SCENARIO :
Jeong-won prend un soir le métro pour se rendre à son nouvel appartement où il va emménager avec sa fiancée. Deux petites filles s’assoient à côté de lui. Scène des plus anodines. Le soir même, il découvre les deux petites, mortes calcinées, apparaissant dans son salon. Travaillant à la restauration d’un cabinet de psychiatre, il va faire la connaissance d’une mystérieuse jeune femme qui l’amènera peut être à comprendre ce qui lui arrive.
COMMENTAIRES :
LOLOP4 :
Noyé dans une production horrifique aussi prolifique qu'ennuyeuse, Apparition est le genre de petite curiosité qui a fatalement tous les ingrédients pour passer inaperçu. Vendu comme un nième film de fantôme coréen, il ne faudra pourtant pas plus de 20 minutes pour se rendre compte qu'Apparition est bien plus puissant et bien plus subtile que la majorité de la concurrence. En effet, le premier film de la jeune réalisatrice Lee Su-yeon marque radicalement le pas en axant intelligemment son contexte sur un drame social appuyé par un thriller psychologique efficace.
Apparition, c'est l'histoire de Jung-Won, architecte d'intérieur sur le point de se marier, qui s'endort dans le métro. A son réveil, il se rend compte que dans la rame il ne reste plus que lui ainsi que deux fillettes profondément endormies. Le lendemain, il apprend par la radio que les deux fillettes ont été retrouvées mortes empoisonnées au terminus de la ligne. Depuis ce dramatique épisode, il est persécuté par des hallucinations macabres mettant en scène les jeunes filles. C'est alors qu'il rencontre Yun, une mystérieuse jeune femme, souffrant des mêmes visions, ainsi que de narcolepsie.
Apparition n'a pas la prétention d'être un authentique film d'horreur. La peur intervient par l'intermédiaire d'événements qui touchent ce qu'il y a de plus sensible chez l'être humain à savoir l'infanticide. Cette horreur devient palpable, rationnelle et humaine. Le thème délicat de l'infanticide est décliné sous toutes ses formes. Tantôt suggéré, tantôt imaginé et parfois plein cadre. Une scène glace particulièrement le sang par sa violence au ralenti qui n'a pas son équivalent d'horreur et de malaise. Apparition peut facilement être taxé de gratuité impardonnable, mais ce serait oublier toute la partie psychologique du film avec un vrai questionnement sur la famille, la maternité, la solitude et l'amour.
Apparition brouille les pistes en enfonçant un maximum de porte sans proposer d'explications claires … le spectateur est perdu par cet excès de violences et d'injustices. Qui plus est, il est important de préciser que le film a été réalisé par une femme. Celle-ci porte forcément un regard différent et pertinent sur la maternité, dans un univers cinématographique en majorité masculin (pour ne pas dire machiste). Son œuvre a été réalisée avec soin, alternant scènes intimistes contemplatives et scènes chocs qui font très mal. Certains pourront regretter quelques tics de réalisations assez frimes mais la sobriété de l'ensemble permet de faire abstraction de ce manque maladroit de personnalité. N'oublions pas qu'il s'agit d'un premier film.
Ce projet suicidaire est associé à un casting à contre-emploi courageux à défaut d'être irréprochable. En effet, l'interprétation est sans aucun doute le point faible d'Apparition avec un Park Shin-Yang (Kilimanjaro, Hi Dharma) mal à l'aise et une Jeon Ji-Hyeon (My Sassy Girl, Il Mare) dépassée par la force de son rôle. Intéressant mais bancal.
Conseillé pour un public averti, Apparition fascine autant qu'il dégoûte. Une œuvre étrange, puissante et révoltante qui vous touche vraiment là où ça fait mal.
7/10
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