THE TASTE OF TEA (2004)

A.k.a : Cha no aji
Genre : Rêverie familiale
De : Katsuhito Ishii
Avec : Tatsuya Gashuin, Satomi Tezuka, Tomakazu Miura, Maya Banno, Takahiro Sato, Asano Tadanobu, IkkiTodoroki, Tomoko Nakajima, Anna Tsuchiya, Emi Wakui, Hideaki Anno, Tsuyoshi Kusanagi, Susumu Terajima
Vidéo 16/9
Audio Japonais - Dolby Digital 5.1
Japonais - Dolby Digital 2.0
Sous-Titres Anglais amovibles
Bonus DVD 1 :
- Trailers
- Spots TV

DVD 2 :
- Présentation du film
- Making of et interviews (1h30)
- The Taste of Tea à Cannes (35')
- Dessin animé avec crédits
- Avant première du film au Japon (17')
- Bandes annonces de The First Contact

DVD 3 :
- Making of (2h31)

4 livrets d'illustrations
Présentation Menus animés musicaux
Chapitrage
Edition Big Time Entertainment
Format NTSC - 3 DVD
Zone 2
Prix Conseillé 40 €
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SCENARIO :

Les destins croisés de la famille Haruno, qui vit dans une petite ville isolée dans la montagne. Hajime, lycéen timide, est amoureux d'une nouvelle camarade de classe. Pour elle, il va devenir un as du jeu de go. La petite Saichiko, huit ans, voudrait faire disparaître son double géant qui semble la surveiller derrière son dos. La mère, Yoshiko, dessine des films d'animation et va rencontrer le succès sur le tard. Son mari, Nobuo, pratique l'hypnotisme. Le grand père excentrique amuse tout le monde. Enfin, le frère de Yoshiko vit plusieurs rencontres étranges, ou en invente une partie, tellement elles sont difficiles à croire. Il est déprimé suite à une rupture et accepte de faire le mixage d'un disque que veut enregistrer son frère.


COMMENTAIRES :

BUNMAN : Katsuhito Ishii nous propose de suivre la vie d'une famille particulière les "Haruno". Ils vivent dans la campagne, entourés par des montagnes. Un peu à la manière de Isao Takahata avec "Mes Voisins les Yamada", Katsuhito Ishii, nous dresse le portrait de cette famille pour le moins iconoclaste en employant le même type de narration que Takahata Isao, on n'a pas vraiment d'histoire mais des histoires, des scénettes ou plutôt des tranches de vie des 5 personnes qui constituent cette famille.

Saichiko (Maya Banno), la jeune fille d'une dizaine d'année, a comme principal soucis : faire disparaître son double géant qui la suit comme une ombre et dont elle voudrait bien se débarrasser (on pense immanquablement à Mon voisin Totoro, pour le coté grand personnage prévoyant qui est là silencieux, ce n'est pas le seul clin d'oeil à l'univers de Hayao Miyazaki, mais j'y reviendrai plu tard).

Hajime, le grand frère de Saichiko, qui connait les premiers amours adolescent et qui doit pour cela vaincre une timidité maladive (ce qui nous vaut des moments de comédie extrêmement proche de l'univers du manga, avec des personnages comme ceux du collège fou fou fou).

Yoshiko, la mère, est dessinatrice pour animé, ou plutôt artiste graphique et ses dessins servant de base à des animations. Elle suit le chemin du grand père qui est un grand nom de l'animation Japonaise et qui est toujours proche d'elle pour lui donner des conseils et surtout pour lui montrer des mouvements (d'ailleurs le personnage du grand père est un véritable bonheur, personnage lunaire dans son monde mais qui fait surface parfois afin d'aider sa belle fille, il fait immanquablement penser au personnage de Tortue géniale (si c'est comme ça que le personnage s'appelle), un viel homme hirsute complètement loufoque, avec son diapason pour se donner le la, et toujours près à prendre de formidables poses Sentaï).

Nobuo, le père, qui est médecin et qui pratique une médecine douce : l'hypnose, c'est une personne tout en silence, chef de cette famille iconoclaste et toujours prés à user de son art pour faire passer un bon moment à sa famille (séance d'hypnose familiale tout simplement fabuleuse).

Tadanobu Asano interprète l'oncle des petits, le frère de Yoshiko, c'est un ingénieur du son qui est venu faire un break dans sa famille, histoire de se ressourcer un peu et de se remettre d'une rupture. Tadanobu Asano joue le rôle de grand frère pour les deux petits toujours là pour leur raconter des histoires plus ou moins vraisemblables qui lui seraient arrivé. Il va faire la rencontre de personnages tout aussi déjantés : un Yakuza base-baller qui s'entraîne avec des pierres, un illuminé qui vit sur les bords du fleuve, et qui passe sa journée à prendre des poses comme s'il exécutait un mix de kung Fu et de danse contemporaine.

