi avait déjà réalisé, en parallèle à ses trois films, quelques documentaires. On sent bien évidemment sur ce film-ci sa patte documentaliste, son œil avisé nous faisant vivre et regarder la ville de Nara comme vous ne la verrez sans doute jamais ailleurs. A moins de fouler ses ruelles du pied, à moins peut-être aussi de prendre le temps de vous attarder sur le reste de la filmographie de la réalisatrice japonaise. Malgré tout, Kawase Naomi ne se contente pas de distiller ici de simples regards vides sur sa ville. Comme je l'ai déjà précisé, plusieurs thèmes très profonds et traités simplement mais très intelligemment parsèmeront votre parcours dans la ville de Nara. Lieu de vie, de peine, de joie mais aussi de mort. Ronger ses regrets ne mène visiblement à rien, il faut apprendre à voir plus haut, plus loin. A l'image du dernier plan du film SHARA. Indiscutablement vivant.
Si New-York a son Scorsese, si Tokyo avait Ozu Yasujirô, et bien à présent la ville de Nara peut se vanter d'être représentée par Kawase Naomi. Qui réussira inévitablement à vous la faire aimer.
8/10
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