TRAVELLERS AND MAGICIANS (2003)

A.k.a : Voyageurs et Magiciens
Genre : Leçon humaniste
Durée : 1h48
De : Khyentse Norbu
Avec : Tshewang Dendup, Deki Yangzom
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SCENARIO :

Au royaume bouddhiste du Bhoutan, niché au plus profond de l’Himalaya, deux hommes veulent changer leur vie si ordinaire à leur yeux. Dondup, un homme cultivé qui a étudié à l’université, préférerait faire les vendanges aux Etats-Unis plutôt que de continuer à travailler comme fonctionnaire du gouvernement dans son village perdu dans les montagnes. Tashi, un jeune paysan étudiant la magie, ne veux pas non plus passer le restant de ses jours dans son village. Un jour, au même moment, les deux hommes décident de partir chacun de leur côté…


COMMENTAIRES :

YUME : Le Bhutan est un pays enclavé dans la chaîne himalayenne, et qui est accessible aux touristes, les visas n’étant distribués qu’au compte goutte. Pays rural, montagnard, ancré dans ses traditions bouddhistes, le Bhutan ne se laisse que peu transparaître. C’est donc tout d’abord la curiosité cinématographique qui pousse à aller voir Voyageurs & Magiciens où on découvre un pays sauvage, splendide, verdoyant. Mais en plus du plaisir visuel évident, le film nous sert surtout une histoire simple et touchante, pleine de sagesse. Un message universel, bien sur bouddhiste, mais simplement non clairement religieux.

Le film est aussi une surprise technique, tant la qualité de la photographie est incroyable. Formé auprès de Bertolucci lors de Little Buddha, Khyentse Norbu montre une véritable maîtrise de réalisation, arrivant à imprimer une réelle ambiance, surtout lors des scènes contant l’histoire du jeune magicien (onirique et fantastique).

Voyageurs & Magiciens est véritablement un conte enchanteur, une réelle surprise cinématographique humaniste. 8.5/10

LOLOP4 : Quatre ans après le très rafraîchissant La Coupe, c'est avec un plaisir non dissimulé que l'on retrouve, pour son deuxième film, Khyentse Norbu. Ce dernier a révélé au monde entier la production cinématographique du Bhoutan qui reste un pays mystérieux et méconnu.

Voyageurs et Magiciens raconte deux histoires qui s'entremêlent :
Dondup, un fonctionnaire originaire de la ville fraîchement débarqué dans un village perdu, ne rêve que de s'exiler en Amérique, et le jeune Tashi, étudiant en magie, qui est en mal d'excitation et ne pense lui aussi qu'à s'évader de son village.
Dondup adopte un look extravagant (baskets blanches étincelantes et cheveux longs aux pays des moines bouddhistes). Il avance laborieusement en autostop accompagné d'un groupe de villageois au rythme des très rares camions ou tracteurs qu'il croise sur sa route. De son côté Tashi lui se retrouve perdu en pleine nature et finit par revenir malgré lui à son point de départ.

Voyageurs et Magiciens est donc un road movie qui avance au ralenti voir fait du surplace. On retrouve l'atmosphère de ces régions reculées où chaque kilomètre à parcourir peut prendre des heures, au rythme des chants bouddhistes. On est à mille lieux de l'univers ultramoderne des grandes villes riches et distrayantes recherchées par nos deux voyageurs. On découvre ce Bhoutan aux paysages époustouflants, sa culture préservée et sa population attachante. On retrouve une galerie de personnages représentants diverses facettes du pays. Chacune des rencontres de Dondup sera une raison supplémentaire de rester au Bhoutan indiquant que le bonheur est finalement à portée de main.

Khyentse Norbu nous dépeint une fois encore un Bhoutan préservé mais pas coupé du monde extérieur avec la présence discrète des médias et de la culture occidentale. On alterne musique rock et chants bouddhistes. Se succèdent camionnettes sans âges et 4x4 modernes. On repense forcément à La Coupe qui montrait de jeunes moines davantage passionnés par la coupe du monde de football que par la prière. Malgré les idées reçues, les monastères ne sont pas des lieux fermés sur le monde mais des espaces d'échanges et d'ouverture où l'étranger sera toujours le bienvenu.

De plus, Voyageurs et Magiciens est sobrement bien réalisé. Chaque séquence prend le temps de se poser dans un cadre immense. Pas de plans épileptiques. Pas de surdécoupage. On reste dans la simplicité formelle qui se calque sur la simplicité de l'histoire et de ses personnages. La photographie est elle aussi très soignée et fait honneur à la beauté des paysages montagneux et à la diversité des couleurs chatoyantes de l'univers monastiques.
L'interprétation est remarquable de naturel et on oublie rapidement que l'on regarde un film pour se sentir en train de voyager au cœur du Bhoutan. Dondup qui a toutes les caractéristiques d'un personnage antipathique fini par être attachant. Sans qu'il ne dise quoi que ce soit, on arrive à percevoir ce qu'il a réellement dans le cœur, et que la vie qu'il recherche sera finalement près des siens. A quoi bon se moquer d'un cultivateur de pommes si c'est pour faire la même chose à des milliers de kilomètres de ses racines, juste pour l'argent. Car l'argent est presque inutile et futile dans cette vie de simplicité.
Pour toutes ces qualités, Khyentse Norbu mérite que l'on s'intéresse à ses films et à son pays, autant que les personnages de ses deux réalisations actuelles s'intéressent au monde extérieur. 8.5/10