Tout ce beau monde vit dans une maison, qui est aussi un personnage à part entière dans cette histoire, on pense tout de suite à la petite maison dans laquelle emménage la famille dans mes voisins Totoro. Située et présentée de la même manière, c'est une maison où règne une quiétude et une sérénité, elle est situé en rase campagne mais côtoyé par un immense arbre. Toute la famille se retrouve souvent sur le pas de la porte pour partager un moment de silence et une tasse de Thé (d'ailleurs qui est toujours présent pour ponctuer les moments importants du film)

Katsuhito Ishii nous livre un film d'une incroyable poésie, qui prend sa source dans l'univers d'Ozu (pour l'ambiance, les moments hors du temps), dans celui de Miyazaki (pour la représentation de la campagne, de la montagne, pour tout ce qui entoure cette famille, pour l'amour de la nature, d'ailleurs le grand père et le frère de l'oncle feront une chanson en hommage à la montagne en général, ce qui vaudra un des moments les plus drôles du film). On pense aussi à Isao Takahata, pour la peinture de la famille et la structure même du film. En effet, il n'y a pas réellement d'histoire et sur 163 minutes cela aurait pu paraitre laborieux et longuet, il n'en n'est rien, on suit ces tranches de vie, qui toutes s'imbriquent les dans les autres et font un tout.

Le goût du thé (The Taste of Tea) est un formidable mix de beaucoup de chose (culture pop, univers Manga, etc) absolument pas indigeste, qui se fond ensemble pour former un film d'une extrême poésie.

A découvrir immanquablement. 9.5/10


YUME : Il est rare de voir débarquer un réalisateur aussi intéressant que Katsuhito Ishii. En deux films, ce jeune animateur venu au cinéma live a instantanément gravé sa marque personnelle au panthéon du cinéma japonais. Cela semble exagéré ? Pourtant il suffit de voir Shark Skin Man & Peach Hip Girl ou bien Party 7 pour constater que Katsuhito Ishii est un réalisateur à part, signant des films décomplexés, arrosés de culture pop et de manga. Extrêmement inventif, ses deux précédents films pouvaient cependant pécher par leur folie dispersive. Mais on découvre avec ce Cha No Aji, un Katsuhito Ishii plus posé et contemplatif.

The Taste of Tea sonne de premier abord comme un film de Ozu. Mais Ozu et Ishii n'ont rien de comparable, et seul le thème de l'étude familiale peut encore rapprocher les deux réalisateurs. Pourtant, là où Ozu s'employait à rendre un reflet réaliste, Katsuhito Ishii va s'emparer des cotés fantasques et rêveurs des personnages de son film, et les mettre en scène sous forme de petites histoires. Il n'y a donc pas réellement de structure narrative solide au film, mais plutôt un enchaînement de scénettes présentant des tranches de vie coté rêverie et surtout enfance.
Car s'il est un point commun entre tous les personnages, c'est bien le thème de l'enfance. Chaque personnage, du plus jeune au plus vieux, semble vivre dans un monde merveilleux vu au travers leurs yeux d'enfants. S'émerveillant d'un rien, profitant pleinement des joies immédiates, laissant leurs envies prendre le dessus, les membres de la famille Haruno ont vraiment ceci de singulier qu'aucun ne semble connaître les problèmes d'adultes, même les plus directement concernés. Il en résulte un film assez hors du temps, plus proche d'un Japon rêvé que réel, un peu comme à la manière d'un film comme Mon Voisin Totoro de Miyazaki, prenant en outre le même cadre campagnard perdu dans le Japon provincial. Une campagne montagneuse, sauvage et verdoyante dont le choix judicieux permet une véritable isolation géographique mais aussi temporelle de l'action. Une isolation qui peut aussi s'appliquer à chaque personnage, chacun étant enfermé dans son monde imaginaire.

D'ailleurs les relations entre les protagonistes sont rares et peu volubiles, donnant une sensation d'autisme général. Mais loin d'un autisme médical, celui des personnages de Cha No Aji est avant tout une plongée directe dans des mondes imaginaires, terrain à toutes les fantaisies et terrain rêvé pour un Katsuhito Ishii qui peut une fois encore laisser libre court à ses idées les plus folles. Et c'est sous forme de petites histoires que le film va s'attacher à présenter le monde fantasque de la famille vue par Katsuhito Ishii.

Nous avons tout d'abord le couple, formé d'un père médecin pratiquant l'hypnose, et d'une mère dessinatrice et animatrice qui reprend le travail après une longue pause professionnelle. Si le premier est le personnage le moins intéressant du groupe familial car peu décrit et utilisé, malgré quelques passages le posant d'office comme quelqu'un de calme et respecté, le mère de famille, quant à elle, est une figure qui permet à Katsuhito Ishii de revenir à certains moments vers ses premières amours : l'animation. Et conjugué aux apparitions du grand père, le travail de la mère prend une dimension spectaculaire. Car ce dernier est un véritable monument, pivot de la famille certes, mais aussi du film tout entier. Personnage illuminé, toujours joyeux et plein d'entrain, le grand père reste le personnage le plus attachant du film, dont les occupations majeures se résument à prendre des pauses typées sentai pour sa fille, rejouer des séries animées avec son petit fils, faire vibrer son diapason, et chanter. Bien sur, la réussite du personnage tient en grande partie à la performance incroyable de Tatsuya Gashuin, acteur fétiche de Katsuhito Ishii qui confirme ici son talent de comique à la gestuelle indescriptible.
Viennent ensuite le fils et la fille, respectivement en plein émoi sentimental propre à l'adolescence, et poursuivie par un double géant et gênant qui épie les moindres faits et gestes. Le regard porté sur ces deux personnages est d'une tendresse et drôlerie extrême. En une seule scène d'une simplicité confondante, The Taste of Tea plonge le spectateur en plein centre du tourbillon qui dirige la pensée d'un jeune homme amoureux grâce à un retour d'école en vélo. Un moment magistral, tout comme l'est l'idée du double géant de la petite Sachiko, qui essaie par tous les moyens de se débarrasser de ce dernier, métaphore de la fin de la petite enfance.

Autour de ce noyau central familial gravitent des personnages tout aussi étranges comme les deux oncles, l'un ingénieur du son et le second mangaka chanteur, personnages complètement opposés. Mais on retrouve aussi des apparitions fugaces de cosplayeurs, de danseur, d'une assistante mangaka allumée et violente et de yakuzas, galerie insensée mais parfaite qui complète avec bonheur le petit monde de Cha No Aji. Surtout que comme à l'accoutumée, Katsuhito Ishii a su s'entourer d'acteurs parfaits. Hormis Tatsuya Gashuin déjà cité, nous retrouvons le second acteur fétiche du réalisateur, Asano Tadanobu, dans un rôle tout en finesse.
Mais le film est surtout l'occasion de découvrir deux jeunes talents, Takahiro Sato dans le rôle du fils et Maya Banno dans celui de la fille. Cette dernière est époustouflante de talent, et c'est sans surprise que Katsuhito Ishii fait appel à elle pour son prochain film. Et que serait un film de Katsuhito Ishii sans tous ses petits rôles fugaces tenus par des personnalités ? Cha no aji ne failli pas à la règle et nous fait le plaisir de rassembler, entre autres, Susumu Terajima en yakuza à l'étrange couvre chef, Tsuyoshi Kusanagi en assistant ingénieur du son, et Hideaki Anno en directeur de studio d'animation.

Mis à part des castings qui laissent rêveurs le fan de cinéma japonais, l'autre marque de fabrique de Katsuhito Ishii est ce mélange omniprésent entre cinéma et animation. On le sait tous, Katsuhito Ishii est tout d'abord un animateur venu par la suite à la réalisation live, mais qui a su créer une recette homogène entre cinéma traditionnel et visuels ou idées propres à l'animation. Cha No Aji est donc rempli de toutes ses petites trouvailles visuelles et narratives qui le rendent si particulier. Citons en vrac le double géant de Sachiko, un train qui traverse le front de Hajime, une scène d'animation, une chanson hypnotique et drôle, des cosplayeurs se mettant en scène dans un train, une éclosion de tournesol, un joueur de baseball surhumain, un balayeur faisant des katas. Mais ce qui est étonnant c'est cette fascination du réalisateur pour le mouvement.
Katsuhito Ishii retravaille en live l'essence même de l'animation en prenant un plaisir certain à filmer le mouvement plutôt que la personne en elle-même. Cela donne des moments étranges comme les poses typées sentai du grand père, ou bien la scène avec le danseur sur la plage. Le style Katsuhito Ishii trouve en tous cas ici une véritable maturité, servi par une réalisation dont le classicisme apparent est contrebalancé par la constance de ses petits éléments devenus leitmotiv. On pourra certes critiquer quelques longueurs ou l'emploi d'effets digitaux, mais sur sa durée The Taste of Tea est d'une homogénéité extrême, et un film qui ne souffre d'aucuns défauts majeurs (voire mineurs).

Avec cette plongée dans l'imaginaire d'une famille, Katsuhito Ishii signe un film tendre, drôle et poétique qui a le mérite de faire naître un sourire sur le visage du spectateur. Pas un de ses sourires fugaces, mais plutôt un sourire de béatitude. Un exploit rare. 9.75/10